Marie Pellan : "En ZEP, un prof est forcément un jeune, un malade ou un mourant"

Marie Pellan et William Lafleur, auteurs du roman Le Hussard Noir (Flammarion)
Marie Pellan et William Lafleur, auteurs du roman Le Hussard Noir (Flammarion)

"Avec la réforme du bac, les perspectives des jeunes de banlieue de s’intégrer seront encore moins certaines, tandis que le fait d’envoyer en ZEP les jeunes professeurs les dégoûte du métier", a estimé Marie Pellan, co-auteure (avec William Lafleur) du roman Le Hussard Noir (Flammarion). Marie Pellan et William Lafleur étaient les invités d’André Bercoff le 18 février 2018 sur Sud Radio dans son rendez-vous du 12h-13h, "Bercoff dans tous ses états".

Une "injonction d’intégration" qui ne trouve pas de suite

Pour Marie Pellan, dire aux jeunes issus de l’immigration de s’intégrer est plus facile à dire qu’à faire, et la réforme du bac rendra cette intégration encore plus compliquée. "La société française a une facilité à imposer l’injonction d’intégration mais n’offre absolument aucune voie pour le faire. Je suis obligée de leur dire de s’intégrer, d’apprendre certains codes, pour ensuite les relâcher dans une société qui ne veut pas d’eux", a-t-elle déclaré.

"Et cela va encore s’accélérer avec la réforme du bac, où le contrôle continu va prendre davantage de place. Il y aura donc des bacs qui n’auront pas la même valeur en fonction de l’établissement où on a fait ses études. J’ai des collègues qui cachent leur adresse de Clichy-sous-Bois quand ils cherchent un travail. Comment vont-ils faire quand ils devront dire que leur bac vient de là ?", s’est-elle interrogée au micro d’André Bercoff.

"Envoyer les jeunes professeurs dans des établissements difficiles est contre-productif"

Lors de cet entretien, Marie Pellan a pris le temps d’expliquer en quoi le fait d’envoyer les jeunes professeurs dans des établissements difficiles est contre-productif. "Projeter dans un établissement ZEP un jeune professeur qui vient de passer son concours, ce n’est absolument pas productif pour personne. Ce n’est pas productif pour le professeur, car il n’aura pas envie de continuer. L’envoyer face à la difficulté, ce n’est sûrement pas pour le former. Donc, c’est hypocrite de dire cela. On les envoie là-bas parce que les autres refusent", a-t-elle déclaré.

"D’autre part, quand vous êtes un gamin de banlieue, que vous êtes à l’école depuis des années et que vous ne voyez pas le même prof deux ans d’affilés parce que tout ce qu’ils ont envie de faire est de fuir, vous n’avez pas l’impression que l’État français en a quelque chose à faire de vous. Vous n’avez pas l’impression qu’on a envie de vous éduquer avec de bonnes armes. Certains de mes élèves m’ont même dit qu’on leur envoyait uniquement les jeunes, les malades ou les mourants", a poursuivi Marie Pellan.

Cliquez ici pour écouter l’invité d’André Bercoff dans son intégralité en podcast.

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