Désindustrialisation : "Ça ne marche pas un pays que de services", analyse Nicolas Dufourcq

La désindustrialisation est liée à la naïveté de la classe politique française selon Nicolas Dufourcq, directeur général Bpifrance. Il était l'invité du “petit déjeuner politique” sur Sud Radio. 

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Nicolas Dufourcq, interviewé par Patrick Roger sur Sud Radio, le 15 septembre 2022 dans "le petit déjeuner politique". 

La désindustrialisation de la France, la naïveté face à la société des services, l'Éducation nationale et les parcours professionnels... Nicolas Dufourcq a répondu aux questions de Patrick Roger.

 

Désindustrialisation : "On a totalement sous-estimé la mondialisation à partir de l’an 2000"

L’exécutif a fait de la réindustrialisation de la France l’une de ses priorités pour les années à venir, après une forte période de désindustrialisation. Selon Nicolas Dufourcq, directeur générale de BPIfrance, entre 1995 et 2015, l’Hexagone a perdu la moitié de ses usines, et les 35 heures ont exacerbé la situation. Néanmoins, et contrairement à ce que pense une partie de la population et de la classe politique, l’euro, la monnaie unique, a été une aubaine. Chez les entrepreneurs ayant vécu la désindustrialisation, "aucun nous dit l’euro m’a posé problème". "Tous disent, l’euro ? Fantastique", notamment grâce à la simplification des échanges internationaux qui étaient avant soumis au risque de dévaluation des devises.

L’un des problèmes qui ont conduit à la désindustrialisation est "qu’on a totalement sous-estimé la mondialisation à partir de l’an 2000". "On a pensé que la Chine serait une puissance moyenne." De fait, "on ne s’est pas du tout protégés".

 

Nicolas Dufourcq : les Français étaient "dans l’imaginaire de la société servicielle"

La classe politique française a "totalement" péché par naïveté, juge le directeur de la Banque Publique d’Investissement. "C’est un vrai problème d’imaginaire français qui refuse de voir le réel en face", juge-t-il. Et un "manque de bon sens qu’on ne trouve pas dans d’autres nations qui sont nos voisins". C’est ainsi que l’Allemagne, la Suisse ou encore l’Italie ont conservé un important tissu industriel alors que la France s'enfonçait dans la désindustrialisation.

L’auteur de La désindustrialisation de la France (Odile Jacob) explique que les Français étaient "dans l’imaginaire de la société servicielle", donc uniquement basée sur des services. "Tout le monde bosserait dans les services ; et c’était formidable", résume-t-il avec un pointe d’ironie. "Sauf que ça ne marche pas un pays dans lequel il n’y a que des services."

 

Éducation nationale : la réforme Chevènement "a été dévoyée"

Cette naïveté se reflète également dans la politique de l’Éducation en France, avec un certain dédain de l’Éducation nationale pour les métiers industriels. La génération de professeurs de lycées professionnels et d’apprentis qui "étaient des Compagnons" et qui "connaissaient tous ces métiers" sont partis à la retraite. À leur place, souligne Nicolas Dufourcq, "de nouvelles générations de professeurs qui étaient plutôt dans le monde du service".

Le président de Bpifrance tient à souligner également une mauvaise politique liée à la réforme de l’éducation nationale de Jean-Pierre Chevènement. Il voulait "80% d’une classe d’âge au niveau du Bac, il n’a jamais dit au Bac". Cette réforme, "on peut considérer qu’elle a été dévoyée". Alors qu’elle visait à "donner son heure de gloire à l’enseignement professionnel", selon Nicolas Dufourcq, et de mettre l’enseignement professionnel au même niveau que le généraliste, c’est l’inverse qui s’est produit. "Le monde de l’Éducation nationale a inversé le truc", et les filières générales ont été largement mises en avant.

 

Ralentissement de la croissance : "On est en train d’atterrir d’un moment qui était un moment d’exubérance"

La crise économique qui plane pourrait toutefois être bien moins importante que craint, selon le président de Bpifrance. Un ralentissement de l’économie et de l’activité en 2023 sont désormais les scénarios privilégiés par le gouvernement ou encore la Banque de France. Mais rien d’inquiétant, pour Nicolas Dufourcq. "De toute façon, l’activité va ralentir."

La raison ? "On a connu une année 2021 exceptionnelle". Avec "7% de croissance" en 2021, c’était "la catapulte économique". Pour 2022, il annonce de bonnes nouvelles : "ça va être une belle année, le premier semestre est très bon, les comptes sont incroyables". Grandes comme petites entreprises s’en sortent.

Selon lui, "le second semestre va ralentir" en 2022 et on aura potentiellement "deux trimestres à 0, peut-être moins quelque chose", entre fin 2022 et début 2023. Pour autant, "2023 sera à +1" ; "donc c’est loin d’être la cata", juge Nicolas Dufourcq. "On est en train d’atterrir d’un moment qui était un moment d’exubérance."

 

Retrouvez "L’invité politique" chaque jour à 8h15 dans le Grand Matin Sud Radio avec Patrick Roger.

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