Nadia Hai : "Mieux vaut des restrictions qu'un reconfinement"

Nadia Hai, ministre déléguée à la Ville, était l’invitée du “petit déjeuner politique” de Benjamin Glaise le 24 août 2020 sur Sud Radio, à retrouver du lundi au vendredi à 7h40.

Nadia Hai, ministre déléguée chargée de la Ville, revient sur les scènes de violence et les dégradations qui ont eu lieu à Paris, à la suite de la défaite du Paris-Saint-Germain contre le Bayern Munich en finale de la Ligue des Champions. Des scènes qui sont, malheureusement, une habitude, mais pour autant "on ne doit absolument pas s’habituer à la violence" qui "n’a pas sa place dans notre société". Elle tient notamment à saluer l’efficacité du "dispositif de sécurité" mis en place par le ministre de l’Intérieur et le Préfet Lallement ayant "conduit à ces interpellations".

 

"L’inconscience rime avec insouciance, insouciance rime avec inconscience"

L’autre fait très remarqué lors de cette finale, c’est l’absence de port du masque chez les supporters, alors que la pandémie de Covid-19 reprend de l’ampleur un peu partout en France. "Je ne veux stigmatiser personne sur le port du masque ou sur tout autre sujet", précise la ministre. "On s’aperçoit parfois que l’inconscience rime avec insouciance, insouciance rime avec inconscience."

Elle rappelle qu’il faut "se tenir aux mesures sanitaires" car ce sont avant tout des mesures "pour se protéger soi-même et ensuite protéger les autres". "La protection passe par le port du masque", répète la ministre, "même si évidemment cela ne nous fait pas forcément plaisir d’avoir un masque très longtemps dans la journée". "Je ne peux qu’inciter les jeunes à respecter évidemment toutes les précautions qui vont dans ce sens."

 

"Nous continuons d’encourager les maires et les préfets à prendre les décisions qui conviennent"

Pour faire face à cette tendance généralisée de ne pas porter le masque, de plus en plus de villes imposent le port du masque, et même des départements entiers comme le Nord. La ministre n’évoque toutefois pas la possibilité d’une généralisation à tout le territoire français de cette obligation de port du masque en continu. Elle se décidera "en fonction de l’État sanitaire" par "le couple préfet-maire" qui "continue à fonctionner". "Nous continuons d’encourager les maires et les préfets à prendre les décisions qui conviennent dans l’État sanitaire dans la ville en question".

 

"Il vaut peut-être mieux avoir des restrictions plutôt qu’un reconfinement général"

Le journal La Provence annonce un serrage de vis à Marseille : fermetures de bars, interdiction des rassemblements de plus de 10 personnes. "Ça peut être des mesures envisageables" comme "une restriction des déplacements" ou l’interdiction de certains lieux. "Mais il vaut peut-être mieux avoir des restrictions plutôt qu’un reconfinement général", estime Nadia Haye.

"Il ne faut pas laisser la place à la peur" même si le virus "circule de manière très active". Les mesures sont donc nécessaires.

 

"Nous sommes prêts pour présenter ce plan de relance"

Le plan de relance ne sera finalement pas présenté la semaine du 24 août 2020 par le gouvernement, alors qu’il était attendu, ce dernier l’ayant repoussé d’une semaine. Nadia Haye réfute que le gouvernement "n’était pas prêt" : "nous le sommes, nous sommes prêts pour présenter ce plan de relance".

La ministre explique que la situation sanitaire est "différente que celle que nous avions au mois de juillet", moment de l’annonce de la date de présentation du plan de relance. Les priorités semblent donc avoir été changées, avec la préparation de la Rentrée scolaire et de la rentrée "tout court" et afin que la situation sanitaire n’empire pas. Pour autant, la ministre en charge de la Ville le répète : le plan de relance "est prêt". Objectif : "remettre nos citoyens dans des mesures de sécurité sanitaire et à côté de ça travailler sur la relance de l’économie française".

 

"Notre responsabilité est la protection des Français"

Le plan de relance fait malgré tout débat, surtout chez l’opposition : il est jugé tardif par rapport, par exemple, à celui allemand présenté au début de l’été 2020. Bruno Retailleau, patron des Républicains au Sénat, s’inquiète de ce report. Pour Nadia Hai, Bruno Retailleau est "dans son rôle de chef de l’opposition au Sénat". Elle souligne qu’il y a "des mesures qui ont commencé à être annoncées" et des "budgets" qui ont été "attribués", comme sur l’écologie. "Le budget est prêt. Maintenant, notre responsabilité est la protection des Français", ce qui explique que les mesures sanitaires soient devenues prioritaires.

 

"La Rentrée doit se faire"

Depuis quelques semaines, les cas de Covid-19 en France découverts en 24h sont en hausse, avec des pics à plus de 4.000 cas, du jamais vu depuis la fin du confinement en mai 2020. De quoi faire craindre un renforcement des mesures sanitaires pour les Français, notamment dans les établissements scolaires et les entreprises. "Il y a un Conseil de défense qui aura lieu" le mardi 25 août 2020, précise Nadia Haye, dont les conclusions seront présentées le lendemain par Jean-Michel Blanquer. "Ce que nous savons aujourd’hui est que la Rentrée doit se faire pour permettre à ces enfants, à ces jeunes, de rentrer dans leur année scolaire tout en garantissant leur protection." Le port du masque est donc obligatoire pour les collégiens et les lycéens, mais pas pour les primaires et les maternelles.

 

"Il y a certains postes qui vont nécessiter peut-être des dérogations"

Les mesures annoncées font également débat car elles paraissent incohérentes, surtout l’autorisation qui est donnée aux professeurs de pouvoir retirer le masque malgré le lieux clos. "Il y a certains postes qui vont nécessiter peut-être des dérogations", explique Nadia Hai. La ministre ne se prononce toutefois pas sur les postes ou les dérogations en question qu’elle laisse à la discrétion de ses collègues du Travail, de la Santé et de l’Éducation, en l’occurrence. "Je leur fait confiance sur les recommandations qui seront faites."

 

"J’annonce ce matin que je vais lancer les Quartiers d’automne"

Malgré la pandémie, l’été 2020 a été l’occasion de lancer l’opération "Quartiers d’été" pour permettre aux jeunes défavorisés des banlieues de profiter d’activités. "Le bilan est très très bon", se félicite la ministre. Elle rappelle que "la décision [de lancer le dispositif] a été prise pendant le confinement pour assurer une continuité éducative, pédagogique de ces millions de jeunes et d’enfants qui on vécu cette période de confinement". Le dispositif s’intègre dans le dispositif plus global et interministériel des "vacances apprenantes" et a bénéficié à "500.000 jeunes, soit plus d’un jeune sur trois, ce qui est pour nous une réussite".

Le succès a été tel que la demande d’une prolongation a été unanime de la part des acteurs : "j’annonce ce matin que je vais lancer les Quartiers d’automne" pour les vacances de la Toussaint, toujours financés par le ministère de la Ville. "Nous espérons toucher un maximum de jeunes, évidemment", explique la ministre qui espère que le nombre de 500.000 jeunes sera "atteint, voire dépassé". Le programme sera, lui, établi avec les jeunes et les acteurs lors de la Rentrée.

 

"Les cas de non respect des recommandations étaient à la marge"

L’objectif de cette nouvelle édition permettra de soulager un peu les jeunes car le confinement a été "particulièrement dur dans ces quartiers prioritaires". Le confinement dans les appartements et les tours, dans des espaces "parfois petits, trop petits pour les familles".

La ministre de la Ville tient à souligner "le respect des consignes et des recommandations qui ont été faites", en réponse aux critiques qui ont été nombreuses disant que "dans les quartiers on n’a pas respecté forcément les mesures sanitaires, le confinement, le port du masque". Des critiques fausses, explique la ministre qui, au moment du confinement, était élue et parlementaire de la ville de Trappes : "pendant le confinement, ce que je peux vous dire c’est que les cas de non respect des recommandations étaient à la marge et que la plupart des personnes qui y vivent ont respecté les mesures sanitaires".

 

"Les quartiers ne sont pas des quartiers abandonnés"

Certains Français estiment que les quartiers défavorisés ont été abandonnés par la République. "Je ne partage pas, encore une fois. Les quartiers ne sont pas des quartiers abandonnés, ce ne sont pas des territoires abandonnés ni par la République, ni par le gouvernement." Nadia Haye souligne le travail en faveur de ces quartiers qui est mené depuis plusieurs années : "beaucoup de choses ont été faites" tout en concédant que "beaucoup reste à faire". "Nous sommes évidemment présents dans ces quartiers."