Matthieu Orphelin : "Cliver sur l'écologie est décalé par rapport au sens de l'Histoire"

Matthieu Orphelin était l’invité du “petit déjeuner politique” de Benjamin Glaise et Laurence Garcia le 16 juillet 2020 sur Sud Radio, à retrouver du lundi au vendredi à 7h40.

Matthieu Orphelin interviewé par Benjamin Glaise et Laurence Garcia sur Sud Radio le 16 juillet 2020 à 7h40.

Après le discours de politique générale, les députés ont voté la confiance au gouvernement de Jean Castex. Matthieu Orphelin, député du Maine-et-Loire et co-président du groupe Écologie Démocratie Solidarité, ne l’a pas votée, comme "la majorité du groupe Écologie Démocratie Solidarité". "On n’a pas retrouvé dans ce discours assez d’assurance pour voter les yeux fermés la confiance au nouveau gouvernement."

 

Un Premier ministre écologiste "aurait été un excellent signal"

De son côté, il aurait préféré un Premier ministre écologiste, peut-être même une femme : "je pense que ça aurait été un excellent signal". Entre autres, car le Haut conseil pour le Climat a rappelé "la semaine dernière" qu’il "fallait de nouvelles mesures vigoureuses" et que la France n’allait pas dans "la bonne direction". "Sans doute qu’une Première ministre écologiste, comme Laurence Tubiana, aurait donné une impulsion différente." Selon le député, "l’écologie n’est pas le cœur" de la "matrice" de Jean Castex.

 

"20 milliards pour la transition sur 100 milliards, ça fait 20%"

Dans son discours, Jean Castex a fait de nombreuses annonces dont celle de 20 milliards d’euros pour la rénovation thermique des bâtiments, la réduction des émissions et le soutien des technologies vertes. "Il y a une question : comment finance-t-on tout ça ?", se demande Matthieu Orphelin.

Il rappelle que "sur les 100 milliards du plan global, il y a 35 milliards financés par l’Europe et le reste financé par la dette". Il propose donc d’autres moyens de financement comme "faire plus contribuer les multinationales qui ont des régimes fiscaux beaucoup trop avantageux".

De plus, "20 milliards pour la transition sur 100 milliards, ça fait 20%". "C’est exactement comme en 2008", juge le député : "on est à peu près dans les mêmes ordres de grandeur". "Est-ce que c’est suffisant ? nous avons la conviction que non." S’il concède que "ce n’est pas du tout rien, 20 milliards", "c’est encore trop peu par rapport à cet effort majeur qu’il faut faire pour la transition".

Pour lui, "c’est un effort qu’il faut faire de toutes façons" puisqu’il représente des investissements pour les collectivités ou encore "des emplois pour nos territoires". "Il faudrait mettre plus." Le député du Maine-et-Loire tient également à signaler ce qu’il considère comme "un problème" du discours de Jean Castex du 15 juillet 2020 : "on n’a pas du tout de détails". "On n’a pas eu assez de chiffres pour être rassurés complètement."

 

Pendant trois ans "l’écologie n’a pas été assez portée par l’ensemble du gouvernement"

Il reste environ 600 jours avant la fin du mandat d’Emmanuel Macron, donc 600 jours au maximum pour le gouvernement Castex pour agir avant la Présidentielle. Pour le député, "c’est tard", car "on a déjà plus de trois ans de quinquennat derrière nous, trois ans où l’écologie n’a pas été assez portée par l’ensemble du gouvernement".

La question est donc "d’avoir des priorités" ; or, le discours de Jean Castex ne semble pas avoir donné celles qui sont les plus importantes pour l’écologie. "La loi d’application des mesures de la Convention Citoyenne pour le Climat ne passera pas devant le parlement avant 2021."

Cette loi pourrait bien ne pas être votée "avant peut-être la fin du 1er semestre 2021" ce qui n’est "pas compatible avec cette urgence écologique dont on nous parle". "Pourquoi ne pas avoir commencé symboliquement la prochaine Rentrée parlementaire avec ça ?" Le Premier ministre, au contraire, a placé dans ses priorités "une loi antiséparatisme" dont le projet de loi est prévu pour septembre 2020.

 

"La sobriété numérique, la sobriété énergétique, sont des vrais sujets pour demain"

Parmi les propositions de la CCC qui continuent de faire débat, il y a le moratoire sur le déploiement de la 5G, proposition sur laquelle Emmanuel Macron n’a pas utilisé de "joker", mais qui semble avoir été écartée par Agnès Pannier-Runacher, secrétaire d’État. Matthieu Orphelin rappelle avant tout qu’on "attend d’ailleurs encore l’étude de l’Anses sur les effets potentiels sur la santé" de cette nouvelle technologie. "Sur la 5G, je pense qu’on ne pourra pas s’exonérer d’un vrai débat."

"J’attends aussi qu’on puisse avoir une réflexion plus globale sur l’usage du numérique dans notre pays : est-ce que c’est toujours plus, est-ce que c’est un secteur où la consommation de données, les émissions de gaz à effet de serre augmentent fortement ?" Une question importante puisque, pour le député, "la sobriété numérique, la sobriété énergétique, sont des vrais sujets pour demain".

 

"Aujourd’hui l’écologie c’est une espérance, c’est un projet politique global"

Lors de son discours, Jean Castex a déclaré "je crois à la croissance écologique, mais pas en la décroissance verte". "C’est une phrase, évidemment, dans laquelle je ne me retrouve pas parce que c’est l’opposition des écologies."

Pour le député, cette phrase fait partie d’une "rhétorique qu’on connaît bien", utilisée notamment par la droite, et qui revient à dire que "d’un côté il y a la croissance verte, on continue comme avant et on met un peu de vert, et de l’autre côté il y a les écolos barbus". Or, pour lui, cette vision est "loin de la réalité". "Aujourd’hui l’écologie c’est une espérance, c’est un projet politique global, c’est quelque chose qui doit rassembler."

Les écologistes ont toutefois un historique de divisions, ce que ne nie pas le député. "C’est une maladie interne." Il nourrit néanmoins l’espoir que les écologistes réussiront "à dépasser tout ça" et à se "rouvrir". "Je crois beaucoup au dépassement."

 

"L’écologie sur le terrain, ça n’a rien à voir avec ce clivage croissance écolo contre décroissance verte"

Pour celles et ceux qui tentent de cliver les écologistes et qui disent que "les écolos ce ne sont que des décroissants", comme ce fut le cas de certains candidats aux municipales 2020, Matthieu Orphelin rappelle : "on ne peut pas dire que ça ait beaucoup marché".

"Ceux qui veulent cliver sur ces sujets-là, sont un peu décalés par rapport au sens de l’Histoire : l’écologie sur le terrain, ça n’a rien à voir avec ce clivage croissance écolo contre décroissance verte."

 

"J’ai apprécié dans son discours la place des territoires"

Le discours de Jean Castex peut être perçu comme ne faisant pas de l’écologie une priorité. Mais, pour Matthieu Orphelin, certains points étaient très positifs : "j’ai apprécié dans son discours la place des territoires". Il concède toutefois : "est-ce que l’écologie c’est aujourd’hui son grand marqueur ? Pas encore".

Il faut que "le plan de relance soit entièrement compatible avec les enjeux climatiques et écologiques. Et c’est ça qui manque pour l’instant". Le député du Maine-et-Loire espère donc que le gouvernement fera "des choses utiles" durant le reste du quinquennat. "On sera avec eux pour pousser."

 

"Il faut aider les agriculteurs massivement à changer de modèle"

Dans les colonnes du Parisien, le 16 juillet 2020, Jean Castex s’est prononcé pour un arrêt de l’utilisation du glyphosate. Une position tardive, selon Matthieu Orphelin : "cette phrase-là, je l’aurais comprise il y a deux ou trois ans, en début de quinquennat".

"Il faut aider les agriculteurs massivement à changer de modèle." Notamment, en mettant "le paquet sur les circuits courts de qualité, la restauration durable de qualité" ou encore "l’agriculture responsable" dans les cantines des écoles et des Ehpad. "Aujourd’hui, ce n’est pas se fixer de nouveaux objectifs qu’il faut, c’est mettre les moyens pour aider les agriculteurs."

 

"Je n’ai pas compris s’il y avait réforme ou pas avant la fin du quinquennat"

La réforme des retraites a été relancée par le gouvernement avec la question de l’âge pivot qui a été, semble-t-il, abandonnée. Matthieu Orphelin reste circonspect à ce sujet : "pour l’instant, moi je n’ai pas compris s’il y avait réforme ou pas avant la fin du quinquennat". En particulier, la question de la réforme paramétrique. Si elle est "dissociée de la réforme générale, de la réforme par points", réforme qu’il juge par ailleurs "intéressante", la réforme paramétrique pourrait avoir lieu "avant". "Là, il y a un flou."

D’une manière générale, toutefois, le député estime que "remettre sur la table la réforme des retraites à ce moment-là du quinquennat" est "une erreur politique". Et "ce sera encore pire si on commence par la réforme paramétrique".

 

"Le ticket de RU à un euro pour les étudiants boursiers, ça, c’est une vraie très bonne mesure"

Le plan de relance du gouvernement met l’accent sur la jeunesse, notamment par les emplois aidés. Mais Jean Castex a également annoncé d’autres mesures comme le repas à un euro pour les étudiants boursiers et des aménagements au niveau de l’Assurance chômage. "C’est quelque chose de très social", juge le député. "Pour moi, une des meilleures mesures annoncées hier c’est effectivement le repas dans les RU pour les étudiants boursiers."

Il prend l’exemple d’Angers, sa circonscription, où les représentants des étudiants font remonter qu’il y a des étudiants "avec très peu de moyens". "Il y a quelques dizaines d’étudiants qui ne mangent pas à leur faim." "Le ticket de RU à un euro pour les étudiants boursiers, ça, c’est une vraie très bonne mesure."

 

 

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