Le 9 novembre, jour anniversaire de la mort de Guillaume Apollinaire et du général De Gaulle

Guillaume Apollinaire et Charles de Gaulle ne ressusciteront pas, mais ils resteront dans l'imaginaire des hommes par leurs mots.

 

C’était un 9 novembre. Fierté d’être français. Il n’y a pas un seul jour dans l’année qui ne soit pas l’anniversaire de quelque événement extraordinaire. Ainsi, le 9 novembre est-il le jour anniversaire du coup d’État du 18 Brumaire de Napoléon, le jour anniversaire de l’abdication du Guillaume II, empereur d’Allemagne, en 1918, deux jours avant l’armistice, où le jour anniversaire du putsch manqué de Hitler, le 9 novembre 1923 à Munich, qui le conduira neuf mois en prison, où il écrira Mein Kampf.

C’est aussi l’anniversaire de la chute du mur de Berlin et celui de la naissance de Jean Monet. C’est surtout le jour anniversaire de la mort d’un grand poète, Guillaume Apollinaire, et du général De Gaulle.

Le poète et l’homme d’État furent tous les deux soldats de la Grande Guerre. Le premier fut blessé au Chemin des Dames, d’un éclat d’obus à la tête, le 17 mars 1916. Affaibli par sa blessure, il mourra le 9 novembre 1918, de la grippe espagnole qui, entre 1918 et 1919, fit entre 50 et 100 millions de morts dans le monde.

Toujours, sous les drapeaux, il est déclaré mort pour la France. En 1914, alors qu’il n’avait pas encore la nationalité française, il s’était engagé volontairement pour la durée de la guerre. Il avait écrit, en 1913 : ‘Sous le pont Mirabeau coule la Seine et nos amours. Faut-il qu’il m’en souvienne. La joie venait toujours après la peine. Vienne la nuit, sonne l’heure. Les jours s’en vont, je demeure.’

Pour survivre dans l’enfer, il écrivait encore des poèmes. Au milieu des souffrances, il voyait l’œil du Breton blessé, couché sur la civière, et qui criait aux morts, aux sapins, aux canons. Priez pour moi, bon Dieu, je suis le pauvre Pierre.

Sa tombe, au Père Lachaise, ce sont ses amis Matisse, Picasso et tant d’autres qui l’ont payée.

Le 17 mars 1916, le sous-lieutenant Apollinaire était blessé au Chemin des Dames. 15 jours plus tôt, à 300 km de là, le capitaine De Gaulle était blessé à la cuisse et fait prisonnier. C’était sa troisième blessure. Il restera en captivité deux ans et demi. Imaginons qu’il fut tué ce 2 mars 1916. Le cours de l’Histoire de France en eût été changé.

Pas de 18 juin. Qui pour sauver l’honneur et être présent au jour de la victoire ?

Pas de Ve République. Qui pour réconcilier la France et l’Allemagne ? Pour arrêter la tragédie algérienne ?

Pas de discours de Phnom Penh, pas de ‘Vive le Québec libre’, pas non plus de Jean Moulin ni de Conseil national de la Résistance.

À la place, l’ennui, la médiocrité des politiciens de la IVe et de leurs petites combines.

Le poète est mort, trop tôt, à 38 ans. Il avait écrit la Chanson du mal-aimé.

Le Saint-Cyrien est mort à 80 ans en écrivant ses mémoires d’espoir pour que ce qu’il a fait, disait-il, soit source d’ardeur nouvelle après qu’il aura disparu.

En ce 9 novembre, il n’y aura personne, sans doute, sur la tombe du poète au cimetière. Son œuvre est son tombeau, où une foule vient tous les jours lui rendre hommage.

Ils se bousculent, en revanche, sur la modeste tombe du cimetière de Colombey-les-deux-églises, pour s’en disputer l’héritage. Il aurait dit, comme en 1969, ‘Je n’ai rien à voir avec tout ça’.

Mais qu’on le sollicite encore est, au fond, assez rassurant. En 1968, on le conspuait. En 1969, la majorité des Français lui disait ‘non’. Aujourd’hui, on s’en réclame. Tout le monde, ou presque, se dit Gaulliste. Qu’importe, au fond, qu’une fois de plus, la vérité et la sincérité se mélangent à l’hypocrisie et au mensonge.

C’est la comédie humaine.

Mais voilà qu’elle exprime aujourd’hui un besoin de grandeur, un besoin de fierté d’être français. Alors tant mieux. L’espérance est dans ce besoin.

Le poète et l’homme d’État ne ressusciteront pas, mais ils resteront, dans l’imaginaire des hommes, par leurs mots, ceux de la poésie, ceux de la politique, ceux que l’on adresse à des êtres chers, ceux que l’on adresse à son pays. Fiers d’être français.

Écoutez l'édito d'Henri Guaino dans le Grand Matin Sud Radio, présenté par Patrick Roger et Sophie Gaillard