Thomas Rhomer : "les chaînes YouTube des enfants sont gérées par les parents guidés par l'appât du gain"

Faut-il encadrer le travail des mineurs youtubeurs et influenceurs ? Thomas Rhomer, fondateur de l'Observatoire de la Parentalité & de l'Education Numérique (OPEN) et membre du comité d'experts Jeune Public du CSA, était l’invité de Valérie Expert et Gilles Ganzmann sur Sud Radio le 20 avril 2021 dans "Le 10h - midi".

Thomas Rhomer, invité de Valérie Expert dans "Le 10h - midi" sur Sud Radio.

Selon Thomas Rhomer, les familles qui mettent en scène leurs enfants mineurs pour promouvoir des produits le font par l'appât du gain. Cela, alors que, par défaut, un enfant en dessous de 13 ans n'a rien à faire sur un réseau social.

 

Thomas Rhomer : "ces enfants jouent des rôles de comédiens à disposition de leurs parents pour faire de la publicité en ligne"

"Le cœur du problème, on l’a décelé il y a trois ans. Il vient des États-Unis, je parle de l’unboxing, à savoir l’ouverture de cartons avec des produits. Étant donné le nombre de chaînes YouTube dédiées à cette pratique, qui se multipliaient, on a décidé de s’emparer du sujet, d’alerter les médias et de déposer un recours en justice. Tout cela, pas pour jouer les trouble-fêtes ou faire une quelconque moralisation de cet espace numérique mais pour dire : au regard de la quantité de ces vidéos publiées chaque mois, souvent à l’initiative des parents, il nous a semblé intéressant de nous intéresser à la question du travail illicite, dans la mesure où ces enfants jouent des rôles de comédiens à disposition de leurs parents pour faire de la publicité en ligne. Et cela nous a semblé quelque peu surprenant que ça puisse se passer tranquillement, alors même que les chaînes de télévision et les radios sont soumises à un contrôle très strict quand il s’agit d’utiliser des enfants à l’antenne. Les publicités sur les jouets aussi sont parfaitement encadrées.

 

Nous avons donc demandé au député Bruno Studer de regarder cela. L’idée étant de contrôler davantage plutôt que d’interdire ce travail des enfants, afin qu’ils puissent bénéficier encore de leurs vies d’enfant", a raconté Thomas Rhomer.

"On peut faire la distinction entre un enfant qui fête son anniversaire et un enfant qui est là pour promouvoir des produits"

"Ces vidéos sont nées des initiatives d’adultes. Aucun gamin de trois ans ne va dire : tiens, je vais mettre une caméra face à moi, je vais ouvrir une boîte de jouets. Tout cela est fait par les parents guidés par l’appât du gain. En discutant avec certains youtubers, on a pu obtenir le chiffre de 150.000 euros mensuels en monétisation pour les familles qui ont les plus grosses audiences. S’y ajoutent des contrats publicitaires. Cela renvoie l’image d’enfants qui sont manipulés, qui sont des objets, des panneaux publicitaires ambulants, avec toujours le culte de l’image et de l’argent.

 


Mais mettre en ligne une telle vidéo, est-ce légal ? "En l’état actuel de la loi, un enfant en dessous de 13 ans n’a rien à faire sur un réseau social. Mais on voit que cette exigence légale n’est pas appliquée ni par les parents, qui mettent des vidéos de leurs enfants, ni par les plateformes, qui ne suppriment pas ces contenus. Après, en voyant les logos, les sons, les jingles, je pense qu’on pourra très bien faire la distinction entre un enfant qui fête son anniversaire et un enfant qui est là pour promouvoir des produits. La différence est flagrante, ça saute aux yeux", a poursuivi Thomas Rhomer.


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Retrouvez l'invité média de Valérie Expert et Gilles Ganzmann du lundi au vendredi à partir de 10h00 sur Sud Radio dans "Le 10h - midi".

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