L'édito politique de Thierry Guerrier - "Avec la loi climat et après les gilets jaunes, Macron joue gros"

Ce mardi matin, Thierry Guerrier consacre son édito sur le début de l’examen, à l’assemblée nationale, de la future loi "climat".

Ce mardi matin, Thierry Guerrier consacre son édito sur le début de l’examen, à l’assemblée nationale, de la future loi "climat".

La future loi, nommée exactement "climat et résilience", est un projet qui est sans doute "le" dossier politique le plus important et le plus délicat de la fin du quinquennat d’Emmanuel Macron.

Après la crise des gilets jaunes (déclenchée notamment par la création d’une nouvelle taxe écologique sur les carburants), après le divorce entre Nicolas Hulot et lui, le président joue gros. Il veut profiter de ce texte, destiné à inscrire durablement la France dans la lutte contre le réchauffement climatique, pour montrer qu’il a fait progresser cette cause, mais sans casser l’économie et la croissance. Surtout en pleine crise !

Or cet éternel pragmatisme macronien, cette règle du "en même temps" appliquée cette fois à l’écologie, fait hurler du côté des verts, qui jugent ce projet de loi, trop peu ambitieux. EELV parle même de "trahison", sous prétexte que les propositions de la convention citoyenne pour le climat n’ont pas été reprises intégralement par la majorité.

La majorité qui est d’ailleurs divisée face à ce projet de loi ?

En effet… au sein du groupe LREM, certains députés macronistes (venus de la gauche et des verts) trouvent, eux aussi, trop timoré le texte présenté par Barbara Pompili, la ministre de la Transition Écologique… certains se demandent même s’ils ne vont pas voter les amendements du groupe de députés écologistes dissidents de LREM.

Des amendements qui veulent durcir le projet de loi. Un exemple : ce groupe de députés voudrait rétablir l’interdiction pure et simple des vols intérieurs en France quand une solution ferroviaire est offerte en moins de 4h de train. Là où le projet de loi propose 2h30. Si ce durcissement était voté, ça changerait tout. Si cet amendement passe, c’en sera fini des Paris/Nice, Paris/Marseille, voire même du Paris/Biarritz en avion. Outre la gêne pour les passagers, ce sont des lignes souvent très rentables, de surcroit, pour Air France qui en a bien besoin en ce moment.

Mais ces députés En Marche "rebelles" restent minoritaires, non ?

"C’est vrai qu’au sein du groupe En Marche, cette aile plus écolo, obsédée par l’idée d’avoir absolument un bilan vert, est minoritaire. Elle fait face aux tenants d’une écologie plus pragmatique, qui elle, affirme vouloir tenir compte des réalités économiques et des inquiétudes des lobbys professionnels et industriels très angoissés par les débats qui ont débuté hier à l’assemblée.

L’aérien, le transport routier, l’agriculture, l’automobile, le secteur de la… publicité lui-même, tous suivent de très près les débats et tous redoutent que les parlementaires jouent à "qui lave plus vert". Ça risque de tirailler, donc, au sein même d’en marche dans les semaines qui viennent. Et avec près de 5000 amendements déposés, l’étude de ce projet de loi sera laborieuse.