Ségolène Royal : "Le gouvernement surajoute de la crise à la crise"

Ségolène Royal, Présidente de "Désirs d’Avenir pour la planète" et ancienne Ministre, était l’invitée du “petit déjeuner politique” de Patrick Roger le 8 décembre 2020 sur Sud Radio, à retrouver du lundi au vendredi à 7h40.

Ségolène Royal interviewée par Patrick Roger sur Sud Radio le 8 décembre 2020 à 7h40.

Ségolène Royal : "Le gouvernement surajoute de la crise à la crise

La barre des 5.000 cas quotidiens fixée par le gouvernement pour la deuxième étape du confinement semble désormais inatteignable pour le 15 décembre 2020, ce qui ajoute du chaos à la situation de la France, entre gestion de crise et manifestations contre la loi Sécurité globale. "Tout est chaotique", estime Ségolène Royal. "Il faut remettre de la simplicité, de la clarté et des règles, pour que les gens soient stabilisés."

Pour elle, "le gouvernement surajoute de la crise à la crise, en lançant de nouvelles lois qui n’ont pas de sens". La loi Sécurité globale est ici visée par l’ancienne ministre qui souligne que "les dispositifs législatifs existent". "Il y a beaucoup de communication, dans cette loi, et toute cette communication est très provocatrice. En tout cas, elle suscite des manifestations" et donc des dégâts et de l’angoisse. Le gouvernement a déjà quatre crises à gérer : la crise économique, la crise sanitaire, la crise sociale et la crise climatique, explique la ministre, et il "surajoute de la crise à la crise. Je crois que ça ne va pas, qu’il ne va pas dans le bon sens." Comme "à chaque fin de quinquennat", estime l’ancienne ministre, "les gouvernements se dépêchent de faire des lois alors que ces lois ne sont même pas applicables".

 

"Il y a des ministres actuels qui manquent d’expérience"

Cette loi Sécurité globale peut également être interprétée comme un gage donné par le gouvernement à la police, après les violences qu’elle a subies de la part de certains manifestants radicaux. "On peut donner des gages à la police sans passer par des lois", juge Ségolène Royal. "Ce n’est pas la peine, pour des raisons de communication politique, de lancer de nouveaux chantiers législatifs très provocateurs qui déstabilisent à nouveau et qui, surtout, ne seront jamais appliqués, puisqu’il reste un an à ceux qui nous gouvernent."

L’ancienne ministre, qui rappelle son expérience parlementaire, juge "qu’il y a des ministres actuels qui manquent d’expérience" et qu’ils n’ont pas assimilé "le timing législatif" qui peut être très long entre navette parlementaire et amendements. "Sur un texte comme celui-ci, il va y avoir des milliers d'amendements !" prévient-elle.Dans l’équipe gouvernementale "il y a un manque de bon sens, il y a un manque d’honnêteté politique et il y a un manque d’adaptabilité et de démocratie locale", juge la ministre.

 

Levée du confinement : "Il n’y a pas plus d’hospitalisations. Donc c’est ça qu’il faut surveiller"

Sur la levée du confinement le 15 décembre, qui semble sur la sellette, Ségolène Royal a un avis tranché : elle juge qu’il sera bien levé comme prévu car "il faut donner de la stabilité". "Bien sûr qu’il faut maintenir le confinement, mais comment ? En appelant à la responsabilité et en faisant du sur-mesure." Elle se pose la question de savoir "pourquoi cet objectif de 5.000 ?" qui a été fixé par le gouvernement et, surtout, par le Conseil scientifique. "Le Conseil scientifique, ce n’est pas le responsable de la politique", souligne l’ancienne ministre. "Quel est le bon critère sanitaire ? C’est celui qui permet aux hôpitaux de ne pas être saturés et de continuer à soigner." Or, "on nous dit qu’on n’a pas atteint les 5.000 cas mais il n’y a pas plus d’hospitalisations. Donc c’est ça qu’il faut surveiller."

"S’il y a plus de cas, c’est aussi parce que le dépistage est plus intense, et les tests plus rapides", estime Ségolène Royal qui juge que c’est "positif". "Dès lors qu’il n’y a pas plus d’hospitalisations, il n’y aucune raison de déstabiliser une nouvelle fois et les Français et les activités économiques en faisant peser une menace." Pour elle, il faut maintenir le déconfinement le 15 décembre "comme il était prévu".

 

"La fermeture des petits commerces a été une décision anti-sanitaire"

Mais le gouvernement s’inquiète également des déplacements des Français durant les fêtes de fin d’année, notamment des retrouvailles en famille où les gestes barrière sont souvent moins respectés. "Les gens peuvent se déplacer avec les distances sanitaires", estime la Présidente de "Désirs d’Avenir pour la planète". De plus, "ce qu’on ne nous dit pas, c’est la répartition géographique". "Il y a des départements où il n’y a pas du tout de reprise et où la baisse des contaminations accélère. Ceux-là, il n’y a pas de problèmes." Pour les autres, il faut "responsabiliser les citoyens". Selon elle, il faudrait donc prendre des décisions locales, "c'est l'intelligence collective".

Elle juge en outre que la situation actuelle est "la démonstration" du fait que "c’était une absurdité de fermer les petits commerces, parce que la réouverture s’est faite brutalement, et en plus un samedi", ce qui, bien évidemment, a créé des foules. "On a l’impression qu’on est gouvernés par des gens qui ne font pas leurs courses, qui n’ont pas les pieds sur terre." Le samedi "c’est là où il y a le plus de fréquentation", explique Ségolène Royal qui estime que "ce qui aurait été intelligent c’était de ne pas fermer les petits commerces, parce que les gens auraient fait leurs courses, ils auraient été beaucoup plus répartis géographiquement". "La fermeture des petits commerces a été une décision anti-sanitaire." Il y a selon elle "une accumulation de décisions négatives, prises au nom de la crise sanitaire, qui vont même à l'encontre d'une bonne gestion sanitaire".

 

"Le vrai danger aujourd'hui, c'est la crise économique et sociale"

Sur la loi contre les séparatismes, Ségolène Royal estime que, comme pour la loi Sécurité globale, "il y a déjà tous les outils" et qu’elle va créer de nouveaux conflits car "on touche à des fondamentaux de la République". "On va toucher à la liberté d’association, et ça ne va pas être simple car ça va toucher toutes les associations", souligne l’ancienne ministre, qui critique les annonces "provocatrices" du gouvernement.

"Quand le ministre annonce des actions sur les mosquées, c’est absurde. S’il y a des actions à faire parce qu’il a un certain nombre d’informations, il le fait. Mais il le fait dans la discrétion et l’efficacité. Mais pas en faisant des déclaration tonitruantes."

Par ailleurs, selon elle, "il faut concentrer toute l'énergie de tous les lieux de pouvoirs et de décision de notre pays à la crise sanitaire et à la reprise économique. Le vrai danger aujourd'hui, c'est la crise économique et sociale, c'est l'accélération de la pauvreté, c'est la restructuration des familles, c'est les souffrances psychologiques des étudiants, la baisse du niveau scolaire des élèves les plus défavorisés. Ce sont des bombes à retardement !"

 

Le chef de l'État affirme que son gouvernement est celui qui a le plus avancé. "Comme dirait Angela Merkel, il y a beaucoup de discours mais on attend les actions ! estime Ségolène Royal. Deuxièmement, il y a beaucoup de recul : sur le glyphosate, sur l'interdiction des néonicotinoïdes, deux arrêts qui m'avaient demandé beaucoup de travail".

 

 

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