Éric Woerth : "Est-ce que le gouvernement peut se concentrer deux ou trois minutes?"

Le député LR de l'Oise, président de la Commission des Finances et ancien ministre, Éric Woerth était l’invité du “petit déjeuner politique” de Patrick Roger le mardi 28 janvier sur Sud Radio, à retrouver du lundi au vendredi à 7h40.

Éric Woerth était l’invité du “petit déjeuner politique” de Patrick Roger le mardi 28 janvier sur Sud Radio, à retrouver du lundi au vendredi à 7h40.

L'ancien ministre du Travail sous le gouvernement de François Fillon a de quoi se réjouir aujourd'hui, après l'annonce du recul de 3,3% du nombre de demandeurs d'emploi. "Tout le monde peut se réjouir que le chômage baisse. Tant mieux", estime-t-il, notant au passage qu'il baisse légèrement depuis la fin de l'année 2016 et que "la tendance s'accroît aujourd'hui". Cependant, "le chômage reste très élevé en France", note-t-il, notamment pour les chômeurs de long terme.

 

S'il fallait trouver une explication à cette baisse, le député Les Républicains semble l'avoir trouvée. "Le chômage baisse car nous sommes dans une période de croissance". Mais cette annonce cache un dysfonctionnement selon lui, "on s'interroge quand même sur le fait que la création d'emploi est plus forte qu'elle ne devrait être". "Ça veut dire que la productivité du travail a tendance à devenir de plus en plus plate. Cette productivité c'est la compétitivité du pays, il y a des questions que l'on doit résoudre autour de cette productivité", explique-t-il. "Il faut réformer beaucoup sur les qualifications et la mobilité du travail", avance Éric Woerth.

 

Réforme des retraites : "il y a un problème de méthode"

"Nous avons saisi Richard Ferrand, président de l'Assemblée nationale, pour dire que le texte de la réforme des retraites n'était pas complet !", indique l'ancien ministre. "Aucun élément sur le financement ! Sans financement c'est une réforme irresponsable", s'indigne-t-il. Même "le Conseil d'État critique la méthode du gouvernement. Il y a un problème de méthode, de délai et de fond!", insiste l'élu qui déplore qu'une réforme "qui engage sur 20 à 50 ans ne laisse que trois jours pour donner une opinion".

Il n'attend pas grand chose de la réponse. "La majorité répondra que les chiens aboient, la caravane passe... Le débat parlementaire n'est pas bien organisé, à l'image de la réforme", déplore-t-il. Et selon lui, il y a des choses à redire ! "La réforme des retraites n'est pas si universelle que ça. La créature échappe au créateur", juge Éric Woerth. "Le gouvernement est lui-même perdu, c'est pour ça qu'il annonce des ordonnances pour prendre du temps. Cette réforme des retraites est un puzzle dangereux. On emploie le mot 'juste' sans contenu : mais cette réforme ne le sera pas", prévient-il.

Et le député d'opposition ne croit pas vraiment en l'efficacité de la conférence de finance. "Elle ne servira à rien. Le gouvernement n'ose pas assumer que la retraite est d'abord une question d'âge d'équilibre. C'est du 'en même temps', de l'entre deux, une drôle de manière de faire". Et pour régler la question, Éric Woerth ne croit pas non plus à l'organisation d'un référendum sur la question des retraites. "Quelles questions ? Quelles réponses ?", s'interroge-t-il. Selon lui, "le gouvernement peut encore changer de pied sans se déjuger".

Des ministres-candidats ?

À la demande d'Emmanuel Macron, de nombreux membres du gouvernement devraient faire campagne et se présenter aux élections municipales. Une stratégie incompréhensible pour le député de l'Oise qui fait remarquer qu'un parlementaire "ne peut pas être maire-adjoint du plus petit village de France, mais un ministre peut être tout !", s'indigne-t-il. "Je ne comprends pas que le président de la République n'applique pas la même règle qu'aux députés. Règle idiote, en vrai, qui fait des députés hors-sol. Mais maintenant qu'elle est appliquée aux députés, elle devrait l'être volontairement aux membres du gouvernement qui ne devraient être dans aucun exécutif local", lance Éric Woerth.

"Qu'à Biarritz, il y ait deux ministres qui s’écharpent pour être dans le conseil municipal, c'est leur problème, mais leur travail de ministre est fait comment ?", s'interroge l'ancien ministre des Finances. "Et Édouard Philippe qui dit : j'irais bien au Havre. Vous-vous dites, est-ce que le gouvernement peut se concentrer deux ou trois minutes ? Dans une France très chamboulée, déboussolée, dans laquelle il y a de la haine, des mauvais sentiments, une malveillance à tous les étages, ils vont s'éparpiller sur tout le territoire", dénonce-t-il. Le député appelle à "continuer de réformer, si possible avec organisation et méthode".

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