Insécurité dans tous les pays du Golfe, bombardements aléatoires, avions de ligne cloués au sols, bateaux bloqués aux abords du détroit d’Ormuz : la hausse du prix des énergies, des engrais et autres matières plastiques n’est pas la seule conséquence de l'embrasement du Moyen-Orient depuis maintenant trois semaines. Le secteur du tourisme pâtit également de cette guerre dont on ne voit toujours pas l'issue.
100 millions de visiteurs l'an passé
La région du Moyen-Orient occupe une place stratégique dans les flux régionaux et internationaux. Elle représente environ 5 % des arrivées touristiques mondiales, mais surtout 14 % du trafic aérien de transit. La multiplication des tirs de missiles et les tensions compliquent fortement la circulation aérienne. Certaines compagnies modifient leurs trajectoires, allongeant les temps de vol et augmentant les coûts d’exploitation.
Parallèlement, les tensions dans le détroit d’Ormuz perturbent également le transport maritime, ce qui contribue à désorganiser les chaînes logistiques et à renchérir les coûts liés au tourisme.
40% des Français envisagent de changer de destinations
Ces perturbations liées à la guerre interviennent alors que la région enregistrait une forte reprise. En 2025, le Moyen-Orient avait frôlé les 100 millions de visiteurs, avec une progression de +39 % par rapport à l’avant-pandémie de Covid en 2020, soit la croissance la plus élevée au niveau mondial. La situation actuelle marque donc un coup d’arrêt cruel à cette dynamique.
Selon l’Alliance France Tourisme, 40 % des Français envisagent de modifier leurs projets de vacances pour le printemps ou l’été. Par ailleurs, 75 % d’entre eux considèrent la situation au Moyen-Orient comme dissuasive, même pour une simple escale.
Une aubaine pour le tourisme en France ?
Dans ce contexte, les professionnels du tourisme français peuvent se frotter les mains. Une étude Ifop indique que dans ce contexte, l'hexagone apparaît comme la première alternative en cas de changement de destination. Sur le territoire français, ce report se traduit déjà par une hausse des réservations dans plusieurs régions, notamment sur le littoral.
À l’inverse, certaines destinations dépendantes de clientèles lointaines, comme Paris, enregistrent une baisse de leurs taux d’occupation et de leurs revenus par chambre.
La hausse du carburant, l'autre frein
Ce replacement de la France dans le haut du panier des destinations touristiques reste toutefois dépendante de l’évolution du pouvoir d’achat. La hausse des prix, notamment du carburant, pourrait limiter les déplacements, y compris au sein de l’Europe. Pour les clientèles européennes, la France conserve un avantage de proximité. Cependant, cet atout pourrait être atténué en cas de poursuite de l’inflation.
À court terme, la guerre au Moyen-Orient entraîne une réorganisation des flux touristiques mondiaux. Les destinations perçues comme sûres et accessibles sont privilégiées, tandis que les régions exposées ou dépendantes des grands hubs de transit subissent un ralentissement. Cette évolution pourrait influencer durablement les choix de destination, en renforçant le poids du tourisme régional dans les prochains mois.