Jean-François Colosimo : "le christianisme est d’abord une religion orientale"

Jean-François Colosimo est philosophe, théologien, président de l’Institut orthodoxe de Paris et directeur des éditions du Cerf.
Jean-François Colosimo est philosophe, théologien, président de l’Institut orthodoxe de Paris et directeur des éditions du Cerf.

"Les chrétiens d’Orient, c’était une chance pour le Proche-Orient. C’est la pluralité, des idées de progrès, de laïcité, au sein d’un monde qui est malheureusement exposé aux radicalités, au fanatisme, à la fermeture, au rigorisme", a estimé Jean-François Colosimo, philosophe, théologien, président de l’Institut orthodoxe de Paris, directeur des éditions du Cerf et auteur de La France et les chrétiens d’Orient, dernière chance (Fondapol).

Jean-François Colosimo : "en 1900, au Proche-Orient, 30% des habitants étaient des chrétiens"

"Les chrétiens d’Orient étaient là depuis toujours, ils sont chez eux au Proche-Orient. C’est les héritiers des premières civilisations de l’écriture. Le christianisme est d’abord une religion orientale. Il ne faut pas oublier que c’est en Orient qu’est né le christianisme, c’est là qu’il a fleuri, c’est là que l’Évangile est apparu, où les pères de l’Église ont enseigné, c’est là qu’ont eu lieu les sept premiers Conciles Oeucuméniques (dans le territoire actuel de la Turquie). Les chrétiens d’Orient sont au début du christianisme. En 1900, il y avait 30% de chrétiens, il en reste 0,1% aujourd’hui", nous a rappelé Jean-François Colosimo.

"Les chrétiens d’Orient ont su fraterniser pendant longtemps. Mais aujourd’hui la situation a changé, et pas seulement en raison de Daech et du djihadisme. Mais en raison d’un islamisme plus global qui fait qu’on pratique à leur égard une forme de purification ethnique. C’est une catastrophe de civilisation qui va faire qu’on va perdre le chaînon manquant de l’humanité", nous a mis en garde Jean-François Colosimo.

Jean-François Colosimo : "le christianisme n’est pas une affaire exclusivement occidentale"

Pour Jean-François Colosimo, les chrétiens d’Orient ont toujours assuré une liaison entre la civilisation chrétienne et la civilisation musulmane… jusqu’à récemment. "Les chrétiens d’Orient emmerdent le monde. Ils sont un peu trop chrétiens pour les progressistes. Pour la gauche révolutionnaire et laïciste, "chrétien", ça fait mal à la bouche. Et ils sont un peu trop orientaux pour les conservateurs qui pensent à tort que le christianisme est une affaire exclusivement occidentale. C’est des médiateurs nés. Ils n’ont jamais cessé d’être orientaux pour les Occidentaux et occidentaux pour des plus orientaux qu’eux. Or, dans le contexte actuel du choc de civilisations, on ne veut plus de médiateurs. Tous les camps se précipitent pour dire qu’il n’y a plus de ponts", a-t-il expliqué à André Bercoff.

"Dès lors que l’Europe a démissionné de sa propre histoire, dès lors qu’elle ne se reconnaît plus dans rien, dès lors qu’on a un effondrement culturel qui fait qu’on ne sait plus véritablement ce qu’est la fête de Noël, ces chrétiens d’Orient nous empêchent de tourner en rond, ils nous rappellent qu’il y a des peuples avec des mémoires, des généalogies", a estimé Jean-François Colosimo.

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