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Anne-Marie Pisoni, la maire de Montestruc (village Jérôme Barella) : « On est le village du pédophile »

Par Christine Bouillot et

INTERVIEW EXCLU SUD RADIO - Les obsèques de Lyhanna se dérouleront aujourd'hui à 14h30 à Fleurance dans le Gers, mais c'est dans le village d'à côté, à Montestruc, que l'atmosphère est la plus pesante. C'est dans cette commune que Jérôme Barella agissait en toute impunité. Anne-Marie Pisoni, la maire du village meurtri de Montestruc, témoigne sur Sud Radio.

Jérôme Barella
Jérôme Barella

Alors que les obsèques de Lyhanna auront lieu à 14h30 à Fleurance, Anne-Marie Pisoni, la maire de Montestruc, s'est confiée au micro de Sud Radio. Montestruc est le village du Gers dans lequel Jérôme Barella, le suspect numéro un dans l'affaire de Lyhanna, aurait violé, agressé ou eu des comportements inadaptés avec de jeunes filles mineures, à plusieurs reprises, notamment à l'occasion de soirées pyjama. Dans cette commune de moins de 1 000 habitants, c'est la stupeur, la colère, la peur et le dégoût qui règnent.

« On est le village stigmatisé, habité par le pédophile »

Comment vous sentez-vous ?

On est encore sous le coup de l'émotion, c'est très compliqué. En fait, le village est sous l'effet d'une sidération collective. Si vous vous promenez à l'intérieur du village, c'est très calme, il n'y a aucun bruit, on dirait qu'on est pratiquement déjà en deuil. Et ça, c'est un sentiment que tout le monde peut vous restituer. C'est vraiment un climat très particulier, anxiogène, et tous les matins, on se demande ce qui va compléter ce dossier déjà désastreux.

Vous vivez dans un climat anxiogène, vous me disiez même « on est le village du pédophile »

On est le village stigmatisé, habité par le pédophile, peut-être par un pédo-criminel.

« Il faisait tout pour se fondre dans la masse »

Vous ressentez de la culpabilité de n'avoir rien vu ?

Franchement, on n'a rien vu. On n'a pas vu de signaux qui permettaient de le repérer. (Ndlr : Je m'en veux) un petit peu, quand même. Et quand on voit tous les dégâts occasionnés, on se dit : mais qu'est-ce qu'on aurait pu faire ? C'est légitime de penser ça.

Il faisait tout pour se fondre dans la masse, pour être un papa qui allait chercher sa fille à l'école. Moi, c'est le seul moment où j'ai pu le rencontrer, en allant chercher sa fille à l'école. Après, il ne participait pas à la vie du village. Enfin, voilà, on n'avait pas d'occasion de le voir. (…)

Au vu de tout ce qui sort tous les jours, toutes les informations qui nous parviennent, on se dit : mais qu'est-ce qui a manqué ? Pourquoi en est-on arrivé là ?

« Il fallait l'entendre au plus vite »

Est-ce que vous en voulez à quelqu'un ?

Je n'en veux pas précisément à quelqu'un, je suis en colère, parce qu'il y a quand même une petite fille qui n'est plus là. Je suis en colère qu'on n'arrive pas, dans notre société, à avoir suffisamment de cohésion pour mettre en coordination toutes les plaintes qu'il y a eu, tous les dommages qui ont eu lieu, qu'on aurait pu, je pense, éviter à un moment donné. Il fallait faire quelque chose, il fallait l'entendre au plus vite.

« Son épouse et de ses filles, ce sont des victimes collatérales »

Avez-vous des nouvelles de l'épouse et des filles de Jérôme Barella ?

Alors, j'ai pris des nouvelles de son épouse et de ses filles, parce que ce sont des victimes collatérales, et qu'elles ont besoin d'être aidées, sans jugement à porter là-dessus. Elles ne vont pas bien. Comment peut-on aller bien ? Elles ont besoin d'un accompagnement psychologique, ce qui est en cours, mais elles ne vont pas bien, forcément. Elles ont peur d'être reconnues, d'être identifiées, de la réaction des personnes.

Le sentiment de culpabilité, une personne doit le ressentir, c'est l'épouse de Jérôme Barella.

Forcément, elle ressent un sentiment de culpabilité. Je n'en discute pas avec elle, parce que c'est dans le cadre d'une enquête judiciaire. Mais j'ai bien senti le poids de son anxiété, de ses peurs.

Que va devenir la maison des Barella ?

Leur retour est impossible. Cette maison, en fait, fait partie du tourisme morbide que l'on peut constater quelquefois dans certains villages.

« L'atmosphère est lourde, elle est pesante »

L'insouciance a disparu ?

L'insouciance a disparu. Et elle mettra du temps à revenir.

Allez-vous vous associer au recueillement pour Lyhanna ?

Nous associer à notre manière, forcément, mais pas forcément assister aux obsèques. On a présenté nos condoléances à la famille et notre soutien au niveau du conseil municipal, bien sûr.

Quelle est l'ambiance dans le village ?

Je trouve que l'atmosphère est lourde, elle est pesante, tout comme à Fleurance, d'ailleurs. J'ai le même ressenti. Et c'est très difficile même d'en parler. Je vois que les conversations sont rapides. Les gens n'ont plus envie de parler. C'est lourd.

« On ne dort pas bien parce qu'on a peur quand on regarde notre portable d'avoir une mauvaise nouvelle »

Est-ce que vous êtes munis de cellules psychologiques ?

Il y a une cellule psychologique. L'inspecteur d'académie a été là pratiquement tous les jours de la semaine dernière. Il a parlé aux parents. Je veux dire, il y a quand même eu des choses qui ont été mises en place pour l'école. Et c'était nécessaire, d'ailleurs.

Et pour nous, on communique beaucoup entre nous, déjà. Ça nous permet d'évacuer, de se préserver un petit peu, de dire ce qu'on a sur le cœur. On communique beaucoup. Mais on ne dort pas bien. On ne dort pas bien parce qu'on a peur, en se levant, quand on regarde notre portable, d'avoir une mauvaise nouvelle, encore des informations préoccupantes. C'est ça, le drame.

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