Flambée des prix mais marges de manoeuvre budgétaires réduites à peau de chagrin. Le gouvernement de Sébastien Lecornu assume une forme d'impuissance à améliorer le pouvoir d'achat des Français, en même temps que son inquiétude face à l'exaspération sociale qui monte.
Sous le coup d'une hausse des prix des carburants et de certains produits alimentaires après la sécheresse exceptionnelle de l'été, deux Français sur trois (67%) ont le sentiment que leur pouvoir d'achat a baissé ces derniers mois. Un ressenti en hausse de 11 points, selon un sondage de l'institut Elabe publié jeudi.
Pourtant, le gouvernement a fermé la porte à une généralisation des aides pour compenser la poussée continue des prix de l'essence.
"La situation des finances publiques" ne le permet pas, explique le ministère de l'Economie. Et facteur aggravant, les taux d'intérêt payés par l'Etat pour se refinancer sur les marchés internationaux atteignent des sommets, tandis que l'économie du pays "décroche" par rapport à ses voisins, selon l'Insee.
De fait, le gouvernement a revu à la baisse sa prévision de croissance pour 2026 à 0,5%. Et à la hausse celle de l'inflation à 2,1% cette année, tablant sur 1,8% en 2027.
Le ministre de l'Economie Roland Lescure a souligné dans ce contexte la "nécessité impérieuse" d'adopter "le plus tôt possible" un budget 2027 qui nécessitera de "faire des efforts", alors que le déficit sera "supérieur" à 5% cette année.
Dans un courrier aux chefs d'entreprises, le Premier ministre avait pointé un "environnement économique beaucoup plus difficile" qui engendre des "dépenses" que le gouvernement n'a "pas choisies" mais entend "assumer".
Comme la prolongation d'aides ciblées sur les carburants et un soutien de plus d'un milliard d'euros aux agriculteurs victimes des canicules estivales.
- "Exaspération" -
Autant de facteurs exogènes qui s'ajoutent aux tensions politiques intérieures sur le budget, qui ne manqueront pas d'animer les débats parlementaires à quelques mois de la présidentielle.
Pour un gouvernement sans majorité à l'Assemblée nationale et sous la pression des marchés pour réaliser des économies massives, l'exercice s'annonce encore plus périlleux.
"On est tellement sur une ligne de crête. On a zéro argent, on est à la limite d'une crise financière et on a zéro politique qui nous aide, puisque c'est la campagne présidentielle", résume une ministre.
Dans ce contexte, les Français interrogés par Elabe expriment leur "inquiétude", leur "exaspération" et leur "colère".
La ministre se dit inquiète de ce qu'elle a entendu dans un Forum des associations de son département : des "propos cordiaux mais très radicalisés sur les intentions de vote" à la présidentielle, en faveur soit de Marine Le Pen, soit de Jean-Luc Mélenchon.
Une sénatrice du bloc central se désole d'avoir rencontré des électeurs qui "ne retiennent que les idées des extrêmes, en étant pourtant conscients que ce n'est pas financé".
- Mobilisation -
L'impuissance des politiques nourrit aussi un sentiment de déclin qui s'est invité dans la campagne, alimenté par exemple par la dernière enquête Pisa sur l'éducation, qui a acté un nouveau recul du niveau des élèves français.
Pouvoir d'achat et modèle social sont au cœur d'une première mobilisation des syndicats le 29 septembre dans la fonction publique.
Face à "une colère immense" en France, la secrétaire générale de la CGT Sophie Binet a ainsi exhorté vendredi à augmenter les salaires et bloquer les prix du carburant, demandant au gouvernement d'arrêter "les cadeaux aux plus riches et aux plus grandes entreprises".
Mais Sébastien Lecornu doit tenir compte des chefs d'entreprise, à qui il a promis de baisser une surtaxe exceptionnelle, en espérant qu'ils resteront source d'emplois et de croissance.
Les candidats à la présidentielle, surtout à gauche, rivalisent de propositions pour améliorer les fins de mois, même coûteuses.
Jean-Luc Mélenchon a appelé les patrons à augmenter les salaires. Faute de quoi, a-t-il prévenu, la consommation plongera et le pays n'échappera pas à une récession. Il a proposé également d'annuler une partie de la dette. Une mesure qui va "mettre en danger" le "pouvoir d'achat des Français", lui a répondu vendredi M. Lescure.
Marine Le Pen, qui avait déjà fait du pouvoir d'achat son leitmotiv de campagne en 2022, entend réduire la TVA sur les carburants à 5,5%, contre 20% actuellement, une mesure qui coûterait 12 milliards d'euros, selon l'exécutif.
Par Anne RENAUT / Paris (France) (AFP) / © 2026 AFP
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