Amélie de Montchalin : "La gauche voit la fonction publique comme une clientèle"

Amélie de Montchalin, ministre de la Transformation et de la Fonction publiques, était l’invitée du “petit déjeuner politique” de Patrick Roger le 13 septembre 2021 sur Sud Radio, à retrouver du lundi au vendredi à 7h40.

Amélie de Montchalin, interviewée par Patrick Roger sur Sud Radio le 13 septembre 2021 à 7h40.

Amélie de Montchalin : Anne Hidalgo a fait "un festival de démagogie"

Anne Hidalgo a lancé officiellement sa campagne pour la Présidentielle 2022. Parmi les propositions dévoilées le 12 septembre 2021, la maire de Paris annonce un doublement du salaire des enseignants. Amélie de Montchalin rappelle que "tous les agents publics, qu’ils soient de l’État, de la fonction publique territoriale ou de la fonction publique hospitalière" sont sous sa responsabilité, en tant que ministre de la Fonction publique. En tant que telle, Amélie de Montchalin estime que la proposition d’Anne Hidalgo est "un festival de démagogie". "J’ai un enjeu de responsabilité : quand on fait de la politique, on doit assumer à la fois son action, son bilan et être crédible quand on fait des propositions", ajoute la ministre.

Quant au bilan d'Anne Hidalgo, la "manière dont elle s’occupe des fonctionnaires de la mairie de Paris" contraste avec ses déclarations de candidate pour des "principes phares" qui sont que "la loi soit respectée" et "le respect et la considération pour les agents publics". "Elle ne fait ni l’un ni l’autre à Paris", estime Amélie de Montchalin qui rappelle l’affaire de la loi sur les 35 heures qui "n’est toujours pas appliquée à la mairie de Paris", si bien que le gouvernement a "réinscrit dans la loi" que les 35 heures doivent être respectées par "toutes les collectivités". Concernant Paris, "il manque 50 heures à peu près dans l’année de travail" soit "sept-huit jours de travail en plus", précise-t-elle. "Où est l’équité, quand on se dit de gauche, à considérer qu’il y a les fonctionnaires hors de Paris qui doivent travailler 35 heures et puis qu’il faudrait qu’à la mairie de Paris, il y ait un régime d’exception ?", demande la ministre de la Transformation et de la Fonction publiques.

 

 

"On peut donner des leçons, mais il vaut mieux d’abord balayer devant sa porte"

La ministre rappelle qu’en juillet 2021, c’est elle qui a annoncé une augmentation "de 40 à 100 euros" des salaires "des fonctionnaires de catégorie C" ou encore que l’État allait payer "la protection sociale complémentaire, la mutuelle santé". Elle souligne également qu’en avril 2021, elle s’est assurée que "personne n’était payé sous le SMIC" alors que certains "agents publics de madame Hidalgo étaient payés sous le SMIC". "J’ai un problème : on peut donner des leçons, toujours, mais il vaut mieux d’abord balayer devant sa porte, surtout quand sa porte est aussi grande que celle de la mairie de Paris, et qu’on est au cœur, là, d’une contradiction majeure".

 

 

"Nous, avec le président de la République, on a un engagement vis-à-vis des Français : c’est qu’on prend nos responsabilités", explique Amélie de Montchalin. "Il y a des choses qu’on avait promis en 2017 qui sont en train de se mettre en œuvre, qui fonctionnent", tandis qu’elle concède qu’il y a des choses "qui n’ont pas encore assez fonctionné".

Parmi les promesses d’Emmanuel Macron, il y avait toutefois la suppression de 120.000 postes de fonctionnaires qui n’a finalement pas eu lieu durant son quinquennat. Une promesse non tenue qu’Amélie de Montchalin explique par "la crise Covid". "Oui, nous sommes en train de mettre les personnes là où nous en avons besoin, dans les écoles", assume-t-elle en expliquant "investir dans la justice, dans la sécurité, on stabilise les effectifs : il n’y a pas de hausse du nombre de fonctionnaires, mais on réalloue nos moyens". La ministre de la Fonction publique rappelle qu’Anne Hidalgo est maire de Paris. "La première chose qu’il faut regarder c’est : est-ce qu’elle a augmenté les salaires de ses agents publics ? Non ! Qui est-ce qui est en train de le faire ? Le gouvernement." Il en va de même pour la loi et son respect.

 

"La gauche, pendant des années, a toujours vu la fonction publique comme une clientèle"

Les annonces d’Anne Hidalgo sont liées, pour la ministre, au fait que "la gauche, pendant des années, a toujours vu la fonction publique comme une clientèle : on dit des choses formidables quand il s’agit de faire campagne, et ensuite on ne fait, en général, pas la moitié du quart de ce qu’on a promis. Et on s’étonne ensuite qu’il y a un problème de défiance dans notre pays", regrette Amélie de Montchalin pour qui, au contraire, le gouvernement fait les choses "par étapes". Elle concède qu’il faut "améliorer la rémunération des enseignants, en particulier des jeunes enseignants". "Je suis la première à défendre les revalorisations", affirme la ministre.

Elle demande, par ailleurs, si Anne Hidalgo a "un projet pour notre école, l’école de France" au-delà de la question des salaires. "Et le reste ? Et l’égalité des chances ? Et l’organisation de la formation ? Et le dédoublement des classes ?"
"Faire de la fonction publique une clientèle, je pense que les agents de la fonction publique ne sont plus dupes", juge Amélie de Montchalin.

 

Le télétravail, "c'est un changement majeur d'organisation"

Après la crise du Covid-19, le télétravail devient possible pour la fonction publique, jusqu'à trois jours par semaine, sur la base du volontariat. "C'est inédit, nous avons signé à l'unanimité, un accord" précisant que les agents peuvent travailler à partir du 1er septembre, "un, deux ou trois jours avec une base volontaire". "C'est un changement majeur d'organisation, ça crée de la confiance, de l'innovation", se félicite Amélie de Montchalin.

"On a donné un cadre, qui est innovant, qui est un vrai progrès social", juge-t-elle, rappelant une compensation financière jusqu'à "220 euros par an". Une opportunité "unique, à la fois d'assurer de l'efficacité, la continuité du service public", affirme la ministre qui se félicite d'avoir remis la fonction publique "en fer de lance, en aiguillon d'un progrès social". Amélie de Montchalin estime "important que l'on arrête de penser qu'on était toujours les gens en retard, les has been, les à côtés".

"On contrôle, on s'assure que les choses soient faites de manière rigoureuse"

Face à l'augmentation des arrêts de travail dans la fonction publique, la ministre propose de "s'intéresser à l'état de santé des fonctionnaires". "Ils payent tout seul leur mutuelle santé", rappelle-t-elle, soulignant que certains d'entre eux n'ont pas de mutuelle. Une situation qui devrait évoluer au 1er janvier 2022, puisque "les 2 millions de fonctionnaires de l'État auront 15 euros par mois pour payer leur mutuelle santé". En 2024, "ils auront l'équivalent de 30 euros", soit la moitié du coût, "comme dans le privé". 

Amélie de Montchalin appelle à un suivi de la santé, de l'organisation du travail, de la qualité de vie au travail. "On contrôle, on s'assure que les choses soient faites de manière rigoureuse", affirme la ministre qui "ne met aucun sujet sous le tapis".

 

"Ce que j'ai entendu hier dans les mots d'Édouard Philippe, c'est une forme d'évidence"

L'ancien Premier ministre, Édouard Philippe a annoncé qu'il renonce à se présenter à la Présidentielle et affirme son soutien à Emmanuel Macron. "Ce que j'ai entendu hier dans les mots d'Édouard Philippe, c'est une forme d'évidence", selon Amélie de Montchalin, issue comme lui de la droite. "Il s'est engagé pendant plus de trois ans, pour un homme, Emmanuel Macron, pour un projet", commente la ministre qui rappelle que le maire du Havre a été "l'acteur de la mise en œuvre des engagements du président de la République".

Soulignant "la loyauté" de l'ancien chef du gouvernement, Amélie de Montchalin appelle surtout à "un besoin de cohérence". "On est dans la continuité, on est en train d'accélérer pour que les Français voient le résultat de ce qu'on leur avait promis", prévient la ministre de la Transformation.

 

"On sanctionne ceux qui doivent être sanctionnés"

Mercredi 15 septembre, l'ensemble de la fonction publique hospitalière devra être vacciné, sous peine de voir son contrat suspendu. Selon les derniers chiffres, "plus de 96% des fonctionnaires des hôpitaux sont aujourd'hui avec une première dose, que les 3-4% restants ont l'intention de se faire vacciner et qu'il reste peut-être 1% d'agents qui ne souhaitent pas se faire vacciner", avance la ministre qui se réjouit "du fonctionnement de la campagne de vaccination".

"Les fonctionnaires ont été exemplaires", note Amélie de Montchalin qui rappelle qu'ils ont "fait tenir l'État, ouvert les centres de vaccination et sont vaccinés à pratiquement 90%". "On sanctionne ceux qui doivent être sanctionnés", minimise-t-elle.

Éric Zemmour a proposé de remettre en vigueur la loi de 1803 obligeant les parents à donner un prénom français à leurs enfants, afin de redonner de la cohérence à la France. Une proposition "absurde et nauséabonde", selon la ministre qui aimerait "savoir où il se trouve". "Je vois mal comment il va transposer ce blabla nauséabond en programme", souligne-t-elle.

 

 

 

Cliquez ici pour écouter "L’invité politique" avec Patrick Roger

Toutes les fréquences de Sud Radio sont ici !