Alain Borer : "Nous ne sommes pas dans une période de mondialisation mais d'autocolonisation"

Le poète, essayiste et romancier Alain Borer, l’un des meilleurs spécialistes d’Arthur Rimbaud, lauréat du Prix Édouard Glissant en 2005, auteur de "Speak White" (éditions Gallimard), était l’invité d’André Bercoff, mardi 11 mai, sur Sud Radio dans son rendez-vous du 12h-13h, "Bercoff dans tous ses états".

Alain Borer invité d’André Bercoff dans "Bercoff dans tous ses états” sur Sud Radio.

En Amérique du Nord, "Speak white", pour "parler blanc", est utilisé pour désigner un langage "civilisé". L'anglais prend le pas sur le français, à l'international mais aussi sur notre propre sol.

 

"Il y a une substitution"

"Parler civilisé", c'est aujourd'hui une démarche qui a pris le dessus sur la question du "franglais" qui était une problématique des années 1960. "Il y a une substitution", prévient Alain Borer qui souligne qu'aujourd'hui "nous ne sommes pas du tout dans une période de mondialisation mais d'autocolonisation".

Rappelant l'importance du langage, "la langue c'est la question symbolique, la question de la civilisation", soit "par conséquent le réel dégradé que l'on entend dans la langue", définit l'écrivain. Le "Speak White" trouve ses racines dans un poème d'une Québécoise en 1968 qui rappelle "cette objurgation faite par le grand maître blanc, qui a normalisé l'idée de la langue normale, naturelle, des civilisés".

 

"La disparition en cours d'un 'nous' collectif"

En Amérique du Nord, "le français est considéré comme bas, noir, inférieur", rapporte Alain Borer pour qui la question principale, c'est "le fait que les Français semblent se conformer à l'objurgation de parler blanc", déplore-t-il. Un remplacement qui illustre "la disparition en cours d'un 'nous' collectif, une façon de voir, articulée à une façon de vivre, articulé lui-même à un modèle qui n'est pas français mais mondialisé".

Pour l'écrivain, la langue française sera même "perdue dans deux dégénérations". Pour les "imbéciles" qui pensent que la langue évolue, c'est "par les fautes du plus grand nombre". "Il y a un siècle, les poilus dans les tranchées ont envoyé 1 milliard de lettres dans un français parfait. Comparez ce milliard aux fautes des réseaux sociaux aujourd'hui, projetez cela dans deux générations...", alerte Alain Borer.

 

 

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