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Procès Le Pen : Gilbert Collard fustige le rôle des juges

Par Emmanuel Mottet

ENTRETIEN SUD RADIO : en direct sur l’émission de Périco Légasse, Gilbert Collard est venu évoquer le procès en appel de Marine Le Pen qui débute ce mardi.

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C’est le procès politique du début de l’année 2026. Ce mardi, Marine Le Pen fait face aux juges dans le dossier des assistants parlementaires européens du Front National. Une procédure judiciaire décisive en vue des élections présidentielles de 2027. Pour rappel, la cheffe naturelle du Rassemblement national avait été condamnée le 31 mars 2025 à une peine de cinq ans d’inéligibilité, quatre ans de prison dont deux fermes, et 100 000 euros d’amende. Avocat et ancienne figure du Front national, Gilbert Collard a évoqué ce procès au micro de Sud Radio.

"L'irresponsabilité institutionnelle des politiques"

Est-ce qu'il est normal que trois magistrats, trois fonctionnaires de la justice, décident de l'avenir politique du peuple français ?

C'est absolument inimaginable que trois juges censés juger au nom du peuple français aillent en plus contre la volonté électorale d'un peuple qui veut une candidate. Moi, je trouve ça de l'ordre de ce que Tocqueville appelait la démocratie autoritaire. Ce n'est pas concevable. Mais attention, le juge a le pouvoir sur le politique parce que le politique a bêtement et sacrificiellement donné ce pouvoir au juge. Cela nous renvoie aussi à l'irresponsabilité institutionnelle des politiques qui donnent des pouvoirs qui, finalement, sont nucléaires sur le plan démocratique à des juges qui ne devraient pas les avoir, parce que cela fait tomber le mur de la séparation des pouvoirs. Je crois que c'est une évidence.

"Le Conseil constitutionnel piétine la liberté de l'électeur"

N’est-ce pas curieux que le Conseil constitutionnel n’ait pas trouvé à redire à cette occasion en disant : attention, il y a atteinte à la souveraineté du peuple ?

On aurait pu s'attendre à ce que le Conseil constitutionnel, pour le coup, défende la Constitution en disant qu’il y a effectivement atteinte à la séparation des pouvoirs, si chère à Montesquieu et qui est quand même le fondement de la vie démocratique. Le Conseil constitutionnel a simplement dit que le juge doit veiller, je le cite, à la préservation de la liberté de l'électeur dans sa décision. Alors là, qu’est-ce que cela veut dire au moment où le juge prononce une décision d'inéligibilité ? Comment veillerait-il à la préservation de la liberté de l'électeur ? Non, il la piétine. Il y a quand même cette mise en garde du Conseil constitutionnel qui peut, à mon avis, peser sur les juges d'appel.

Mais dans cette décision, on est dans une valeur morale, pas une valeur juridique

On est là dans ce qui constitue la décrépitude de la vie judiciaire française : l’idéologisation de la justice et du droit. Je me rappelle que nos vieux maîtres de philosophie du droit nous disaient que le juge n'a pas à faire la morale. Ce n'est pas son rôle. Mais aujourd’hui, on a une génération de magistrats — c’est moins rare en cour d'appel, où il y a davantage de rigueur juridique — mais attention, cela peut arriver. On a des juges qui font la morale, des curés de la magistrature. Ils inventent des concepts comme celui d’atteinte à l’ordre public démocratique, qui n’est ni dans la loi ni dans les textes, mais dans la tête d’un juge.

"D'autres partis ont été confrontés au problème"

Vous, qui êtes avocat, si vous deviez la conseiller, devraient-ils se maintenir dans le déni et dire : “ce n’est pas vrai” ?

J’irais sur le terrain de ce que l’on appelle en rhétorique les atermoiements. Je serais dans la concession. Je concéderais une évidence : tout le système fonctionnait comme ça pendant des années. D'autres partis ont été confrontés au problème. Bayrou a été relaxé au motif que l'intention frauduleuse n'y était pas. Et attention, dans le jugement condamnant Marine Le Pen en première instance, sauf erreur de ma part — mais je crois qu’il n’y en a pas, puisque Louis Aliot l’a confirmé ce matin — la présidente a justifié l’exécution immédiate par plusieurs motifs, dont celui selon lequel Marine Le Pen n’aurait pas pris conscience de la gravité de l'infraction. Or, si elle n'a pas pris conscience, c'est qu'il n'y a pas d'intention, pas de lucidité, si tant est que cela soit vrai.

"Qui va dire, si Marine Le Pen a les 500 signatures, qu’elle n’a pas le droit de se présenter ?"

Si la condamnation est confirmée, est-ce que Jordan Bardella est un plan jouable ? Quelle est votre sensation ?

Je me méfie énormément de ce qu’Audiard appelait le thermomètre qu'on met dans le cul du peuple, à savoir les sondages. Mais je fais partie de ces juristes — nous sommes quelques-uns — à considérer que Marine Le Pen, si elle a ses 500 signatures, pourrait se présenter. Qui va dire, si elle a les 500 signatures, qu’elle n’a pas le droit de se présenter ? Et une fois élue, si elle est élue, qui va dire qu’elle est inéligible ? Nos neuf tremblotants du Conseil constitutionnel ? Je pense qu’à ce moment-là, ils se souviendraient de Roland Dumas et de Jacques Chirac.

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