Nucléaire : "Il est temps pour Nicolas Hulot de mettre sa démission dans la balance"

Centrale nucléaire de Flamanville (©CHARLY TRIBALLEAU - AFP)
Centrale nucléaire de Flamanville (©CHARLY TRIBALLEAU - AFP)

Ramener à 50% la part du nucléaire dans la production d’électricité française d’ici 2025, c’est non ! Ce mardi, Nicolas Hulot a reconnu que cet objectif ne sera très probablement pas tenable. Pour Stéphane Lhomme, directeur de l’Observatoire du nucléaire, le ministre de la Transition écologique et solidaire doit désormais se poser les bonnes questions.

C’était une promesse de campagne d’Emmanuel Macron, et elle ne sera (très probablement) pas respectée. Ce mardi, le ministre de la Transition écologique et solidaire Nicolas Hulot a reconnu qu’il serait "difficile" de réduire à 50% la part du nucléaire dans la production d’électricité en France d’ici 2025. Un revirement qui ne surprend pas du tout Stéphane Lhomme, directeur de l’Observatoire du nucléaire et invité du journal de 18h sur Sud Radio.

"Ce recul ne m’étonne pas du tout, car je fais partie des gens qui considéraient qu’il est allé se fourvoyer dans un gouvernement sous la direction d’un président de la République absolument pas du tout concerné par l’écologie. Nicolas Hulot ne fait que prendre acte de son impuissance la plus totale et du constat que rien n’a été mis en œuvre pour avoir une alternative énergétique en France", constate-t-il.

"Nicolas Hulot pourrait taper du poing sur la table"

Pour Stéphane Lhomme, Nicolas Hulot dispose aujourd’hui de moyen d’actions face à cette situation. "Il pourrait taper du poing sur la table. Il paraît que le président de la République compte beaucoup sur lui pour l’image qu’il donne à son gouvernement. Je pense donc que c’est le moment pour lui de mettre en balance sa démission, en demandant à ce que l’on s’engage fortement, comme l’a fait l’Allemagne en 2000, dans l’alternative énergétique renouvelable. Sans ça, ça ne sert à rien que Nicolas Hulot soit au gouvernement...", clame-t-il.

Quant aux arguments selon lesquels ce report est dû à l’état de préparation pas assez avancé pour cette transition énergétique, Stéphane Lhomme rejette la responsabilité sur les différents gouvernements passés. "C’est le résultat de non-décisions politiques volontaires : ne rien faire pour laisser la place au nucléaire en France. On entend beaucoup parler de transition énergétique, mais rien n’est mis en œuvre ! Aucun investissement réel dans les énergies renouvelables et dans les économies d’énergie… Résultat : on se retrouve avec uniquement le nucléaire, mais un parc nucléaire en bout de course. Cette non-action va non seulement faire le jeu du nucléaire mais aussi amener la France dans une impasse énergétique puisque la plupart des réacteurs sont en fin de vie", déclare-t-il.

"Dans les années à venir, la France sera en grave déficit d’énergie"

Selon lui, l’état du parc nucléaire français actuel est dramatique et aura des conséquences futures certaines. "Je pense qu’on aura une coupure des réacteurs nucléaires beaucoup plus tôt qu’en 2030, non pas par décision politique ou industrielle, mais à cause du délabrement avancé de nos réacteurs et de l’état catastrophique des finances d’EDF, qui ne pourra pas financer la rénovation du parc. En espérant que ce ne soit pas dans le cadre d’une catastrophe nucléaire, on va se retrouver avec des réacteurs qu’on devra arrêter d’urgence. Dans les années à venir, la France sera probablement en grave déficit d’énergie et devra compter sur ses voisins pour nous vendre de l’électricité, à condition qu’ils en aient en surplus", prédit-il.

Réécoutez en podcast l’interview de Stéphane Lhomme sur Sud Radio

 

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