Commission d’enquête sur le chlordécone : "Nous attendons un début de vérité"

Maître Christophe Lèguevaques était interviewé dans "le coup de fil du matin" sur Sud Radio le 14 octobre. "Le coup de fil du matin" est diffusé tous les jours à 7h12 dans la matinale animée par Cécile de Ménibus et Patrick Roger.

Vingt ans durant, le chlordécone a servi à traiter les bananes aux Antilles.

Quatre ministres sont entendus cette semaine dans le cadre de la commission d’enquête sur le chlordécone. Maître Christophe Lèguevaques, avocat de deux associations antillaises qui se sont lancées dans une action collective, revient sur ce scandale sanitaire, alors que deux ministres, Frédérique Vidal et Agnès Buzyn, sont entendus ce lundi.

 

92% de la population antillaise exposés

Qu’est-ce que le chlordécone ? "C’est un pesticide utilisé de 1972 à 1992 aux Antilles, explique Maître Lèguevaques. La question est pourquoi l’État a-t-il laissé faire, alors que cette substance est un perturbateur endocrinien et cancérigène ? Nous demandons des explications, nous recherchons la responsabilité de l’État qui n’a pas su protéger les populations antillaises".

Combien de victimes cette substance a-t-elle pu faire ? "Le chiffre est difficile à établir, mais 92% de la population antillaise a été exposée, car le produit rentre dans la terre et les eaux et reste actif pendant plusieurs siècles. C’est une source de malheur qui va durer des siècles. C’est un perturbateur endocrinien, il n’y a pas besoin de dosage, il suffit d’être exposé pour qu’il y ait des effets". Quid des fruits commercialisés : sont-ils touchés ? "Apparemment non, précise Maître Lèguevaques. L’État nous dit que, que comme le produit est très lourd, il reste dans les racines. Mais la raison de son utilisation est que cela permettait d’améliorer les récoltes, et donc la rentabilité, et de toujours enrichir les mêmes".

Premier gros dossier de pesticides en France

L’État a-t-il fermé les yeux ? "Si vous posez la question sanitaire, on constate que les agences manquent d’indépendance. Elles n’ont pas les moyens de travail, d’enquête et de vérification, elles acceptent les documents… C’est un travail bureaucratique, on tamponne et on passe à l’affaire suivante. Le vrai travail serait de reprendre l’étude, de la critiquer voire de la refaire. C’est une question de moyens, de volonté, de disponibilité d’esprit".

A-t-il, en tant qu’avocat, le sentiment que ces actions collectives, comme pour le Levothyrox, font faire avancer la justice ? "Aujourd’hui, les lobbies font avancer leurs intérêts, et les États sont toujours en retrait par rapport à l’intérêt des personnes. Le seul moyen est de les réunir, et de saisir la justice pour constater les manquements". Qu’attend-il des auditions de Frédérique Vidal et Agnès Buzyn ? "Nous attendons un début de vérité. Il n’y a pas besoin de liens de causalité forts, il suffit d’éléments pour démontrer qu’un produit est dangereux. L’affaire du chlordécone est le premier gros dossier du pesticide en France, avec toute une population exposée".

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