Quel regard portez-vous sur cette nouvelle journée de mobilisation, marquée par des violences et des commerces attaqués ?
Franck Louvrier : Je suis dépité, pour la simple et bonne raison que notre France ne mérite pas ça. Notre pays est aujourd’hui bouleversé par cette situation et les Français sont très inquiets.
Cela me rappelle cette phrase de Gérard Collomb, alors maire de Lyon, en 2018 : la France, aujourd’hui côte à côte, pourrait se retrouver face à face. Malheureusement, cette prédiction semble se vérifier. Les tensions entretenues par les deux extrêmes fragilisent notre cohésion. Nos commerces sont touchés, tout comme le tourisme. Je crains que cette tension permanente ne finisse par s’installer durablement.
🚩 Les manifestations contre la vie chère et les violences qui en découlent se poursuivent #GrandMatinWeekEnd 🗣️ @franck_louvrier : "Je suis dépité par ce qui se passe. La prédiction de Gérard Collomb selon laquelle les Français seront bientôt 'face à face' se confirme" 📻https://t.co/Iun7DcVJhi ☎️0 826 300 300
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Vous identifiez plusieurs crises qui se cumulent. Lesquelles ?
Nous sommes confrontés à trois crises. D’abord, une crise politique, avec l’absence de majorité. Ensuite, une crise économique, avec une dette de 3 600 milliards d’euros. Enfin, une crise sociale : les Français sont insatisfaits de leur quotidien, notamment en raison de la hausse des prix du carburant et des difficultés à boucler les fins de mois. Cette situation est terrible et alimente les tensions, dans une période préélectorale particulièrement sensible.
« Nos commerçants sont très inquiets »
La Baule a été épargnée par les violences, contrairement à Nantes. Vos commerçants sont-ils inquiets ?
À La Baule, la situation est restée calme, mais Nantes et Saint-Nazaire ont été touchées. Nos commerçants sont très inquiets, notamment à l’approche de la fin de l’année, une période essentielle pour leur chiffre d’affaires. Ils se demandent si les clients vont continuer à se déplacer dans les commerces. Je lance donc une campagne pour promouvoir l’achat de proximité. Je le dis clairement : mieux vaut acheter à deux pas qu’à deux clics. Il faut soutenir nos commerçants, car leurs chiffres d’affaires risquent de ne pas être au rendez-vous.
🚩 Les manifestations contre la vie chère et les violences qui en découlent se poursuivent #GrandMatinWeekEnd 🗣️ @franck_louvrier : "Les commerçants sont inquiets. Je lance une compagne pour promouvoir l'achat en direct. Vaut mieux acheter à 2 pas qu'à 2 clics" 📻https://t.co/Iun7DcVJhi ☎️0 826 300 300
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Comment expliquez-vous les tensions à Nantes et les pillages qui y ont eu lieu ?
Nantes est malheureusement bousculée par l’extrême gauche. Cette tension remonte notamment à la période de Notre-Dame-des-Landes et du projet d’aéroport. Aujourd’hui, une extrême gauche très présente impose son rythme et met en difficulté les partis traditionnels, notamment le Parti socialiste.
L’exécutif porte-t-il une responsabilité dans la situation actuelle ?
Je n’aime pas faire systématiquement porter la responsabilité sur les épaules du président de la République. J’ai travaillé auprès d’un chef de l’État et je connais la difficulté de diriger un pays. Mais Emmanuel Macron ne semble plus totalement connecté à la réalité de nos concitoyens.
Qu’est-ce qui vous fait dire cela ?
Lorsqu’on voit qu’un déplacement n’a pas été annulé alors que la situation était dramatique le week-end dernier, on peut s’interroger. Le président doit rester au plus près des préoccupations des Français et rencontrer les acteurs de terrain. Il doit être un président du concret. Or, malheureusement, ce n’est pas toujours le cas aujourd’hui.
Nicolas Sarkozy aurait-il réagi différemment face à cette crise ?
Nicolas Sarkozy était un élu qui connaissait le pays. Il avait parcouru la France et entretenait des relations avec les élus, ce qui lui permettait de faire remonter les informations directement. J’ai le sentiment qu’il existe aujourd’hui une forme de déconnexion et que la présence très forte du chef de l’État, pourtant indispensable, fait défaut. Un président doit aussi savoir prioriser les sujets nationaux, même si une grande partie de son agenda est consacrée aux questions internationales.
« Les Français ne veulent pas le chaos »
Jean-Luc Mélenchon demande à Emmanuel Macron de céder et évoque une possible « porte de sortie ». Comment interprétez-vous ses propos ?
Jean-Luc Mélenchon pense pouvoir prospérer sur la situation actuelle, mais je crois qu’il fait une erreur. Les Français ne veulent pas du chaos. Ils ont besoin de concorde et d’apaisement, pas de personnes qui remettent de l’huile sur le feu. Je pense que les comportements du Rassemblement national comme ceux de La France insoumise pourraient leur coûter cher lors de la prochaine élection présidentielle.
Le leader de LFI accuse également les forces de l’ordre de provoquer les incidents. Que vous inspirent ces déclarations ?
Jean-Luc Mélenchon est un récidiviste en la matière, notamment à l’égard des forces de l’ordre. Lorsqu’il ne condamne pas des slogans comme « les flics sont des bâtards », c’est inadmissible. Les forces de l’ordre sont là pour nous protéger. Mon sentiment est qu’il cherche à dresser une partie de la France contre une autre, en espérant tirer profit de ces dérives. Mais je pense qu’il fait fausse route.
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La gauche peut-elle être éliminée dès le premier tour de la présidentielle ?
Très clairement, oui. Une gauche divisée, avec plusieurs candidats, peut disparaître dès le premier tour, comme en 2002. Mais cela suppose qu’en face, la droite et le centre parviennent à présenter un candidat unique. C’est toute la difficulté de la période actuelle.
Trappes : « C’est ignoble »
Comment réagissez-vous à l’attaque meurtrière de Trappes ?
C’est ignoble. Ce sont des relents terribles qui me rappellent les attentats commis par Mohamed Merah à Toulouse, en pleine campagne présidentielle de 2012. Nous sommes confrontés à des comportements qui ne devraient plus exister. Les réseaux sociaux entretiennent certaines excitations, mais des responsables politiques contribuent également à cette situation par des propos inadmissibles.
Le maire de Trappes estime que certaines déclarations politiques ont pu contribuer à désinhiber l’auteur. Que lui répondez-vous ?
Je ne trouve pas correct de chercher immédiatement un responsable politique. En tant que maire, je considère surtout qu’il faut rester auprès de sa population, particulièrement dans une telle situation. On doit être au plus près de ses concitoyens, pas se livrer à de la politique politicienne.
🚔 Fusillade meurtrière à Trappes : le maire @alirabeh s'en prend à Jordan Bardella #GrandMatinWeekEnd 🗣️ @franck_louvrier : "Je ne comprends pas comment il a pu défiler à Orléans le lendemain plutôt que d'être auprès de sa population" 📻https://t.co/y4VcQ5aEb1 ☎️0 826 300 300 https://t.co/RkujwAqPCl
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Polices municipales : « Il faut des mesures »
Vous appelez à un « choc d’autorité ». Quelles mesures concrètes proposez-vous ?
Je préfère parler de mesures concrètes. Je ne comprends pas pourquoi le texte sur les polices municipales n’est toujours pas inscrit à l’ordre du jour de l’Assemblée nationale. Cela fait quatre ans que nous le demandons. Il a été adopté en première lecture au Sénat en février, mais il n’est toujours pas programmé.
Ce texte permettrait à 30 000 policiers municipaux de prendre davantage part à la chaîne pénale et judiciaire. Cela pourrait soulager la police nationale. Pourquoi attend-on encore ?
🚔 Manifestations : la police en sous-effectif ? #GrandMatinWeekEnd 🗣️ @franck_louvrier : "Je ne comprends pas pourquoi @YaelBRAUNPIVET ne met pas à l'ordre du jour le texte sur les polices municipales ! Ce sont 30 000 hommes et femmes qui pourraient soulager nos forces de l'ordre" 📻https://t.co/Iun7DcVJhi ☎️0 826 300 300
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Certains élus estiment que le maintien de l’ordre ne relève pas des polices municipales. Que leur répondez-vous ?
Les oppositions à la police municipale ont évolué au fil du temps. Certains étaient contre la vidéoprotection, puis ils l’ont acceptée. D’autres s’opposaient à l’armement des policiers municipaux, avant de changer de position. La police municipale a un rôle à jouer, notamment parce qu’elle assure une mission de proximité et peut soulager la police nationale.
Tout est complémentaire : les polices municipales, la police nationale, les compagnies républicaines de sécurité et les acteurs judiciaires. Si 30 000 policiers municipaux peuvent apporter leur soutien aux quelque 70 000 forces de l’ordre mobilisées, ce ne serait pas inutile.
Que changerait précisément ce texte ?
Il donnerait aux policiers municipaux de nouvelles possibilités d’action sur le terrain, notamment en matière de vérification d’identité ou de contrôle de véhicules, dans le cadre prévu par la loi. Il faut rendre ce texte opérationnel et l’inscrire à l’ordre du jour de l’Assemblée nationale.
La doctrine française du maintien de l’ordre doit-elle évoluer ?
La France est plutôt exemplaire dans ce domaine. Elle dispose d’une longue expérience du maintien de l’ordre et partage même parfois son savoir-faire avec d’autres pays. Cela ne signifie pas qu’il ne faut jamais corriger certaines pratiques : les manifestants s’adaptent eux aussi aux moyens déployés. Mais il faut soutenir les forces de l’ordre. Ces femmes et ces hommes sont constamment confrontés à des situations difficiles dans l’exercice de leur devoir républicain.
« Pas de primaire, c’est la défaite assurée »
Ces mobilisations peuvent-elles perturber la campagne présidentielle ?
Bien sûr. Elles sont aussi faites pour cela. Il est rare d’approcher d’une élection présidentielle avec des conflits d’une telle ampleur. Il faut donc agir rapidement. À droite et au centre, une primaire s’impose : il n’y aura pas de victoire possible sans candidat unique.
Qui soutenez-vous pour cette candidature ?
Je soutiens un candidat unique. Pour l’instant, personne ne s’est véritablement engagé dans cette démarche. J’ai beaucoup d’amitié pour Bruno Retailleau et je considère qu’il a un programme très clair. Mais aujourd’hui, il faut surtout parvenir à désigner un seul candidat.
Gérard Larcher pourrait, par exemple, coordonner cette démarche et déclencher une primaire. Quelques semaines suffiraient pour l’organiser. Il faudrait définir une charte de valeurs communes permettant de rassembler les candidats de la droite et du centre.
🇫🇷 #Présidentielle2027 : comment se positionne @franck_louvrier ? #GrandMatinWeekEnd 🗣️ "Il faut un candidat unique ! Il n'est pas trop tard pour organiser une primaire, sinon la victoire est impossible" 📻https://t.co/y4VcQ5aEb1 ☎️0 826 300 300 https://t.co/oCHmSG5Bse
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Cette primaire pourrait-elle inclure Éric Zemmour ?
Je ne pense pas qu’Éric Zemmour partage réellement les mêmes valeurs que l’ensemble des autres candidats de la droite et du centre. Mais une chose est certaine : sans primaire, la défaite est assurée. Plusieurs candidats, c’est la défaite assurée ; même deux candidats, selon moi, c’est la défaite assurée. Il faut agir vite.
Marine Le Pen est en tête des intentions de vote. Redoutez-vous une victoire du Rassemblement national ?
Je combattrai les extrêmes, quels qu’ils soient. Je pense que Marine Le Pen peut être battue, mais cela dépendra du comportement de ses adversaires. On entend beaucoup de choses sur d’éventuels accords entre le RN et une partie des Républicains, surtout en période préélectorale. La vraie question est de savoir si nous partageons les mêmes idées. Marine Le Pen défend aujourd’hui des positions économiques que je considère comme relevant davantage de la gauche. Pourquoi soutiendrais-je quelqu’un qui ne défend pas les mêmes idées que moi ?
Êtes-vous inquiet pour l’avenir du pays ?
Je ne suis pas inquiet, je suis attentif. Je pense que le pays peut se redresser, mais il faudra agir fortement et rapidement. Les élus locaux peuvent montrer la voie : l’action menée dans les Pays de la Loire démontre qu’il est possible de sortir de difficultés économiques. D’autres pays européens ont réussi à le faire. Pourquoi pas nous ?