Alain Finkielkraut : "Macron recule sur le voile, c'est dommage"

Alain Finkielkraut, philosophe, écrivain, membre de l’Académie française et auteur de "À la première personne" (Gallimard) était l’invité du “petit déjeuner politique” de Patrick Roger le 25 octobre sur Sud Radio, à retrouver du lundi au vendredi à 7h40.

Alain Finkielkraut interviewé par Patrick Roger sur Sud Radio Le 25 octobre à 7h40.

Dans un livre étonnant, À la première personne (Gallimard), le philosophe et écrivain, membre de l’Académie française raconte ses premiers pas, mai 1968, ses origines juives, l’étiquette réactionnaire qui lui a été accolée… Au micro de Patrick Roger, il revient notamment sur la question du voile, de l'islam et de l'islamisme en France.

 

"Ne pas menacer le droit des Français à la continuité historique"

Emmanuel Macron vient d’éclaircir sa position sur le voile lors de sa visite à la Réunion : "le port du voile dans l’espace public, ce n’est pas mon affaire", a-t-il dit. A-t-il raison ? "Il est vrai qu’il est impossible d’interdire le voile islamique dans l’espace public. Mais Emmanuel Macron est allé un peu plus loin, c’était une manière de désavouer son ministre de l’Éducation, estime Alain Finkielkraut. Je me souviens que dans une interview, il avait dit que le voile était contraire à la civilité française. Il recule donc un peu, c’est dommage. Sans doute a-t-il été effrayé par la pétition des people publiée dans Le Monde. Sartre disait qu'il ne fallait pas désespérer Billancourt. Emmanuel Macron pense qu'il ne faut pas désespérer les people. Je pense qu’il a tort : il ne s’agit pas de réglementer le voile dans l’espace public, mais de rappeler ce que sont les principes de la République, les mœurs, le style de vie, la tradition et la civilisation française".

Il ne s’agit pas pour autant de stigmatiser une religion, souligne le philosophe. "Si l’islam était seulement une religion, cela ne poserait aucun problème. Mais c’est plus qu’une religion, comme l’a montré Rémi Brague. C’est un système total de réglementation de l’existence. Quand on voit les progrès de l’islamisation de notre nation, il est temps de manifester notre opposition et de prendre un certain nombre de mesures". Mais quelles mesures ? "La première serait de fermer les mosquées salafistes. Je pense aussi qu’il faudrait interdire le voile dans les sorties scolaires. C’est quand même aussi l’école. Il ne faut pas arborer de signes religieux ostensibles. On me dira qu’il y a tellement de mères voilées dans certains quartiers qu’il n’y aura plus de sorties scolaires. Cela signifie alors que le problème est très grave. Il ne faut pas se laisser intimider par ce type de chantage. La France est une civilisation qui peut accepter autre chose qu’elle même en son sein, mais jusqu’à un certain point. Il ne faut pas non plus menacer le droit des Français à la continuité historique".

Une partie de l'islam en position de conquête

Pour l’écrivain, "les Français ne se reconnaissent pas dans un pays où il y aurait trop de femmes voilées. Et j’ajoute que c’est une chance pour l’islam. Le voile est une manière de diaboliser la femme. La chevelure signifie la luxure, le corps fait peur. Il y a une manière de refouler tout ce qui relève le désir absolument terrible. Je crois que la violence dans les sociétés arabo-musulmanes procède de cela". Selon le philosophe, "la radicalisation se produit surtout dans la jeunesse, la troisième, la quatrième génération. C’est pour cela que l’on a toutes les raisons d’être inquiet".

L’ancien président de la République, François Hollande, a dit lui-même que la France se dirigeait vers une partition. "Il y a un risque de sécession d’un certain nombre de quartiers et de départements, estime également Alain Finkielkraut. Je pense aussi qu’une part de l’islam est en position de conquête. Il y a chez certains, notamment les Frères musulmans, l’idée que la France à terme peut devenir une terre musulmane. Il ne faut pas sombrer dans la paranoïa ; il n’empêche que cette éventualité doit être prise au sérieux. Pour éviter toute guerre civile, une alliance doit être formée entre les musulmans souhaitant se libérer du carcan du voile et d’autres prescriptions islamistes et d’autres Français non musulmans".

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