Élise Boghossian : "les enfants orphelins sont les plus faciles à embrigader"

Alors que Donald Trump a annoncé le retrait des troupes américaines de Syrie, Élise Boghossian, humanitaire et fondatrice de l’ONG EliseCare, estime que cette décision est grave.

À Mossoul il y a 17.000 enfants dans les rues.

Pour Élise Boghossian, les enfants orphelins du territoire anciennement occupé par Daesh sont vulnérables et risquent de rejoindre des groupes armés. Élise Boghossian était l’invitée de l’émission "C’est à la une" le 9 octobre 2019 sur Sud Radio, à retrouver du lundi au vendredi à 8h10.

 

"Si la présence militaire se retire, on ne sait pas ce qui va se passer"

"En Europe on est en train de s’habituer à cette violence, à cette montée en puissance du terrorisme. En même temps, au nord de l’Irak, toutes les populations que nous soignons sont traumatisées, marquées depuis des années. On fait des prises en charge en santé mentale, on accompagne des populations victimes de stress post-traumatique", a raconté Élise Boghossian.

L’ONG d’Élise Boghossian se consacre beaucoup à l’aide aux enfants orphelins. "À Mossoul il y a 17.000 enfants dans les rues, il y en a 60.000 à Alep. Il y a des groupes armés qui recrutent des enfants, on a des enfants qui disparaissent du jour au lendemain. Les enfants orphelins sont les plus faciles à récupérer, à radicaliser, à embrigader. On ne sait pas si ces jeunes ont des liens avec l’État islamique, on a beaucoup de mal à cerner les profils dangereux. Ils sont tellement nombreux qu’on ne peut pas suivre. Si la présence militaire se retire, avec des frontières qui sont trop poreuses, on ne sait pas ce qui va se passer", a déclaré Élise Boghossian.

 

"Les enfants ont souvent un sentiment de vengeance"

Et les enfants potentiellement dangereux ne sont pas uniquement des garçons. "Les filles de Daesh ont parfois des maris et des enfants. Si demain on leur dit : 'vous allez suivre un autre mouvement', elles suivront parce que pour elles, c’est leur famille."

"Les adolescents s’expriment très peu sur ce qu’ils veulent, sur ce dont ils ont besoin. C’est ça qui est compliqué. Parfois ils ont un sentiment de vengeance parce qu’ils ont perdu leurs familles qui vivent l’oppression chiite. C’est difficile pour eux de vivre avec ce passé. Ces enfants, il faut qu’à un moment ou un autre ils reprennent leur vie. Mais on voit que sous le coup du stress, ils sont incapables d’apprendre", a raconté Élise Boghossian.

 

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