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Lamia El Aaraje : "Je ne crois pas que LFI était en train de piller ou de saccager Paris"

INTERVIEW SUD RADIO – 24 octobre, police municipale, LFI, Macron : Lamia El Aaraje, première adjointe au Maire de Paris, était l’invité de Sud Radio au micro de Jacques Cardoze. Elle détaille notamment le rôle et les limites de la police municipale parisienne avant les mobilisations du 24 octobre.

Lamia El Aaraje

Jacques Cardoze : Qu'est-ce qui prédomine ce matin ? Est-ce que c'est la peur pour la mairie de Paris ?

Lamia El Aaraje : « Ce n'est pas la peur, c'est une forme d'appréhension. C'est vrai que la gravité des événements qu'on a subis à Paris la semaine dernière, que ce soit le samedi ou le dimanche, nous a laissés dans une forme à la fois d'hébétude et une forme de colère. De voir l'outil de travail d'un grand nombre de Parisiens, de commerçants détruits par une bande de pillards et de casseurs me met dans une très grande colère. 

De voir un certain nombre d'équipements publics qui ont été délibérément visés, qui ont été cassés, qui ont été saccagés, me met dans une très grande colère. Près de 1 000 vélos en libre-service abîmés, c'est derrière aussi des gens qui vont devoir payer ces réparations. Et une forme de sentiment au final de surprise parce qu'en préparation... Et j'espère que ce week-end nous ne revivrons pas ce que nous avons vécu. 

"La mairie n'a pas de compétence, ni dans le maintien de l'ordre, ni dans l'anticipation"

C'est une journée clé demain pour le gouvernement ? Pour la mairie également ?

« La mairie n'a pas de compétence en tant que telle, ni dans le maintien de l'ordre, ni dans l'anticipation. Nous travaillons de concert avec la préfecture de police au gré à la fois des alertes, au gré de l'organisation qu'ils nous proposent, et nous nous adaptons ce samedi. 

Nous avons été davantage proactifs en anticipant sur la base de ce qui s'est passé samedi dernier, et donc notamment l'enlèvement de colonnes de verre, l'enlèvement d'un certain nombre d'emprises de chantiers, l'enlèvement de tout un tas de dispositifs qui peuvent servir d'armes par destination, avec une difficulté majeure : c'est qu'habituellement, ce sont des choses que nous faisons sur le trajet de la manifestation selon les déclarations et donc les autorisations données par la préfecture de police. 

Il n'a échappé à personne que ce qui s'est passé le week-end dernier, c'est que nous étions très, très au-delà du parcours de la manifestation avec des points épars un peu partout dans Paris. »

"La difficulté, ce sont tous les petits groupuscules"

Et le problème se repose pour samedi puisqu’il y a un tracé qui est défini, mais il n'est pas garanti qu'il soit respecté, et il y en aurait peut-être un autre.

« Il y a un tracé qui a été autorisé, un deuxième qui a été interdit, mais au-delà de ça, je le redis, ce qui nous pose le plus de sujets, ce n'est pas tant les parcours de manif puisque celui qui est autorisé est géré par des syndicats qui ont l'habitude de tenir des cortèges. »

Vous avez confiance dans ces syndicats ?

« Tout à fait. Ils ont des services d'ordre qui peuvent sécuriser les parcours. La difficulté, ce sont tous les petits groupuscules qui sont épars autour du parcours de manifestation, mais au-delà de ça — et c'est ce qui s'est passé samedi dernier —, des points qui n'avaient rien à voir avec le parcours de la manifestation et à l'évidence des gens qui n'avaient rien à voir avec les revendications légitimement portées par les organisateurs de la manifestation. »

"Nous appelons à la plus grande prudence"

Mais est-ce que la mairie de Paris appelle officiellement à la plus grande prudence pour ses concitoyens parisiens ?

« Oui, tout à fait. Nous appelons à la plus grande prudence parce que les scènes que nous avons vues la semaine dernière montraient à l'évidence des forces de l'ordre qui étaient débordées, à l'évidence des gens qui étaient là pour en découdre délibérément. 

Et je pense à un exemple précis, et je me permets de leur adresser toutes mes pensées : trois agents de la police municipale parisienne qui étaient dans l'espace public dans le cadre de leur mission et de leur fonction — donc ils n'étaient pas planqués contrairement à ce que j'ai pu entendre — ont été pris à partie, agressés. Et ce que m'ont dit les agents que j'ai eus au téléphone juste après leur agression, ils m'ont dit : 'Si on était tombés à ce moment-là, nous nous serions fait lyncher.' »

Emmanuel Grégoire a invité les Parisiens à ce que l'hôtel de ville puisse offrir un espace d'expression libre et de dialogue. Est-ce que c'est vraiment ce dont les habitants ont besoin aujourd'hui ?

« Cet événement s'est organisé hier soir dans les salons de l'hôtel de ville, il y avait énormément de monde, des gens extrêmement calmes qui sont venus pour interpeller leurs élus, pour interpeller les pouvoirs publics, pour exprimer une colère, pour dialoguer, pour échanger. Et c'est là où, je me permets, il faut bien faire le distingo entre la colère légitime et les revendications légitimes de celles et ceux qui souhaitent manifester — et c'est un droit fondamental qu'il s'agit de préserver absolument, c'est l'état de droit — et une bande de casseurs, de pilleurs qui étaient là dans un tout autre objectif. La colère ne justifie jamais la violence. »

"La police municipale est très encadrée sur le plan légal et c'est normal"

Est-ce que parmi ceux qui se sont exprimés, certaines voix ont parlé de la police municipale puisque la police municipale n'a pas pris part aux missions de sécurité le week-end dernier ?

« Ce n'est pas qu'à Paris, la police municipale est très encadrée sur le plan légal et c'est normal. Ils n'ont aucune prérogative. Je le redis très clairement : la police municipale, quelle que soit la ville, n'a aucune prérogative en matière de maintien de l'ordre. C'est une compétence régalienne qui appartient à l'État et dont l'autorité, l'organisation doit être gérée par l'État. 

Et je refuse clairement, et je le dis ce matin, que l'État se désengage de ce sujet. La police municipale parisienne n'intervient pas en matière de maintien de l'ordre. Ils n'en ont ni la compétence, ni les prérogatives, ni les équipements, ni la formation. »

"La police municipale parisienne est une police de proximité"

Mais vous avez entendu un certain nombre de mairies expliquer qu'elles souhaitaient que les polices municipales puissent jouer un rôle et que pour cela, il fallait effectivement accélérer ce projet de loi ?

« Moi, je n'y crois pas du tout. Ce n'est pas du tout la position que nous avons du côté de la ville de Paris. La police municipale parisienne est une police de proximité qui fait de la sécurité du quotidien, qui suit un certain nombre d'infractions et donc est en capacité de verbaliser. 

Mais je le redis : ils n'ont ni la compétence, ni les prérogatives, ni la formation, ni les équipements. Et aujourd'hui, celles et ceux qui expliquent que la police municipale parisienne doit être sur l'espace public pour accompagner les forces de l'ordre nationales les exposent, en font des cibles, et clairement ce qu'ils leur disent, c'est : 'Vous pouvez aller vous faire lyncher sur l'espace public.' C'est inadmissible. Inadmissible. »

Repenser la mission de la police municipale : "Ce n'est pas ce que nous souhaitons"

L'opposition justement vous accuse de ne pas déployer suffisamment cette police municipale. Où seront affectés les 2 500 policiers municipaux demain à Paris ?

« L'opposition municipale parisienne cherche à faire de la polémique à deux balles. La police municipale parisienne sera à proximité comme ils l'ont été le week-end dernier, notamment des bâtiments publics, l'hôtel de ville, les mairies d'arrondissement, un certain nombre d'équipements sensibles. 

Ils ne seront pas ailleurs dans les parcs et jardins, ils seront dans l'espace public, mais pas aux endroits où il y aura des casseurs, des pillards ou des manifestants, à la fois pour les protéger, mais au-delà de ça parce que ce n'est pas leur compétence.»

Peuvent-ils avoir un rôle à jouer quand même ?

« Ils ont un rôle à jouer, mais dans le cadre de leurs prérogatives qui ne sont pas celles du maintien de l'ordre. Je ne mettrai pas de policiers municipaux parisiens aux abords d'une manifestation pour être exposés aux pillards ou aux casseurs. Ce n'est pas leur rôle. »

Et plus généralement, vous dites qu'il ne faut pas repenser la mission de la police municipale selon vous ?

« Ce n'est pas ce que nous souhaitons et ce n'est pas ce que nous demandons. »

"Nous incitons les commerçants à fermer un peu plus tôt"

Vous avez entendu toutes ces volontés de la part d'un certain nombre de commerçants de se barricader, de se protéger, d'acheter des éléments d'autodéfense comme des bombes lacrymogènes. Qu'est-ce que vous leur dites à ces commerçants ?

« Je leur dis que je comprends leur inquiétude parce que les scènes que nous avons vues la semaine dernière sont inacceptables, et qu'avoir un commerce, c'est l'investissement d'une vie, c'est un outil de travail et c'est un acteur économique majeur. Moi, ça m'inquiète. Ça m'inquiète parce que quand le sentiment de sécurité recule, quand l'insécurité augmente et quand les forces de l'ordre ne sont pas en capacité de l'assurer, c'est l'autodéfense qui s'installe. »

Précisément, le préfet de police Patrice Faure demande aux commerçants de renforcer la sécurité de leur établissement. Qu'est-ce que ça vous inspire ?

« Nous avons pris acte de cette annonce du préfet de police que je ne commenterai pas. Simplement, ce que je dis aux commerçants, c'est que sur un certain nombre de sites. C’est le rôle du préfet de police d'organiser la sécurisation du parcours de manifestation, mais plus globalement la sécurisation d'un certain nombre de lieux dans la ville. 

Donc je prends acte de cette proposition qu'il a faite aux commerçants. Ce que nous disons de notre côté, c'est que nous appelons à la plus grande prudence et à la vigilance, et sans doute, sur un certain nombre de sites, d'inciter les commerçants à fermer un peu plus tôt et à être vigilants quant à leurs établissements. »

"Nous en appelons à la responsabilité de chacun"

Il est également demandé d'éviter samedi de sortir les poubelles sur la voie publique ou tout objet pouvant servir d'arme par destination.

« Tout à fait. Nous avons demandé à l'ensemble des Parisiens de ne pas sortir leurs poubelles le samedi, d'éviter de sortir un certain nombre d'objets, typiquement tout ce qui concerne les chantiers. Nous avons procédé à un grand nombre d'enlèvements, mais pour tous celles et ceux qui peuvent s'organiser en parallèle de cela, puisqu'on est quand même sur une ville dense, importante par sa taille, nous en appelons à la responsabilité de chacun. »

Qu'est-ce que ça vous inspire le fait que le préfet de police puisse demander en réalité un substitut de ce que l'État pourrait faire ?

« Je pense que c'est une mesure de précaution qui vient en complémentarité du déploiement des forces de l'ordre supplémentaires qui ont été annoncées par le président de la République, notamment 20 % d'effectifs de police et de gendarmerie supplémentaires ce samedi à Paris. Nous verrons ce qu'il en est concrètement. 

En tout cas, nous sommes du côté de la ville de Paris extrêmement mobilisés en coordination avec la préfecture de police pour faire en sorte que les scènes que nous avons vues à Paris le week-end dernier ne se reproduisent pas. »

"L'interdiction de manifester n'est pas une bonne chose"

Vous parliez tout à l'heure du tracé qui est maintenu à Paris, un deuxième qui lui n'est pas autorisé. Est-ce que vous auriez préféré également que le tracé soit totalement interdit à Paris ?

« Je ne crois pas que l'interdiction d'un droit fondamental qui est celui de manifester soit une bonne chose. Nous sommes dans un état de droit. La responsabilité de l'État est de permettre à chacun de pouvoir exprimer ses revendications dans le cadre de la loi et de l'état de droit qui nous oblige tous. Quand on a une interdiction, c'est un recul des libertés fondamentales. Donc je ne crois pas que ce soit une bonne chose. »

Mais est-ce que vous entendez l'argument d'un certain nombre de commerçants qui vous disent : 'Là ce ne sont plus des manifestations, ça devient de la casse' ?

« Ce n'est pas tout à fait ça si je puis me permettre. Il y a eu deux moments dans ce qui s'est passé ce week-end, et notamment le samedi. Dimanche, nous étions clairement face à des bandes de pillards qui avaient décidé de mettre la ville à sac. Ce qui s'est passé samedi, c'est une manifestation qui s'est déroulée dans le calme et de façon plutôt pacifique et plutôt joyeuse par ailleurs, au vu des images qui nous en arrivent. 

Et en parallèle de cela, vous avez des gens qui ont souhaité profiter de ce moment de manifestation pour pourrir le mouvement social et donc pour casser, pour piller. Donc je fais le distingo entre les deux. Je pense que globalement la manifestation se passera bien. Ce qui m'inquiète dans ce que vous évoquez, c'est que nous avons toutes et tous intégré que désormais ce n'est plus possible de manifester dans ce pays, et ce n'est pas normal. 

"La responsabilité du gouvernement est d'assurer nos libertés fondamentales"

La responsabilité du gouvernement est d'assurer nos libertés fondamentales, et dans nos libertés fondamentales, il y a le droit de manifester. La sécurisation des parcours de manifestation est de la responsabilité de l'État. Ce n'est pas normal que nous soyons en train d'avoir ce débat en se disant : 'Est-ce que vraiment vous pensez que c'est raisonnable d'aller manifester ?' C'est un droit. Et oui, nous avons le droit de pouvoir exercer nos droits fondamentaux. 

Et charge à l'État de veiller à ce que ces manifestations ne dégénèrent pas. Jamais nous n'aurions dû voir les images que nous avons vues samedi dernier. À l'évidence, c'est un échec du gouvernement actuel et c'est un échec de la préservation de ce droit fondamental à pouvoir manifester. Pendant longtemps, j'ai manifesté avec mes enfants, et aujourd'hui même moi, j'ai intériorisé le fait que ce n'était pas tout à fait sûr et raisonnable d'aller en manif avec mes enfants. 

Ce n'est pas normal. Ça veut dire quoi, que nos enfants ne pourront plus jamais manifester ? Il faut absolument retrouver l'état de droit, retrouver la sécurité et retrouver du coup la possibilité de pouvoir manifester sans avoir peur de se faire tabasser, sans avoir peur d'être gazé, sans avoir peur des casseurs qui viennent pourrir le mouvement social. »

"On a un président de la République qui est totalement dépassé"

Vous comprenez la position d'Emmanuel Macron dans ce contexte puisqu'il dit qu'il autorise cette manifestation qu'à la condition qu'elle soit encadrée par les syndicats ?

« Mais enfin, c'est à lui de s'assurer d'une part que les manifestations puissent se passer dans de bonnes conditions. Et par ailleurs, je rappelle quand même qu'Emmanuel Macron est le fossoyeur de la démocratie sociale sur laquelle il s'est essuyé les pieds pendant longtemps. Donc je trouve ça fort de café aujourd'hui d'en appeler à la responsabilité des syndicats qu'il a méprisés et ignorés depuis de très nombreuses années. Je rappelle quand même qui dirige ce pays depuis maintenant deux mandats, donc 10 ans. »

Comment vous comprenez cette séquence où l'on a vu le week-end dernier le président, à la veille de son départ dans les pays du Golfe, avoir un discours pas très sécuritaire et donner le sentiment aujourd'hui qu'il y aurait comme un tour de vis sécuritaire ?

« C'est avant les manifestations du 17 octobre qu'il aurait dû se rendre compte de l'état de la situation. Et vous savez, je ne crois pas par ailleurs qu'on puisse répondre à la crise que nous sommes en train de traverser par du tout-sécuritaire.

Vous avez deux volets là-dedans et la République doit pouvoir retrouver ses droits : vous avez la contestation sociale légitime à laquelle il faut des réponses politiques, et vous avez ensuite la crise de sécurité avec ces pillards et ces casseurs qu'il faut prendre en charge de la bonne manière. Et aujourd'hui, ce que je constate, c'est qu'on a un président de la République qui est totalement dépassé et qui, après les événements, se dit : 'Ah au fait, il aurait peut-être fallu faire différemment.' »

Baisse du tourisme à Paris : "Il n'y a pas encore de signaux"

Sur le tourisme, est-ce qu'il y a des craintes aujourd'hui ? Est-ce qu'il y a des signaux qui vous font penser qu'il pourrait y avoir moins de touristes à Paris ?

« À ce stade, il n'y a pas encore de signaux, mais c'est évidemment quelque chose que nous regardons de très près puisqu'il s'agit de maintenir l'attractivité de la capitale de la France, donc de notre pays. 

Il s'agit d'être en capacité de porter un message positif à destination de toutes celles et ceux qui viennent visiter notre ville, visiter notre pays, consommer, participer à l'économie, mais au-delà de ça, participer au rayonnement international de notre ville. Donc dans les prochains temps, c'est évidemment quelque chose que nous allons regarder de près et sur lequel nous allons travailler. »

Présidentielle : Raphaël Glucksmann est "un homme de conviction"

Mathieu Pigasse a qualifié Raphaël Glucksmann de « Bismillah, c'est les ténèbres », c'est-à-dire d'infiltrer de la droite au sein de la gauche. Qu'est-ce que vous lui répondez ? 

« Je trouve ça absolument honteux. Prendre des leçons de gauche de la part de Mathieu Pigasse est absolument ahurissant. De la part à la fois d'un milliardaire, mais aussi de quelqu'un qui a été emporté par un certain nombre de polémiques sur ses vacances, sur tout un tas de sujets, je trouve ça absolument dingue. J'aimerais qu'on soit respectueux du débat démocratique et public, et surtout, ne faites pas le jeu de la droite, M. Pigasse, en reprenant leurs argumentaires et d'une partie des populistes. »

Ne trouvez-vous pas que Raphaël Glucksmann est plutôt du centre droit, c'est-à-dire un clone d'Attal ? N’a-t-il pas fait une OPA sur ce qui restait de votre parti ?

« Écoutez, d'abord je vous remercie de poser cette question puisque ça permet de clarifier y compris ce point. Si j'avais voulu soutenir un macroniste ou si j'avais voulu soutenir le centre, à l'évidence, je ne me serais pas engagée au Parti socialiste. Moi, ce que j'ai trouvé en Raphaël Glucksmann, c'est une personnalité d'abord très franche, très à l'écoute, très sincère, mais au-delà un homme de conviction. 

Et moi, je vous invite vraiment à me dire une mesure qui, dans son programme ou dans ce qu'il porte, n'est pas de gauche. C'est un procès facile qui vise à discréditer ce candidat, qui vise à lui faire porter le bilan de 10 années de macronisme que non seulement il réfute et qu'il condamne, mais au-delà de ça qu'il combat, et c'est ce que nous allons démontrer dans les prochains mois. »

"Nous essayons d'apporter des réponses à la contestation sociale"

Raphaël Glucksmann ne sera pas aux côtés d'Olivier Faure à Orléans pour protester contre le rassemblement du Rassemblement national. Vous le regrettez ?

« Je n'ai pas à le regretter. En l'occurrence, à Orléans, je ne pense pas forcément qu'il devrait y être. Il y a aujourd'hui à Orléans le congrès du Rassemblement national. Nous n'avons pas vocation évidemment à y participer. 

Ce que je constate surtout, c'est que pendant que nous nous préparons à cette journée de manifestation samedi, que nous essayons d'apporter des réponses à la contestation sociale, le Rassemblement national se réunit en conclave, très loin des préoccupations des Françaises et des Français. C'est ça que j'ai envie de dénoncer et de souligner ce matin. »

"Édouard Louis ne prend pas la mesure de ce qu'il est en train de dire"

Que répondez-vous à l’écrivain, proche de LFI, Édouard Louis, qui juge légitimes les violences et les dégradations pour lutter contre le système ?

« Je suis franchement très choquée par ses propos. Édouard Louis est un bon auteur que j'apprécie, mais là clairement, je crois qu'il ne prend pas la mesure de ce qu'il est en train de dire. Nous avons une responsabilité collective par rapport à ce qui est en train de se passer. D'abord, je rappelle que les faits de violence, selon notamment les chiffres qui nous sont partagés par le ministère de la Justice et de l'Intérieur, ne sont pas le fait de mineurs. 90 % des interpellés samedi et dimanche étaient des majeurs.

Et d'ailleurs, on le voit dans le profil à la sortie du tribunal de Paris, on est plutôt sur une moyenne d'âge de 25-28 ans, en tout cas de ce que j'en ai vu pour l'instant, et pas du tout sur une population lycéenne. Rien ne peut justifier des faits de violence ou de colère. Je ne partage pas du tout ces propos. Il y a une colère légitime qui doit s'exprimer dans le cadre des revendications, mais qui doivent rester pacifiques. 

Et ensuite, il y a des faits de pillage et de violence qui n'ont rien à voir. Je ne vois pas bien le rapport entre le fait de dénoncer des conditions d'étude ou peu importe le niveau de vie ou les inégalités, et le fait d'aller braquer une boulangerie, d'aller piller un magasin ou l'outil de travail d'un commerçant qui, lui, n'a rien demandé. Parce que là, dans ce cas-là, ce n'est pas aux institutions qu'on s'attaque. Quand on s'attaque aux institutions, on porte des revendications, on participe à la contestation sociale. Et ensuite, la meilleure façon de porter des revendications, c'est de voter en avril prochain pour une alternance et pour mettre fin au macronisme. »

"Je ne suis pas du tout une fana de La France insoumise"

La violence n'est donc jamais légitime. Que pensez-vous de l'attitude de La France insoumise depuis le début de cette mobilisation lycéenne ?

« Écoutez, je ne suis pas du tout une fana de La France insoumise, ce n'est un secret pour personne. Pour autant, je trouve que cette espèce de manipulation un peu, qui consiste à dire que c'est La France insoumise, est franchement inacceptable de la part du gouvernement. 

Et d'ailleurs, j'ai écouté avec beaucoup d'attention la procureure de la République de Paris qui dit qu'à ce stade, dans ce qu'elle est en train de voir, dans ce qui défile au tribunal de Paris, elle ne voit pas de connivance ou de lien entre le mouvement et les personnes qui ont été déférées et l'ultra-gauche. Donc franchement, c'est une manipulation qui n'est absolument pas digne de ce gouvernement. Je crois qu'il y a d'autres façons de contester ce qui est porté par La France insoumise : c'est le débat démocratique, et c'est en faire la démonstration en avril prochain. »

Donc le gouvernement se sert de La France insoumise comme bouc émissaire ?

« Je crois que le gouvernement se sert de cette séquence pour essayer de faire porter le chapeau à une organisation politique qui n'a franchement rien à voir. Moi, je ne crois pas que La France insoumise, que je peux contester à bien des égards, était en train de piller ou de saccager Paris samedi dernier. C'est totalement grossier. La France insoumise a une part de responsabilité dans le pourrissement du débat politique, et je crois qu'ils l'ont démontré hier à Matignon avec Jean-Luc Mélenchon qui a dit qu'il était là pour pourrir la réunion. 

"Nous sommes dans le dialogue"

Ce n'est pas la position que nous portons, nous les socialistes, avec notre candidat Raphaël Glucksmann. Nous sommes arrivés hier à Matignon avec un plan en 10 mesures. Nous sommes dans le dialogue, nous en appelons le gouvernement à une forme de responsabilité dans l'écoute du dialogue social, notamment avant la grande manifestation du 5 novembre prochain. »

Ce week-end, la plupart des monuments seront fermés. Est-ce qu'il y a des mesures exceptionnelles qui sont prises très rapidement pour les Parisiens ?

« Il y a la protection d'un certain nombre d'établissements. Il y a un certain nombre de musées municipaux que nous faisons le choix de fermer. En effet, il y a des mesures qui sont prises du côté des musées nationaux par le gouvernement. Nous en appelons évidemment à la plus grande prudence et, je vous en prie, ne saccagez pas un musée. Ne venez pas piller des équipements municipaux derrière. 

Ce sont des équipements qui ne bénéficieront ni à vous-même, ni à vos propres enfants. Vous avez une façon de porter des revendications : joignez-vous au mouvement social de façon pacifique, portez des revendications. Et nous demandons au gouvernement d'écouter ces revendications et d'y apporter des réponses politiques, et de lutter contre les injustices et les inégalités sociales, parce que c'est ça qui aujourd'hui est en train de pourrir notre société. »

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