Les lobbies, un mal nécessaire pour les pouvoirs. Edito de Yves de Kerdrel

L' Elysée
Eric Feferberg/AFP

L édito de Yves de Kerdrel sur les lobbies dans le Grand Matin de Patrick Roger

Patrick Roger : Depuis la démission fracassante de Nicolas hulot, tout le monde pointe du doigt les lobbies comme si l’on faisait semblant de découvrir leur existence.

Yves de Kerdrel : Je ne dirai pas que c’est le plus vieux métier du monde. Mais les lobbies existent de tout temps. On les appelle groupes de pression, visiteurs du soir, chambre des métiers, ils ont toujours existé et toujours essayé d’approcher le pouvoir. Etienne Marcel, qui était prévôt des marchands de Paris était dès le moyen-âge le lobbyiste de la bourgeoisie face à la noblesse. Cela s’est d’ailleurs assez mal terminé pour lui.  

Mazarin ensuite a été très sollicité par les groupes de pression, notamment les italiens qu’ils tentaient de placer un peu partout et l’église. Idem sous la troisième République dont on disait qu’elle était en fait dirigée par les 200 familles, c’est-à-dire les 200 actionnaires de la Banque de France. Et lorsque François Mitterrand est arrivé au pouvoir, on a découvert une nouvelle sorte de lobbyistes avec les visiteurs du soir, des grands industriels de gauche, qui venaient défaire dans le bureau du Président les lois que les ministres commençaient à pondre. Vous ne faites donc pas partie de ceux qui veulent brûler les lobbies et qui dénoncent leur opacité ?

Non, je crois même que n’importe quel pouvoir a besoin des lobbies. Car bien sûr ils défendent des intérêts bien précis. Mais ils ont des connaissances techniques que n’ont pas forcément les ministres ou leurs conseillers techniques. D’autant que ces lobbies sont installés à Paris, en Province et à Bruxelles où ils sont les meilleurs observateurs des éventuels changements de régulation. Le lobby bancaire, par exemple, a alerté Jacques Chirac en son temps sur un changement de règles comptables qui pouvait être très néfaste pour les banques françaises. Et l’ex-Président n’a pas hésité à monter au créneau.  Arrêtons de faire preuve d’angélisme. Et acceptons de regarder que dans tous les pays anglo-saxons les lobbys sont très actifs pour faire valoir les intérêts de leurs industriels, voire surtout de leur pays.  Tout le problème vient du fait qu’ils peuvent donner le sentiment de dicter la parole publique…

Exactement. C’est ce qui s’est passé avec Nicolas Hulot, lors de cette fameuse réunion sur la chasse à l’Elysée lundi soir. Il faut d’une part que cette profession respecte un certain code de déontologie interdisant par exemple de faire des cadeaux à des députés ou de leur offrir des voyages. Ce qui s’est fait et qui était proprement scandaleux. D’autre part, il faut aussi que ceux qui nous gouvernement, à l’Elysée, à Matignon, au Palais Bourbon n’oublient jamais par qui ils ont été élus et sur quel programme. Car là où le petit jeu des lobbyistes devient une menace pour la démocratie, c’est quand ils arrivent à imposer des idées contraires à celles que les citoyens ont exprimées en votant. C’est ce que démontre très bien le film Pentagon Papers, pour ceux qui l’ont vu, avec un lobby militaro-industriel qui est parvenu à faire croire que la situation militaire des américains s’améliorait au Viet Nam pour vendre toujours plus d’armes et faire finalement toujours plus de morts. Voilà pourquoi les lobbies sont un mal nécessaire. Mais un mal qui empêche de temps en temps le pouvoir de n’être exercé que par des technocrates et de fonctionner hors sol.

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