Aides pour le carburant : "Nous voulons avoir des mesures ciblées qui soient adaptables dans le temps." Au micro de Sud Radio, Stéphanie Rist a répondu aux questions de Jean-François Achilli.
Jean-François Achilli : Le projet de loi très attendu de lutte contre les fraudes sociales et fiscales, il sera voté mardi prochain, il est en discussion à l’Assemblée nationale. Déjà, la gauche vous accuse de faire gros sur la fraude sociale et léger sur la fraude fiscale, certains dénoncent une sorte de chasse aux pauvres, je cite. Qu’est-ce que vous leur répondez ce matin à ceux qui vous critiquent ?
Stéphanie Rist : "Je leur réponds que si on veut continuer à protéger les plus fragiles, et donc notamment les plus pauvres, il faut aussi lutter contre ceux qui ne respectent pas les règles, contre les fraudeurs. Et ce texte de loi, je ne comprendrais pas qu’il ne puisse pas être voté puisqu’il permet à nos administrations, en gros, de s’adapter aux modes nouveaux de fraude, notamment la fraude en mode organisé. Il est très important qu’il y ait un texte avec des outils qui permettent plus d’échanges."
Jean-François Achilli : Ce n’était pas le cas avant, vous dites grosso modo, on a laissé libre cours à ceux qui fraudent.
Stéphanie Rist : "Non, non, non, en 2025, par rapport à 2024, on a détecté, par exemple sur la fraude sociale, plus de 15 % par rapport à 2024 de fraude, c’est 720 millions d’euros de fraude détectés en 2025."
"Ceux qui fraudent et qui ne respectent pas les règles doivent être plus sanctionnés"
Jean-François Achilli : Stéphanie Rist, dans le détail, une mesure controversée, la suspension à titre conservatoire des allocations au chômage lorsque France Travail décèle des indices sérieux de manœuvres frauduleuses, un peu à l’appréciation. L’État est appelé à faire des économies, il faut gratter partout, c’est un peu l’idée, c’est cibler les chômeurs, c’est ce qu’on vous reproche.
Stéphanie Rist : "La fraude sociale, c’est environ 12 à 13 milliards. On sait qu’avec ce texte de loi, on va pouvoir améliorer la récupération de cette fraude de 1,5 milliard sur la partie sociale. Mais derrière ça, il y a de la justice à mettre en place. Les personnes qui sont au chômage et qui respectent les règles, c’est-à-dire qu’ils ne partent pas en vacances avec leur chômage, doivent être protégées dans notre pays. Et par contre, ceux qui fraudent et qui ne respectent pas les règles doivent être plus sanctionnés, c’est ce que propose ce texte de loi."
Jean-François Achilli : Les députés qui approuvent un article interdisant la prescription ou le renouvellement d’un arrêt maladie par la télémédecine… Pourquoi une telle mesure ?
Stéphanie Rist : "Sur ce sujet, ce que nous portons dans ce texte, et qui peut-être évoluera encore avec la commission mixte paritaire, l’échange entre le Sénat et l’Assemblée, est que les sites frauduleux, ces sites qui vous proposent des ordonnances, soit d’arrêt maladie, soit de traitement, sans avoir même une consultation, puissent être sanctionnés."
"Aujourd’hui, c’est très long pour pouvoir faire retirer ces sites frauduleux. Et quand vous les retirez, 24 heures après, ils sont remis en site miroir. Ces mesures, c’est ça."
"Il n’est pas question de réfréner la télémédecine"
Jean-François Achilli : C’est aujourd’hui très long de trouver un rendez-vous médical chez un médecin généraliste, et ça passe par la télémédecine. Donc si vous réfrénez ce procédé, quand vous êtes très malade, comment est-ce que vous faites ? Vous allez aux urgences ?
Stéphanie Rist : "Non, mais il n’est pas question de réfréner la télémédecine. Nous allons même, et j’aurai l’occasion dans quelques semaines d’expliquer, que nous allons augmenter le nombre d’actes de télémédecine dans des endroits comme les gares par exemple, nous allons favoriser la télémédecine. Mais la télémédecine, quand elle est correctement faite."
"Avoir des plateformes qui ne vous consultent même pas et juste en trois clics vous donnent une ordonnance d’arrêt maladie ou de médicaments, ce n’est pas de la télémédecine. Ce sont des sites frauduleux qu’il faut fermer. Et comme ça met du temps et ils mettent 24 heures pour se recréer…"
Jean-François Achilli : Donc les sites frauduleux, c’est les sites ciblés ?
Stéphanie Rist : "Oui bien sûr, c’est-à-dire des sites qui ne font pas de consultation. Actuellement, c’est à peu près six mois pour retirer un site frauduleux, et en 24 heures ils font des sites miroirs. Cette loi permet d’arrêter ça."
Jean-François Achilli : Stéphanie Rist, un amendement du Rassemblement national a été adopté lundi pour renforcer les pénalités en cas de fraude aux prestations sociales. Ça vous est reproché, ça aussi, d’obtenir le soutien du député RN pour faire passer la loi ?
Stéphanie Rist : "Non mais écoutez, je crois que tous les députés qui votent pour lutter contre la fraude, qu’elle soit sociale ou fiscale, est une bonne chose. Notre financement de notre protection sociale, il est à rediscuter, puisqu’on voit bien qu’avec la démographie, on va avoir un enjeu dans les années qui viennent pour financer la protection des Français. Si en parallèle de ça, nous laissons les bandes organiser la fraude, ça veut dire que nous n’avons pas cette responsabilité. Donc moi j’appelle tous les députés à être responsables et de voter cette loi."
Jean-François Achilli : Ça peut aller jusqu’à ce que des agents départementaux accèdent à votre compte bancaire ? Ça peut aller très loin quand même ?
Stéphanie Rist : "Alors évidemment, à chaque fois, ces mesures-là, d’échange de données ou d’accès aux données personnelles, elles sont validées par la CNIL, qui, vous le savez, est très protectrice de nos données personnelles. Et puis ce n’est pas systématique, c’est en cas de forte suspicion de fraude. Donc je crois que sans inquiétude, on peut adopter ce texte. La CNIL a déjà été, avant qu’on propose les mesures dans le texte de loi, questionnée sur ces mesures qui sont proposées."
"Sur les arrêts maladie, on a un sujet collectif : est-ce que demain on veut continuer à pouvoir payer les gens quand ils sont en arrêt maladie ?"
Jean-François Achilli : Les arrêts maladie, c’est un sujet qui est très, on va dire, populaire. Le gouvernement s’apprête à donner un nouveau tour de vis aux arrêts de travail abusifs. Il y aura un texte qui va être présenté la semaine prochaine, si j’ai bien compris. C’est vous qui le portez ?
Stéphanie Rist : "Alors, sur les arrêts maladie, on a un sujet collectif : est-ce que demain on veut continuer à pouvoir payer les gens quand ils sont en arrêt maladie ? Moi, je le souhaite. Et pour ça, quand on regarde les courbes de dépenses des arrêts maladie…"
Jean-François Achilli : Il y a de la fraude ? Il y a de la fraude là-dessus ?
Stéphanie Rist : "C’est deux choses différentes. Oui, il y a de la fraude, il faut lutter contre la fraude. Et dans le texte de fraude, d’ailleurs, il y a des mesures qui vont permettre d’améliorer. Mais il n’y a pas que de la fraude. Il y a aussi une courbe d’augmentation des dépenses d’assurance maladie qui est très importante. C’est à peu près 20 milliards d’euros par an. Et sur ces cinq dernières années, tous les ans, on met un milliard de plus. Donc ce n’est pas soutenable. Les indemnités journalières, c’est 12,5 milliards, plus 5 milliards pour ce qui concerne les arrêts maternité."
Jean-François Achilli : Et ça vous dites que c’est trop ?
Stéphanie Rist : "Non, je dis que la courbe d’augmentation de ces dépenses-là, elle n’est pas soutenable à terme. C’est un milliard de plus tous les ans. Donc il faut proposer des mesures. Et vous avez deux sujets dans les arrêts maladie. Vous avez les arrêts maladie très courts, qui sont de deux, trois jours, qui augmentent de façon très importante. Qui ne sont pas les plus coûteux à l’assurance maladie, mais qui désorganisent l’entreprise. Il faut pouvoir prendre ce sujet collectivement à bras-le-corps."
Jean-François Achilli : Ça veut dire quoi ? Il faut les réfréner, ces arrêts maladie trop courts ?
Stéphanie Rist : "Eh bien nous avons travaillé avec le ministre des Comptes publics, mais aussi avec le ministre du Travail, puisque l’enjeu est multidisciplinaire, je dirais. Et nous proposerons des mesures mi-avril. Nous sommes, à l’heure actuelle, en train de nous concerter avec les différents acteurs. Avec ces ministres, nous proposerons des mesures qui permettront d’améliorer et de rendre soutenables ces dépenses."
Jean-François Achilli : Et les médecins, vous allez les cibler ? Parce que souvent, on dit que les médecins sont complaisants, ils signent à tout va des arrêts maladie. Vous allez là aussi augmenter les contrôles sur les médecins ? Est-ce qu’il y aura un tour de vis sur les médecins ?
Stéphanie Rist : "Non, mais je crois qu’il ne faut pas stigmatiser. Dans de rares cas, il y a des médecins qui prescrivent des arrêts alors qu’ils ne devraient pas. C’est vrai, mais c’e sont de rares cas. Et donc il ne faut pas généraliser. Mais par contre, le travail qu’on a fait ces derniers mois, à la demande du Premier ministre, c’est de travailler notamment, pour ma partie, avec les médecins pour savoir les difficultés qu’ils avaient concernant les arrêts maladie et pouvoir proposer des mesures pragmatiques et efficaces."
"Une prise de protoxyde d’azote peut entraîner des handicaps ou des décès"
Jean-François Achilli : Le protoxyde d’azote, c’est un problème de santé publique. Les parents vous interpellent. C’était le cas ce matin d’un papa médecin sur l’antenne de Sud Radio dont l'enfant est décédé après consommation de ce protoxyde d’azote. Il y a ce projet de loi du ministre Laurent Nuñez de l’Intérieur qui concerne la création de trois délits autour du protoxyde d’azote. La question qui est posée ce matin : est-ce que, oui ou non, le protoxyde d’azote qui fait des ravages va être inscrit sur la liste des produits stupéfiants ?
Stéphanie Rist : "Merci pour la question. Et d’ailleurs, je veux redire à tous les auditeurs qui nous écoutent : si vous êtes autour de jeunes, vraiment expliquez-leur, sensibilisez-les aux risques et aux conséquences de ce produit qui est malheureusement très fréquemment pris chez les jeunes. Une prise de protoxyde d’azote peut entraîner des handicaps ou des décès. C’est très important de pouvoir sensibiliser. Ça, c’est le travail qu’on fait sur l’information."
"Mais je le dis, on a tous un rôle dans la sensibilisation des jeunes à la prise de ce produit. Le ministre Laurent Nuñez a annoncé des mesures qui amènent le fait que ça devienne un délit, c’est-à-dire de la même façon que quand on prend une drogue."
"Vous savez, c’est un produit qui est utilisé aussi dans le commerce pour faire de la chantilly. Et nous avons travaillé, et notamment au niveau européen, parce que c’est un produit commercial européen, à faire en sorte qu’il ne soit pas accessible, évidemment aux mineurs, mais aussi aux jeunes, de façon très simple."
Jean-François Achilli : Stupéfiant ou pas stupéfiant ? C’est la question qui est posée par ces parents-là.
Stéphanie Rist : "Ma réponse est : information très importante, délit, donc de la même façon qu’un stupéfiant, et travail au niveau européen pour avoir des mesures encore là efficaces. Moi, ce qui m’importe, c’est que les jeunes soient au courant que, un, c’est très dangereux, deux, c’est interdit, trois, c’est puni fortement."
Jean-François Achilli : Une femme décédée à Villeurbanne, c’est une première, à la suite d’une injection esthétique illégale. Il y a le problème du Botox. Vous avez désormais des influenceurs ou influenceuses qui vous vendent des services sur Internet. Est-ce que vous allez vous emparer du sujet ?
Stéphanie Rist : "Je n’ai malheureusement pas attendu que cette personne décède pour m’emparer de cet enjeu qui est compliqué aussi techniquement à travailler. Nous travaillons sur le sujet. Je n’ai pas aujourd’hui de mesures à annoncer, mais en tout cas le travail est en train de se faire."
"Il y a plusieurs sujets autour de la chirurgie esthétique. Qui le fait ? Avec quels produits ? Qui est autorisé ou pas ? Et comment on contrôle ? Je travaille ça, d’ailleurs, avec l’Ordre des médecins, qui a aussi un rôle à jouer sur ce sujet. Donc nous allons avancer, mais c’est un sujet qui mérite du temps de travail."
Aides pour le carburant : "Nous voulons avoir des mesures ciblées qui soient adaptables dans le temps"
Jean-François Achilli : Les infirmières libérales, vous allez leur rendre visite aujourd’hui, vous m’avez dit hors micro, Stéphanie Rist. Une question qui est toute simple : elles interviennent régulièrement sur l’antenne de Sud Radio. L’aide pour le carburant à la pompe, parce que la guerre se poursuit en Iran, et elles ont obligation, et elles sont professionnelles, les 130 000 infirmières libérales en France, d’aller voir les patients. Est-ce que vous allez, comme c’est fait pour les pêcheurs, les transporteurs routiers, les agriculteurs, aider les infirmières libérales dans leurs dépenses de carburant ?
Stéphanie Rist : "Je vais répondre à votre question, mais permettez-moi déjà de me réjouir de l’accord qui a été signé avec les trois syndicats représentatifs des infirmières, avec l’assurance maladie, pour qu’il puisse y avoir une revalorisation. 500 millions d’euros dans l’enveloppe pour les quatre ans. Donc c’est une amélioration des actes, notamment des actes lourds. C’était demandé depuis longtemps par les infirmières. En 2026, ça sera 400 euros, mais 2 500 par an dès 2027. C’est important."
Jean-François Achilli : Mais sur le carburant ?
Stéphanie Rist : "Et sur les carburants, vous avez raison, c’est une préoccupation évidemment des infirmières, d’ailleurs pas que, aussi des personnels qui soignent à domicile. Je pense aux aides, notamment ménagères, aux aides à domicile pour lesquelles nous travaillons en ce moment. On l’a dit et redit, cette crise, elle n’est pas la même que celle de 2022."
"Et donc nous nous adaptons, nous voulons avoir des mesures ciblées qui soient adaptables dans le temps, puisque nous ne savons pas combien de temps va durer cette crise, mais nous serons évidemment aux côtés de ceux qui en ont besoin."
"Nous sommes en train de travailler à la mesure la plus efficace" pour aider les personnels de soin face à la hausse du carburant
Jean-François Achilli : Ce n’est pas tout de suite ?
Stéphanie Rist : "Nous sommes en train de travailler à la mesure la plus efficace, à aller donner des aides aux gens qui en ont besoin autour du soin, et comme je l’ai dit, il y a les infirmières mais aussi les personnes qui vont au domicile des gens pour les soigner."
Jean-François Achilli : Donc ces personnels-là vont être concernés par les aides à la pompe ?
Stéphanie Rist : "Ce que je dis aujourd’hui, mais tous mes collègues ministres font la même chose dans leur secteur, c’est la demande du Premier ministre, c'est que chaque professionnel qui a une répercussion liée au prix de l’essence, on puisse travailler à des mesures ciblées et qu’on puisse adapter en fonction de l’évolution de la crise du carburant."
Jean-François Achilli : Ultime question, concernant Marine Tondelier. Est-ce qu’elle a bien fait, selon vous, de médiatiser sa grossesse en pleine candidature à la présidentielle ? Parce qu’elle pointe quand même un détail très important. Elle s’est prononcée pour la possibilité d’analyser les embryons en amont de l’insémination, comme cela se fait, dit-elle, dans beaucoup de pays européens, à travers son cas personnel. Vous pensez que ça peut faire évoluer les mentalités sur ces questions-là ?
Stéphanie Rist : "Je crois que, sur ce genre de sujet, il ne faut pas de tabou. Il y en a beaucoup eu pendant beaucoup d’années. Il faut reconnaître au président de la République d’avoir mis les sujets sur la table, et d’ailleurs nous y travaillons puisque vous savez que j’ai lancé des groupes sur les difficultés d’avoir des enfants. Un groupe de travail sur la fertilité qui me rendra ses conclusions fin juin, et nous allons avancer sur le sujet."
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