Comme l'explique Peer de Jong au micro de Sud Radio, ce type d’opération n’est pas une rupture, mais la continuité d’une pratique ancienne des grandes puissances, les États-Unis en tête, qui ont régulièrement contourné ou redéfini le droit international, souvent avec l’appui ou la participation des Européens.
Peer de Jong : "Quand c'est les autres, c'est pas bien. Quand c'est nous, c'est bien"
Périco Légasse : Le droit international est-il bouleversé, ou est-ce une donne à laquelle il va falloir se faire ?
Peer de Jong : Le droit international est en train d'évoluer, c'est un modèle vivant. Il évolue non pas sous l'impulsion des Nations unies - c'est les grandes puissances qui le font évoluer. Et les petits États n'ont pas la capacité aujourd'hui de transformer les choses. Les grandes puissances bougent. Russie, États-Unis, Chine… Rappelons-nous la Grenade, rappelons-nous Panama, l'Irak, le Kosovo, la Libye… Et les Français étaient à la manœuvre quand on a bombardé Belgrade en 1999. Quand c'est les autres, c'est pas bien. Quand c'est nous, c'est bien.
À partir de 1945, il y avait une puissance dominante, qui était les États-Unis. C'était une puissance démocratique face au monde communiste. Et tout le monde s'est aligné derrière les États-Unis. Sauf que les lignes bougent, Trump fait évoluer la politique américaine. C'est ça, le grand changement.
"En novembre 2025, une nouvelle doctrine militaire américaine est sortie"
Périco Légasse : Obama et Clinton auraient-ils procédé de la même façon ? S'il y a une alternance aux prochaines élections, les Démocrates seront-ils moins interventionnistes ?
Peer de Jong : Je ne crois pas que les Démocartes soient moins intervenants que les Républicains. La guerre du Vietnam avait été déclenchée par Kennedy, un Démocrate. Les Démocrates sont plus interventionnistes parce qu'il y a les droits de l'homme, aider les autres, etc., tandis que les Républicains sont plus isolationnistes. Il faut comprendre la politique américaine au travers de cette nouvelle logique qui se met en place, qui s'appelle la doctrine de Monroe, en 1923.
En puis, on a oublié une chose : en novembre 2025, il y a eu la revue stratégique, une nouvelle doctrine militaire américaine est sortie. Tout est écrit : le rapport aux matières premières, le rapport à l'Europe et les autres puissances… tout est écrit noir sur blanc ! Mais c'est tout bénéf ! Qui est gagnant ? Nous, en Europe, on considère que c'est pas bien. Mais ce n'est pas notre problème à nous !
Périco Légasse : Peut-on aujourd'hui être atlantiste en France sans prendre de risques énormes, ou il faut se rendre à l'évidence : les États-Unis ne sont plus une puissance sur laquelle on peut compter pour la stabilité mondiale ?
Peer de Jong : Vous savez, quand votre femme vous quitte, vous n'êtes jamais content…
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