"Si ce rendez-vous démocratique de 2027 est manqué, il y a aura la violence de tous contre tous" : au micro de Sud Radio, Henri Guaino, ancien conseiller spécial de Nicolas Sarkozy, a répondu aux questions de Jean-François Achilli.
"On ne sait pas quel est le but de guerre de Donald Trump"
« L’Iran pourrait être anéantie en une nuit », vous avez vu Trump dans son show à la télévision : est-ce que Trump doit aller au bout de la guerre ?
"Cette guerre a été engagée dans des conditions invraisemblables, sans fixer réellement de but de guerre. On a l'impression que ce n'est pas seulement une erreur de communication, c’est comme si le président des États-Unis n’avait pas de but de guerre précis. On a à peu près les buts des Israéliens, pour lesquels il y a une sorte d’enjeu vital, plus on affaiblira l'Iran, plus ça ira pour la sécurité d’Israël. On ne sait pas quel est le but de guerre de Donald Trump, on ne sait pas quand il va s’arrêter. Il veut se sortir du piège dans lequel il s’est lui-même enfermé."
Il faut que ça s’arrête ?
"Il faut que ça s’arrête pour les États-Unis, pour le risque de chaos dans cette partie du monde et pour le risque de chaos dans le monde. C’est un pays de 90 millions d’habitants, une civilisation pluri-millénaire ! Ce pays ne va pas s’effondrer du jour au lendemain !"
🗣️@HenriGuainoReel : "Il faut que la guerre en #Iran s'arrête ! On n'a jamais fait tomber un régime avec des frappes aériennes !" #GrandMatin
— Sud Radio (@SudRadio) April 7, 2026
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Même si le peuple iranien n’a pas été libéré et subi le joug du régime des mollahs ?
"On n’a jamais fait tomber un régime avec des attaques aériennes ou des missiles. Quand on fait la guerre, soit on la fait vraiment pour aller jusqu’au bout, parce la guerre est un engrenage et qu'on sait qu'on risque d'être pris dans un engrenage. Or il ne fera pas la guerre jusqu’au bout, ça voudrait dire envoyer des centaines de milliers de soldats américains sur le sol iranien, ce dont l’opinion publique ne veut absolument pas. Il y a encore le traumatisme de toutes les guerres menées par les Etats-Unis, au Vietnam, en Afghanistan, en Irak."
Il s’est dit très déçu par l’OTAN. Qu’est-ce que ça veut dire, Les États-Unis se retirent de l’alliance atlantique ? La France a bien fait de ne pas prêter main forte à cette histoire ?
"La France a eu raison de ne pas prêter main-forte à cette histoire, cette guerre a été engagée, non pas après avoir demandé l'accord du Conseil de sécurité, après avoir consulté ses alliés, elle a été engagée sans consulter personne à part les Israéliens, c’est une affaire américano-israélienne. Ce n’est pas notre guerre, nous avons trois enjeux au Moyen-Orient, le premier c’est le Liban, la France a une responsabilité au Liban, la question libanaise nous concerne. La deuxième ce sont nos accords de défense, en Jordanie, aux Emirah arabes unies, la France est obligée de s’impliquer sinon sa parole n’a plus aucune valeur."
La France est acculée ?
"Les Européens ont dit qu’ils seraient prêts à intervenir quand la guerre serait terminée. L'économie ne peut pas fonctionner si le détroit d'Ormuz est fermé. C’est l’intérêt de tout le monde mais quand la guerre sera terminée."
Dernière question sur Trump, Il fait n’importe quoi à vos yeux ?
"Ça commence à devenir chaotique. Je n’étais pas le plus grand censeur de Trump, je trouvais justement intéressante sa promesse de ne plus engager les États-Unis dans des guerres sans fin, je ne trouve pas anormal que les États-Unis veuillent rapatrier des productions sur leur territoires, mais la façon dont il s’y prend est de plus en plus inquiétante. Là on a peine à trouver une cohérence."
"Il y a une surinterprétation tout à fait biaisée de la déclaration de M. Doridot sur CNews"
C'est le débat qui monte, la France est-elle raciste ?
"C’est une question que certains se posent depuis très longtemps, je ne vous rappelle pas le discours de Dakkar. Il n’y avait pas un mot de raciste, il y a quand même des gens qui ont trouvé le moyen d’y voir du racisme."
Ça part d’une intervention de M. Jean Doridot, psychologue, sur CNews, dans un débat concernant M. Bally Bagayoko, maire de Saint-Denis, où il évoque une sorte de passé anthropologique de l’humanité, pour vous il y a une distorsion de cette déclaration ?
"Il y a une surinterprétation tout à fait biaisée de cette déclaration. Je ne vais pas reprendre le débat pour savoir si M. Doridot avait raison, pas raison. Ce que je trouve angoissant et qui doit faire l’objet d’une vraie discussion, même d’un examen de conscience pour tout le monde, c’est l’utilisation du mot "raciste" à tout bout de champ."
Qui l’utilise, ce mot "raciste", à tout bout de champ ?
"Sur les plateaux, on interviewe quelqu’un ça commence par "Est-ce que vous condamnez les propos racistes tenus sur CNews ?" Est-ce que c’est une façon d’interroger les gens ? je lisais un article dans un journal, soi-disant de référence, dans lequel le terme "homo-sapiens" dans le discours de M. Doridot est devenu une insulte raciste. On le mettait sur le même plan qu'une éventuelle comparaison avec des singes, avec une régression primitive d'une partie de la population. Ça devient n’importe quoi, mais avec des conséquences très très lourdes."
C’est-à-dire ?
"Si vous considérez que homo-sapiens est raciste, que la moindre défense de l’identité culturelle d’un peuple est raciste, alors il va y avoir beaucoup de racistes."
Ça fabrique du racisme ?
"Il y a toujours eu du racisme, on n'en est plus là. Si on vous explique qu’il suffit de défendre son particularisme culturel, qu'une société qui défend sa culture, elle est raciste, alors il y a beaucoup de racistes."
Vous dîtes que le débat est instrumentalisé aujourd'hui ?
"Le débat n'est pas neuf, il y a cette espèce de bien-pensance qui ne réfléchit plus, qui confond tout."
"Si ce rendez-vous démocratique de 2027 est manqué, il y a aura la violence de tous contre tous"
Il y a une présidentielle qui arrive, vous diriez que La France Insoumise instrumentalise la situation ?
"Je ne suis pas obsédé par La France insoumise, il y a toute une partie des élites médiatiques qui a la même attitude sur le sujet. Si vous faîtes ça vous faîtes tomber l'interdit du racisme. S’il n’émerge pas une personne qui est capable d’éteindre cette folie collective, alors nous allons vers le pire, il n'y a plus d'interdit."
Emmanuel Macron pourrait avoir une parole forte là-dessus ?
"Non, une parole forte là-dessus demande quelque chose qui est très difficile à faire comprendre dans la société actuelle, une parole qui prend un peu de hauteur, qui renvoie à une réflexion qui a un peu de profondeur, quitte à ne pas être immédiatement comprise."
Vous dîtes qu'il y a matière à révolte, guerre civile ?
"Si ça continue comme ça, c'est vrai pour l'antisémitisme, le racisme, si les mots continuent à perdre leur sens, si la société continue à se défaire comme elle se défait, se laisse emporter, à cause de ses élites intellectuelles, morales qui alimentent ce mauvais ressenti dans la société, oui, on va aller vers un abîme de violence. De l'abîme, si ce rendez-vous démocratique de 2027 est manqué, on a raté celui de 2022, on a raté celui de 2017, si celui-là est raté, la suite ne se jouera pas dans les urnes, il y a aura la violence de tous contre tous, parce que c'est ce qui se dessine là. De la violence sortira un immense besoin d’ordre et d’autorité, et alors là personne ne sait quel visage et quelle figure aura la personne qu'on va aller chercher. Si on a de la chance, Napoléon, de Gaulle, si on n'a pas de chances, comme nos voisins n'ont pas eu de chance au XXe siècle... Le pire est possible."
Nicolas Sarkozy est soumis devant la cour d'appel de Paris à une sorte d’interrogatoire dans ce procès dit du financement libyen...
"Je pense d’abord à l’homme qu’on salit sans arrêt, qu'on traîne dans la boue, qu’on a quand même envoyé en prison, alors qu’il n’y avait à ce stade de la procédure aucune raison de l’incarcérer, je pense aux institutions qui en sortent terriblement affaiblies, disqualifiées. je pense au regard du monde sur notre pays, sur nous-mêmes, sur la France. Je pense que tout cela est un désastre, qui ne repose pas sur des faits matériels, des éléments de preuve. En première instance, ce qui s’est passé là, ce qui s'est passé avec Madame Le Pen, ça ne me donne plus confiance dans la justice ce de mon pays. J'espère retrouver la confiance dans la justice de mon pays mais pour l'instant, j'ai un doute".
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