Mélissa Theuriau - violences intrafamiliales : "Comment être plus attentifs à tous les signaux ?"

La productrice Mélissa Theuriau et la réalisatrice Karine Dusfour étaient les invitées de Christine Bouillot et Gilles Ganzmann sur Sud Radio le 17 novembre dans "Le 10h - midi". Elles reviennent sur leur documentaire "Bouche Cousue", diffusé mercredi 18 novembre sur France 2, qui questionne sur la violence parentale.

Mélissa Theuriau et Karine Dusfour, invitées de Christine Bouillot et Gilles Ganzmann dans "Le 10h - midi" sur Sud Radio.

Karine Dusfour - "Bouche cousue" : "On a souvent un regard d'adulte, on voulait être du côté des enfants, de leur point de vue"

Le documentaire "Bouche Cousue", diffusé mercredi 18 novembre sur France 2, donne la parole à des enfants battus et des adultes qui l'ont été. Le choix a été fait de suivre un juge pour enfants, le juge Édouard Durand, au tribunal de Bobigny. "Je l'avais rencontré avec Flavie Flament, lorsqu'on faisait un documentaire sur la prescription des violences sexuelles sur mineurs explique la réalisatrice Karine Dusfour. Le juge Durand est très impliqué dans la lutte contre les violences conjugales, le droit des enfants et les violences intrafamiliales. On avait été très marquées par cette rencontre. On a ensuite eu à cœur avec Mélissa Theuriau de le suivre plus spécifiquement sur les violences intrafamiliales. Il ne voulait pas au départ être filmé, il avait peur que ça perturbe les audiences confie-t-elle. La première priorité était de garder l'anonymat de ces enfants et des familles. On a beaucoup travaillé là-dessus. On a ensuite attendu les autorisations du ministère de la Justice !"

Les audiences suivies sont les audiences en assistance éducative, cette confrontation d'un enfant, parfois très petit, qui a parfois ses parents avec lui, ou les personnes qui s'occupent de lui lorsqu'il a été placé. "Ce sont des audiences qui ont lieu soit en urgence, soit tous les 6 mois ou un an pour revoir les enfants confirme Karine Dusfour. Les enfants sont souvent terrorisés, il y a des émotions très fortes qui se jouent en une demi-heure, ils voient leurs parents souvent en larmes, ils sont souvent tétanisés, c'est très compliqué de faire venir la parole raconte-t-elle, et c'est toute la qualité de ces juges pour enfants".

La force de ce documentaire est d'avoir à la fois des adultes qui ont été des enfants battus et qui se livrent et le travail de la justice, on suit en parallèle la vie réelle et celle de ceux qui l'ont vécue souligne Gilles Ganzmann. "Avec Mélissa on était d'accord dès le départ, on voulait filmer les violences intra-familiales du point de vue le l'enfant explique Karine Dusfour. On a souvent un regard d'adulte, on voulait être de leur côté, de leur point de vue. On s'est évidemment interdit d'interroger des enfants vivant la violence tient-elle à préciser. On a choisi de les suivre dans le bureau du juge et ensuite plus tard quand ils sont devenus adultes, pour qu'ils racontent les effets de la violence sur le parcours d'une vie. Les violences sont souvent traitées sous la forme de faits divers, mais on parle rarement de la violence du quotidien".

 

Mélissa Theuriau : "Il faut en finir avec ce fantasme d'encourager la parole des enfants, ils sont incapables d'en parler"

Reste-t-il encore beaucoup de choses à faire sur la protection des mineurs ? "Il y a deux choses précieuses et importantes que l'on voit dans le documentaire, c'est d'en finir avec ce fantasme d'encourager la parole des enfants souligne Mélissa Theuriau. Un enfant n'arrivera pas à parler, il en est incapable, les adultes qui se confient dans le documentaire l'expriment très bien. Il attend que les signaux soient vus par les autres mais il est incapable d'en parler. On le voit aussi très bien à la façon qu'a le juge, avec énormément de douceur, de bienveillance mais aussi de fermeté envers des adultes d'arriver à recueillir leur confiance et à les faire parler. C'est une idée sur laquelle on doit collectivement travailler et réfléchir estime-t-elle : comment être plus attentifs à tous les signaux qui sont autour de nous".

Mélissa Theuriau est aujourd'hui productrice. "Le terrain peut me manquer, mais quand j'initie et que j'accompagne ce type de films, j'ai l'impression d'être pleinement dans ce qui me réalise, où je me sens utile assure-t-elle. Je rencontre et j'interroge des gens. Chacun des films que je produis fait écho à l'autre, c'est comme une grande trame de construction, qui est vraiment du travail de terrain. Je me sens pleine d'un travail qui me remplit vraiment, je me sens à ma place en faisant ce travail d'accompagnant et de producteur !"

 

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Retrouvez l'invité média de Valérie Expert et Gilles Ganzmann du lundi au vendredi à partir de 10h00 sur Sud Radio dans "Le 10h - midi".

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