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Alice Gauvin : "Il existe des audiences dédiées aux violences intrafamiliales"

Par Jean Baptiste Giraud

Alice Gauvin, journaliste à l’émission "Envoyé Spécial", et Élise Lucet, la rédactrice en chef d'Envoyé Spécial, étaient les invitées de Valérie Expert et Gilles Ganzmann sur Sud Radio le 23 novembre 2023 dans "Sud Radio Média".

Alice Gauvin et Élise Lucet
Alice Gauvin et Élise Lucet, invitées de Valérie Expert et Gilles Ganzmann dans "Sud Radio Média" sur Sud Radio.

Le 23 novembre 2023, Journée internationale de lutte contre les violences faites aux femmes, France 2 diffuse "La Spéciale d'Envoyé : Quand les femmes sont prises pour cible" à 21h10 puis un épisode de "Complément d’enquête : Violences conjugales : quand l'agresseur porte l'uniforme" à 23h00. Ensuite, à 00h15 : "Irlande , droit des femmes : la marche en avant".

 

Élise Lucet : "Les femmes n’ont pas forcément connaissance des associations qui peuvent les aider"

Élise Lucet, rédactrice en chef d'Envoyé Spécial a tenu à souligner l’importance sociétale de ce numéro de "Envoyé Spécial". "Je pense que c’est le rôle du service public de s’inscrire là-dedans, de montrer que les femmes relèvent la tête et se battent. Et six ans après #MeToo, les choses sont peut-être enfin en train de bouger. Cela leur montre qu’il y a des structures auxquelles elles peuvent s’adresser. Elles n’ont pas forcément connaissance de ces associations, de ces tribunaux qui font des audiences dédiées aux violences conjugales. Et ça leur permet de savoir à qui s’adresser et ne pas se sentir seules."

 


"Quand on parle des violences faites aux femmes, on dit que les femmes sont victimes. Ce mot ne résume pas ce qu’elles vivent, et il ne résume pas le fait qu’elles réagissent. Ce qui est bluffant dans cette émission, c’est la force de ces femmes qui se relèvent et qui affrontent les procès, les difficultés. On ouvre le sujet sur le harcèlement de rue. Certaines femmes, quand on les siffle dans la rue, elles arrivent en courant vers l’agresseur en aboyant. Ou alors ils font le cri du dindon. Ou alors elles portent plainte. Il y a aussi une solidarité entre les femmes avec des applis comme Sororité", a raconté Élise Lucet.

Alice Gauvin : "Avant, très peu de femmes venaient aux audiences, parce que ça voulait dire se reconfronter avec leur agresseur"

Dans cette émission, les téléspectateurs verront pour la première fois l’approche unique des affaires de violences faites aux femmes que pratique le Tribunal judiciaire de Clermont-Ferrand. "Je me suis intéressée au Tribunal judiciaire de Clermont-Ferrand, qui a mis en place des audiences dédiés aux violences intrafamiliales. Avant, très peu de femmes venaient aux audiences, parce que ça voulait dire se reconfronter avec leur agresseur", a raconté Alice Gauvin, journaliste à Envoyé Spécial.

"Ils traitent 10 affaires au lieu de 25 dans la journée. On prend du temps. Ces femmes sont accompagnées au tribunal pas l’assistance d’une association, par des avocates. Il y a tout un travail qui est fait autour des victimes, résultat : trois fois plus de victimes viennent au procès. C’est vraiment un exemple. Et je ne comprends pas pourquoi cet exemple n’est pas dupliqué dans tous les tribunaux de France. La juge Catherine Grosjean m’a dit qu’elle a reçu des gens de la place Vendôme, mais pour l’instant cette idée n’est pas reprise", a ajouté Élise Lucet.

 

Alice Gauvin : "Aujourd’hui, on considère qu'un enfant qui grandit dans un foyer où le père est violent est victime aussi"

Ce reportage raconte aussi la prise en charge des enfants. "Il faut savoir qu’il y a eu 118 féminicides en France en 2022. S’y ajoutent 129 enfants ayant perdu leur mère, tuée par leur père. Et ces enfants ne sont pas pris en charge, à part en Ile-de-France, où il y a ce protocole qui a été mis en place en 2015 à l'hôpital Ballanger par la Dr Rappaport. En 2022, cela a été transposé à Lyon, avec l’équipe de la Dr Nathalie Prieto. Le protocole féminicide, ça veut dire que quand une femme est tuée, tout de suite on prend les enfants sur la scène de crime et on les emmène, on les met trois jours à l'hôpital, dans une bulle pour qu'ils atterrissent et prennent conscience de ce qui s'est passé. Également pour que leur famille, qui est endeuillée aussi, se remette le temps de voir à qui on va les confier et démarrer un suivi pour les accompagner. Cela devrait être généralisé en France, puisque c'est la volonté du ministère de la Santé. Mais pour l'instant, il n'y a que deux endroits en France où ces enfants sont pris en charge.

Ailleurs en France, il y a une prise en charge aussi, mais elle est beaucoup plus lente, elle n'est pas immédiate. Et parfois l'enfant est confié à un membre de la famille qui n'est pas forcément le bon. Donc, à la douleur d'un féminicide ou même au drame d'un féminicide, se rajoute le mauvais placement. Avant on ne considérait pas les enfants témoins des violences sur leur mère comme des victimes. Et depuis quelques années, la loi a changé, et on considère qu'un enfant qui grandit dans un foyer où le père est violent est victime aussi. Et qu’un homme violent peut difficilement être un bon père", a raconté Alice Gauvin.

 

 

Retrouvez “L'invité média” de Gilles Ganzmann chaque jour à partir de 10h00 dans “Sud Radio Média” avec Valérie Expert.

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