Depuis le début de la guerre au Moyen-Orient, le Koweït est le second pays à subir une attaque sur une usine de dessalement d’eau après le Bahreïn qui avait connu le même sort il y a deux semaines. Ces attaques sont une illustration de la menace grandissante d’une guerre de l’eau au Moyen-Orient. Mais pourquoi la question de l’eau est-elle si stratégique dans ces pays ? Et surtout, quelles conséquences ont ces agressions ?
Une ressource rare donc vitale
Les pays du Golfe - l’Arabie saoudite, les Émirats arabes unis, le Qatar, le Koweït…- sont extrêmement touchés par la sécheresse. Ils comptent parmi les pays les plus menacés par le stress hydrique. L’eau potable y est rare, et les usines de dessalement y sont donc indispensables pour ne pas dire vitales.
Le Moyen-Orient concentre 40 % des capacités de dessalement à l’échelle de la planète. Pays le plus concerné, le Qatar dépend à 99 % de l’eau provenant de ses usines de dessalement, le Koweït à 90 %. Si une usine est touchée et cesse de fonctionner, les conséquences dramatiques se répercutent sur des millions de personnes qui n'auront alors plus d'eau potable à disposition.
Un crime de guerre
Les usines de dessalement sont donc essentielles à l’hydratation des habitants, mais aussi au fonctionnement des hôpitaux et aux soins. Si les problèmes de santé publique constituent un enjeu majeur, le secteur économique est également dépendant de cette ressource. Pour extraire du pétrole, il faut en effet de l’eau. Pour raffiner les barils, aussi. Pour refroidir les centres de données utiles à l’intelligence artificielle, l’eau joue également un rôle central.
L’eau est en réalité la ressource la plus importante aux yeux de ces pays. D’ailleurs, en 1977, dans le protocole additionnel des conventions de Genève, la destruction de sources d’eau potable a été qualifiée de crime de guerre. Une convention à laquelle l’Iran ne souscrit pas.
L’équivalent d’une guerre nucléaire
Cette attaque au Koweït constitue donc une nouvelle escalade dans le conflit, mais les pays du Moyen-Orient ont prévu divers moyens pour se protéger. Des batteries de missiles protègent certaines de ces usines, d’autres sont construites à 20 ou 25 mètres de profondeur, afin de limiter les dégâts. Au Qatar, des réserves de dix millions de mètres cubes d’eau ont été constituées. C’est considérable, mais cela reste une réponse temporaire.
Alors pourquoi ne pas riposter ? Si l’Arabie saoudite, le Qatar ou Oman ont condamné l’attaque contre l’usine koweïtienne, il n’est pas question de riposter. Entraîner une escalade dans ce domaine dans les pays du Golfe reviendrait à entrer dans l'équivalent d'un « conflit nucléaire », tant l'escalade serait dramatique.
L'Iran aussi menacée
L’eau est un enjeu hautement stratégique pour l’ensemble des pays du Moyen-Orient, y compris pour l’Iran. Même si le pays est moins dépendant des usines de dessalement, celles-ci restent importantes. En décembre 2025, Ali Khamenei avait appelé la population de Téhéran à évacuer la ville en raison d’une pénurie d’eau causée par quatre années consécutives de sécheresse.
Il y a donc un risque pour l’Iran aussi, et Donald Trump l’a bien compris. Il a déclaré : « Si, pour une raison quelconque, un accord n’est pas rapidement conclu, (…) nous mettrons fin à notre charmant séjour en Iran en faisant (…) possiblement exploser toutes les usines de dessalement ». Un sévère retour de boomerang que ne peut pas se permettre le régime des Mollahs.