Dr Jean-Paul Hamon  : "Quand on laisse l'administration organiser la vaccination, c'est un désastre"

Dr Jean-Paul Hamon  : "Quand on laisse l'administration organiser la vaccination, c'est un désastre"

Jean-Paul Hamon (président de la Fédération des médecins de France) était ce dimanche l'invité de Sud Radio.

Le 16 juin dernier, la ministre de la Santé, Agnès Buzyn avait annoncé dans les colonnes du Parisien qu’elle réfléchissait à l'éventualité de "rendre obligatoire onze vaccins", alors qu'à l'heure actuelle seuls 3 le sont : le fameux tétravalent DTP, pour la diphtérie, le tétanos et la polio qui sont imposés aux enfants. Le 4 juillet, lors de son discours de politique général, le premier ministre Édouard Philippe avait entériné la décision, confirmant ainsi l'annonce de sa ministre. Cette mesure controversée, qui divise l'opinion publique, a immédiatement fait réagir la classe politique, mais aussi le milieu médical. On en parle avec Jean-Paul Hamon (président de la Fédération des médecins de France).

Bonjour Jean-Paul Hamon, pourquoi cette mesure fait-elle tant polémique ?

Il faut juste faire un peu d'histoire et remonter à la campagne contre la grippe H1N1 de Roselyne Bachelot. Il faut savoir qu'en 2000, 91% des Français avaient une confiance totale en la vaccination. En 2010, l'année qui suit la vaccination H1N1, ils n'étaient plus que 61%. La confiance remonte doucement et actuellement on est à 74% de Français qui sont favorables et qui font confiance. La confiance remonte doucement, elle se gagne progressivement dans les cabinets médicaux et c'est vrai que maintenant les Français se posent la question avec cette obligation. D'autant plus qu'il y a pénurie de vaccins. On est en train de lancer une campagne de vaccins obligatoires alors que si vous voulez vous procurer un vaccin tétravalent qui vaccine contre la diphtérie, le tétanos, la coqueluche et la polio, il faut parfois attendre des mois. Le BCG (vaccin contre la tuberculose) est quasiment introuvable...

Y a-t-il du lobbying de la part des laboratoires ?

Les laboratoires n'arrivent pas à fournir, ou font mine de ne pas arriver à fournir, et vendent leur vaccin là où c'est le plus offrant. La difficulté aussi, c'est qu'ils se sont lancés dans les hexavalents qui vaccinent à la fois diphtérie, tétanos, coqueluche, polio, hépatite B et l'haemophilus - responsable de méningites - donc du coup les quatre vaccins obligatoires sont en pénurie. C'est tout simplement ça. Relancer la vaccination obligatoire maintenant, c'est redonner la parole aux anti-vaccins primaires...

... qu'est-ce que vous appelez les anti-vaccins primaires ?

Les gens qui sont contre les vaccinations parce qu'ils pensent que ça donne des maladies...

... c'est un postulat qui ne peut pas s'entendre selon vous ?

Mais justement, on l'entend quotidiennement... Nous ce qu'on demande, c'est qu'on nous "foute" la paix avec les vaccins. La confiance est en train de remonter. Il y a eu une erreur fondamentale qui s'est produite en 2009 lors de la campagne H1N1. Une campagne désastreuse, où on a acheté deux fois plus de vaccins que la moyenne européenne, on les a payés 50% plus cher et on a vacciné deux fois moins de personnes que les médecins le font d'habitude dans leur cabinet. Quand on laisse l'administration organiser la vaccination, c'est un désastre. Un désastre financier et de prévention. 

On parlait de ceux qui sont anti-vaccins, à tort ou à raison, là n'est pas la question. Vous qui êtes médecin, vous dîtes que les vaccins sauvent des vies, notamment pour la rougeole, n'est-ce pas ?

Quand j'étais jeune médecin, je me demandais pourquoi on vaccinait contre la rougeole jusqu'au jour où j'ai vu une encéphalite rougeoleuse, c'est-à-dire une gamine qui a 40 de fièvre pendant 3 jours. Je peux vous dire que là vous n'êtes pas fier et vous vous dîtes "c'est fini, maintenant je vaccine tous les gamins contre la rougeole". Quand vous avez quelqu'un de votre propre famille qui meurt d'une pneumonie à pneumocoques, vous vous dîtes qu'il faut vacciner les gens ect... Il ne faut pas nier les effets secondaires des vaccins mais ils sont minimes. Quand vous pensez aux millions de personnes que l'on sauve, il faut arrêter ! Il y a des décès de rougeole et de pneumonie, il ne faut pas le nier.

Que demandez-vous ?

Que la ministre gouverne. C'est-à-dire que quand elle annonce une vaccination obligation, que ce soit obligatoire. Il ne faut pas que le lendemain, elle disent qu'il va y avoir des exemptions ect... On vaccine, c'est obligatoire, faisons le. Donnons les moyens, informons correctement les Français et faisons en sorte qu'il n'y ait pas de pénurie de vaccins et que les médecins puissent discuter tranquillement avec leur patient. Il y a des inquiétudes mais il faut pouvoir rassurer les patients qui viennent nous voir.

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