Dix ans après son ouverture, le musée-mémorial du camp de Rivesaltes (Pyrénées-Orientales), enceinte qui a accueilli, au fil du XXe siècle, réfugiés espagnols, juifs, tsiganes et harkis, réinvente son exposition permanente, se voulant un "rempart" face aux tensions mémorielles.
Alice Rufo, ministre déléguée aux Anciens combattants, inaugure vendredi le nouveau parcours muséal de ce site où l'Etat "a enfermé, décennie après décennie, ceux qu'il jugeait +indésirables+", selon les mots de Céline Sala Pons, directrice du mémorial, dans sa présentation de l'exposition.
Ouvert en 1939, le camp de Rivesaltes, installé sur une plaine aride, souvent fouettée par les vents, à une quinzaine de kilomètres de Perpignan, a d'abord accueilli des exilés républicains espagnols.
Les baraquements de l'ancien camp de Rivesaltes, le 27 juillet 2024 dans les Pyrénées-Orientales
Matthieu RONDEL - AFP/Archives
Puis il y eut les populations juives et tsiganes, notamment visées par les politiques raciales de Vichy, des prisonniers allemands et des collaborateurs à la Libération, et à partir de 1962, après l'indépendance de l'Algérie, près de 22.000 harkis, le nom donné aux auxiliaires algériens de l'armée française, et les membres de leurs familles.
C'est l'ensemble de ces histoires douloureuses qu'explore le musée-mémorial dans sa nouvelle exposition permanente rénovée et enrichie, fruit d'un investissement de 2,6 millions d'euros de la région Occitanie.
Le mémorial veille "sur la mémoire des plus de 60.000 femmes et hommes (...) qui furent internés sur ces terres dans des conditions inhumaines", explique Carole Delga, sa présidente (PS).
- "A sens unique" -
"Nous vivons une époque où la vérité historique est contestée, où les récits sont instrumentalisés, où la falsification du passé devient un outil au service de la division", a-t-elle expliqué, voyant le mémorial comme un "rempart" face à ces tentatives.
Des documents exposée au musée du camp de Rivesaltes, le 27 juillet 2024 dans les Pyrénées-Orientales
Matthieu RONDEL - AFP/Archives
A l'automne dernier, la présidente de la région avait dénoncé les propos "indignes et haineux" du député Rassemblement national Laurent Jacobelli qui, dans une vidéo, s'en était pris au mémorial, l'accusant d'être devenu un "temple du wokisme", diffuseur d'une "pensée de gauche et pro-migrants", qui oubliait la mémoire des harkis.
En début de semaine, Louis Aliot, maire RN de Perpignan et président de l'agglomération Perpignan Méditerranée Métropole qui englobe Rivesaltes, elle-même dirigée par un maire RN depuis les dernières municipales, a de son côté dénoncé une politique mémorielle de l'Etat "à sens unique et toujours au désavantage de la France et de ceux qui l'ont servie".
Le vice-président du RN pointait notamment dans un communiqué le fait qu'Alice Rufo s'était rendue le 8 mai en Algérie pour commémorer les massacres lors d'une répression française de manifestations pro-indépendantistes à Sétif en 1945.
"Harkis et pieds-noirs méritent eux aussi les reconnaissances officielles", a affirmé M. Aliot, invitant la ministre à venir se recueillir devant le mur des disparus édifié à Perpignan, en mémoire des victimes civiles de la guerre d'Algérie.
Dans le programme officiel de sa visite, diffusé jeudi, la ministre n'a pas prévu d'honorer cette invitation mais elle débutera sa visite dans les Pyrénées-Orientales par un moment de recueillement devant le monument à la mémoire des militaires français portés disparus en Algérie, à Port-Vendres.
AFP / Rivesaltes (France) (AFP) / © 2026 AFP