Alain Orsoni, figure du nationalisme corse reconverti dans les affaires, a été tué lundi à 71 ans aux obsèques de sa mère dans son village natal, suscitant une nouvelle onde de choc sur l'île de beauté, ravagée par les luttes intestines entre bandes criminelles.
Les faits se sont produits autour de 16H30 à Vero, à une trentaine de kilomètres d'Ajaccio. Il est décédé sur place, d'une balle unique, "un tir à longue distance", a indiqué à l'AFP le procureur de la République d'Ajaccio, Nicolas Septe, sur place.
Mais rapidement l'enquête a basculé au tout nouveau Parquet national anti-criminalité organisée (Pnaco) cosaisi avec la Juridiction inter-régionale spécialisée (Jirs) de Marseille, ont annoncé à l'AFP le Pnaco et le procureur de la République de Marseille, Nicolas Bessone.
Une enquête a été d'abord ouverte pour assassinat par le parquet d'Ajaccio, puis le Pnaco a ouvert une enquête pour meurtre en en bande organisée, participation à une association de malfaiteurs criminelle et participation a une organisation criminelle.
Il s'agit de la première saisine du Pnaco depuis son lancement début janvier. Les investigations sont confiées à la police judiciaire d'Ajaccio avec la brigade nationale de lutte contre la criminalité organisée corse dépendant de l'Office central de lutte contre le crime organisé (OCLO), à Nanterre, a précise M. Bessone.
Un magistrat de la Jirs est sur place et un autre du Pnaco y sera dès mardi.
Alain Orsoni a été touché en plein coeur, d'une balle tirée sans doute à plusieurs centaines de mètres, alors qu'il se tenait devant la tombe de sa mère dans ce cimetière en terrasse niché au milieu de pins, selon une source proche de l'enquête.
"J'étais avec lui le matin pendant une heure. Il n'avait pas l'air inquiet du tout, il avait fait des courses en ville sans gilet pare-balles. (...) Je n'ai jamais vu en Corse, quelle que soit la raison, un assassinat lors d'obsèques. Là on a franchi, ce qu'il y a de plus sacré,", a raconté à l'AFP Jo Peraldi, un de ses proches.
Peu après 19H30, dans la nuit noire, les policiers ont quitté les lieux après avoir retrouvé l'unique ogive, a constaté une journaliste de l'AFP. Une cellule psychologique a été ouverte à l'hôpital d'Ajaccio.
- "Sur le cercueil de sa mère" -
Alain Orsoni était venu spécialement du Nicaragua où il vit: "On jette le corps du fils sur le cercueil de sa mère, c'est innommable", estime Jo Peraldi.
La police sur les lieux du meurtre d'Alain Orsoni, à Vero, en Corse, le 12 janvier 2026
Pascal POCHARD-CASABIANCA - AFP
Les drames et vengeances, la famille Orsoni les connaît depuis plus de 40 ans. En 1983, Guy, le frère, lui même militant nationaliste, était assassiné. Un an plus tard, nait son fils, il s’appellera Guy, présenté aujourd'hui par la police comme "une personnalité saillante du banditisme corse".
Il s'agit sans doute d'un des meurtres les plus retentissants depuis celui du bâtonnier Antoine Sollacaro en 2012, qui était d'ailleurs son avocat et dont le tueur a été condamné en décembre à 30 ans de prison en l'absence du commanditaire présumé de ce meurtre, Jacques Santoni, soupçonné d'être le chef de la bande criminelle du Petit Bar.
C'est cette même bande criminelle qui avait été impliquée dans le projet d'assassinat visant Alain Orsoni en 2008 et une forte rivalité oppose depuis plusieurs années le clan Orsoni au Petit Bar.
Mi-mai, Guy Orsoni, aujourd'hui âgé de 41 ans et détenu, a d'ailleurs été condamné à 13 ans de prison à Marseille pour avoir voulu tenter d'assassiner en 2018 Pascal Porri, membre présumé du Petit Bar. Ce même Pascal Porri qui est de son côté mis en examen dans une enquête sur la tentative d'assassinat de Guy Orsoni en septembre 2018.
Après des études à Paris, Alain Orsoni était devenu l'un des chefs du Front de libération nationale de la Corse (FLNC) avant de fonder le Mouvement pour l'autodétermination (MPA), qualifié plus tard par ses adversaires de "Mouvement pour les affaires".
Réputé pour son sens politique et son sang froid, Alain Orsoni, condamné et brièvement écroué dans plusieurs dossiers, avait quitté la Corse en 1996, en pleine guerre fratricide au sein de la mouvance nationaliste.
Il a vécu durant 13 ans en Floride puis au Nicaragua, où il avait des activités dans le secteur des jeux, et en Espagne.
En 2008, il succède à la présidence du club de foot de l'Athletic Club Ajaccio (ACA) à son ami Michel Moretti, un ancien nationaliste qui venait de décéder.
Il l'a présidé à deux reprises, de 2008 à 2015, puis en 2022 pour une saison seulement, le club était alors de retour en Ligue 1. Mais il a finalement été relégué dès la saison suivante.
bur-mc-clw-san-we/gvy
Par Maureen COFFLARD / Vero (France) (AFP) / © 2026 AFP