Éric Zemmour : Pourquoi me faire confiance ? "Parce que je fais le bon diagnostic depuis trente ans"

Éric Zemmour, journaliste, était l’invité du “petit déjeuner politique” de Patrick Roger le 27 septembre 2021 sur Sud Radio, à retrouver du lundi au vendredi à 8h15.

Éric Zemmour, interviewé par Patrick Roger sur Sud Radio le 27 septembre 2021 à 8h15.

Éric Zemmour : "Je voulais faire changer les mentalités et combattre la doxa dominante"

Dans son dernier livre, La France n’a pas dit son dernier mot, Éric Zemmour explique son engagement, même s'il tarde toujours à annoncer sa candidature officielle pour la présidentielle 2022. Peu de raisons pour qu'il renonce à s'y engager. L'écrivain qui "bénéficie d’une protection policière depuis deux ans" à la suite d’une agression "dans la rue par un jeune banlieusard à mobylette", ironise en disant qu'il peut "être renversé par une voiture", ce qui l'empêcherait de se jeter dans la course à l'Élysée. Dans son livre, il confie avoir "cru pendant longtemps que le combat intellectuel, culturel, idéologique suffirait à mon bonheur et que déjà, j’apportais quelque chose dans le débat et que je voulais faire changer les mentalités et combattre la doxa dominante".

Le polémiste espérait qu’un "politique classique" allait faire de ses analyses "la base d’un projet politique". Cela n’est jamais arrivé, regrette Éric Zemmour. "J’ai pensé à des tas de gens, j’en ai discuté avec Philippe Séguin", notamment, ou encore Charles Pasqua et Jean-Pierre Chevènement. Quant à Marine Le Pen, "c’est l’inverse : elle avait ça en héritage". Sans compter qu’elle a choisi "la fameuse stratégie de dédiabolisation qui est en fait une stratégie de centrisation". "Je pense qu’elle se trompe".

 

Candidature à la Présidentielle : "il reste à prendre la décision finale"

Il raconte, dans son livre, une anecdote avec son fils auquel il dit que "ça fait vingt ans que je parle d’assimilation et maintenant il y a des livres qui sortent". Son fils lui répond "ça va, le diagnostic tu l’as fait, maintenant il faut agir". Pour autant, Éric Zemmour continue de refuser de se déclarer candidat : "il reste à prendre la décision finale". Il déclare regarder "le paysage", "la situation politique" ou encore "les discours des politiques".

"Vous avez vu que, depuis un mois, ce qui va dans le sens de ma candidature, le simple fait qu’il y a une rumeur de ma candidature fait que tous les candidats de droite et du Rassemblement national se mettent à parler comme moi." Le tout "en disant que je suis un monstre et que je n’ai pas les mêmes valeurs qu’eux".

 

"Sur un plan politique, je suis favorable à la renaissance du RPR"

Politiquement, Éric Zemmour semble espérer un grand rassemblement de la droite à la façon du RPR. Il explique que contrairement à Jean-Luc Mélenchon qui, selon lui, "se contredit tout le temps et en tire gloire", "moi je ne me contredis pas et je suis constant". "Je considère que je ne me suis pas trompé", explique le polémiste qui rappelle avoir écrit il y a 25 ans "le livre noir de la droite où je racontais comment les élites de la droite, en particulier du RPR, avaient trahi le RPR, avaient trahi le peuple de droite".

"Sur un plan politique, je suis favorable à la renaissance du RPR." Il explique que "le RPR, c’était une synthèse entre les classes populaires de droite" et "la bourgeoisie". "Entre le petit artisan, le petit commerçant, et les grands commis de l’État qu’on appelle aujourd’hui les technocrates." Pour lui, aujourd’hui, "les classes populaires votent RN" et les "bourgeois votent LR". "L’un et l’autre séparés ne peuvent pas gagner." Il estime que cela signifie "la défense de la patrie, de la nation, d’une certaine idée de l’homme et de l’économie de marché, aussi, mais avec un État fort" ou encore "une école traditionnelle".

 

Éric Zemmour : "je touche des gens de deux catégories"

Éric Zemmour ne se présente pas comme un chef de parti, estimant que le suffrage universel a "quelque chose de beau" c’est-à-dire que c’est "la rencontre d’un homme et d’un peuple" et non pas d’un parti et d’un peuple contrairement à l’Allemagne par exemple, souligne-t-il. "La cinquième République, c’est un homme et un peuple."

Selon lui, son message "passe de plus en plus auprès des classes populaires". Selon son analyse des sondages, il "touche des gens de deux catégories" qui sont "la bourgeoisie CSP+, les retraités, qui votent d’habitude LR" ainsi que "les classes populaires qui votent d’habitude pour le Rassemblement national". Sa progression se ferait donc sur ces deux bases, ce qui pour lui est "le plus encourageant".

 

Éric Zemmour : "Je fais le bon diagnostic depuis trente ans, quand tout le monde se trompait"

Les LR ont annoncé qu’il n’y aura pas de primaire mais un Congrès pour désigner le candidat à la Présidentielle. Éric Zemmour explique que "le LR n’est plus le RPR" notamment car "LR a trahi le RPR". "Les chefs de LR sont pour la plupart des notables centristes", dénonce-t-il, estimant que "le centrisme a tué la droite".

Chroniqueur et observateur de la vie politique depuis plusieurs décennies, Éric Zemmour devra changer de braquet pour s'engager dans la vie politique. Pourquoi lui faire confiance ? "Parce que je fais le bon diagnostic depuis trente ans, quand tout le monde se trompait", répond-il. "Ce n'est pas parce que je considère que la question migratoire et identitaire est la plus importante, parce qu'il en va de la survie du pays, que je méprise l'économie, les conditions matérielles de vie du pays et des gens qui subissent un déclin manifeste", explique l'écrivain.

Pour Éric Zemmour, il ne s'agit que d'une "priorité différente de celle de la classe politique". Le journaliste évoque "la rupture" lors de l'arrivée au pouvoir d'Emmanuel Macron "qui n'est pas un politicien avec une carrière d'homme politique, comme moi", mais qui a fait "la synthèse entre le centre-droit et le centre-gauche". "Il est la quintessence de l'évolution politique française depuis 30 ans, il est le mariage entre Giscard d'Estaing et Michel Rocard", estime-t-il.

 

"Je suis le seul à subir ce traitement infâme"

Après s'être retrouvé en Une de Paris-Match, jeudi 23 septembre, Éric Zemmour déplore un climat "devenu absolument lamentable". Si les élections provoquent "une espèce de frénésie dans toutes les campagnes", les journalistes ne les racontaient pas jusqu'à "dix ou quinze ans". "Je suis le seul à subir ce traitement infâme", déplore-t-il, confiant avoir été "affecté". "Il y a une action politique derrière, on veut me détruire parce que je fais peur à certains", soupçonne le polémiste qui rappelle que "Paris-Match roule pour l'Élysée".

 

"Le déclin, c'est essentiellement l'économie"

Rarement interrogé au sujet de l'économie, Éric Zemmour fait la différence entre "la survie et le déclin". "Le déclin, c'est essentiellement l'économie", indique-t-il. "Nous avons désindustrialisé", pointe-t-il, l'industrie en France ne représentant plus que "13% de la richesse nationale quand elle était à 24% dans les années 70-80". "Nos élites brillantes, tellement compétentes, ont accepté que toutes les industries françaises partent pour payer moins cher les salaires", dénonce le journaliste.

Rappelant que le libéralisme a été à la fois de gauche, puis de droite, avant de trouver une alliance avec le libéralisme-libertaire, le chroniqueur estime que "le libéralisme ne veut plus rien dire". Il souligne, en revanche, que les entreprises "croulent sous les charges, les impôts". La faute à "la protection sociale", qui représente 750 milliards d'euros de dépenses sociales par an, soit 30% du PIB. "Nous avons un modèle social aussi exorbitant parce que nous sommes ouverts au monde entier, il est mal géré et que nous avons une activité insuffisante". "Je demanderais que la solidarité nationale redevienne nationale", annonce le candidat officieux. Pour pouvoir réindustrialiser la France, l'écrivain propose donc de "réduire les charges".

 

"Il faut reprendre des pans de notre souveraineté à Bruxelles et aux juges"

Si Éric Zemmour s'inscrit dans la lignée des souverainistes, tels que Philippe Seguin, il n'envisage pas de sortir de l'Euro. "À l'époque, il avait raison, l'Euro a aggravé le manque de compétitivité française et a provoqué des effets de centralisation autour du pays le plus compétitif", se souvient-il tout en spécifiant que sortir de l'Euro, aujourd'hui, "serait déstabiliser et aggraver les problèmes de l'économie française". "Je n'ai jamais dit qu'il fallait en sortir, j'ai dit qu'on n'aurait jamais dû y rentrer", souligne-t-il.

En précisant que souverainisme et protectionnisme ne sont pas pareils, l'ex-chroniqueur de CNews estime "qu'il est temps de reprendre" de la souveraineté. "C'est un outil, pas un but", explique-t-il tout en gardant une proximité avec des souverainistes. "Il faut reprendre des pans de notre souveraineté à Bruxelles et aux juges".

 

"La France a le droit de maîtriser la composition de sa population"

En matière d'immigration, Éric Zemmour rappelle que "la France a le droit de maîtriser la composition de sa population mais qu'elle y a renoncé". L'écrivain invite à "reprendre ce droit", soulignant que les Français, étant mono-nationaux, "n'avaient rien à craindre". Il souhaite "supprimer tous les droits qui permettent aux immigrés de faire venir d'innombrables d'autres immigrés, de créer des diasporas énormes qui deviennent des enclaves étrangères". Le polémiste entend "supprimer le regroupement familial, le droit du sol, étendre la déchéance de nationalité à de nombreux crimes et délits, et expulser les délinquants étrangers". En outre, il affirme devoir "faire pression sur les États qui sont à l'origine de ces étrangers pour qu'ils les reprennent", quitte à exercer des pressions "très fortes". 

Assurant que les musulmans n'avaient "évidemment rien à craindre" de lui, Éric Zemmour poursuit en affirmant les prendre "au sérieux, pour des adultes, pas comme des enfants comme les autres", en disant qu'il y a "un problème avec l'islam, comme il y a toujours eu des problèmes en France avec toutes les religions". "Toutes les religions non-catholiques se sont christianisées", note le polémiste qui souhaiterait voir l'islam suivre le même chemin.

 

 

 

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