Paradise Papers : "Grâce à Bercy, seulement 2% des fraudeurs passent en procès"

Manifestant londonien contre les paradis fiscaux (©JUSTIN TALLIS - AFP)
Manifestant londonien contre les paradis fiscaux (©JUSTIN TALLIS - AFP)

Une centaine de rédactions de presse du monde entier ont publié cette semaine de nombreuses informations impliquant des systèmes d’évasion fiscale à grande échelle. Porte-parole d’Attac France, Raphaël Pradeau était l’invité du journal de 18h sur Sud Radio pour en parler.

Dans la foulée du scandale des Panama Papers qui avait éclaté en avril 2016, de nombreuses rédactions ont publié ce week-end une nouvelle salve de révélations au sujet des pratiques d’évasion fiscale dans plusieurs paradis fiscaux, rapidement baptisées Paradise Papers. Alors que des célébrités et des proches de dirigeants nationaux semblent impliqués dans ces nouvelles révélations, le porte-parole d’Attac France, Raphaël Pradeau, était l’invité du journal de 18h de Sud Radio pour en parler.

"On voit dans les premières révélations qu’au plus haut sommet de l’État aux États-Unis, au Canada ou en Grande-Bretagne, il y a des personnes qui sont mouillées. On peut donc se demander comment feraient-ils pour lutter contre les paradis fiscaux… En France, il n’y a aucune volonté de lutter contre l’évasion fiscale. Je prends un exemple : depuis 2010, les effectifs des fonctionnaires spécialisés dans la traque des fraudeurs fiscaux ont été diminués de 25%. C’est compliqué de lutter contre l’évasion fiscale si les personnes en charge de ce travail sont de moins en moins nombreuses... Il y a beaucoup de faux-semblants, mais aucune volonté politique de lutter réellement contre l’évasion fiscale, ni en France ni dans les autres grandes puissances de ce monde", dénonce-t-il.

"Un manque à gagner de 80 milliards par an en France"

Le militant d’Attac a même quelques idées pour prendre le problème à bras-le-corps. "En France, plutôt que de chercher à gagner quelques millions d’euros en baissant les APL, en renforçant le contrôle des chômeurs ou en gelant le salaire des fonctionnaires, on pourrait s’attaquer réellement à la lutte contre l’évasion fiscale. Le manque à gagner est d’environ 80 milliards d’euros par an pour le budget de l’État. C’est à peu près le montant du déficit public ! Que peut-on faire alors ? On pourrait notamment créer 10 000 emplois pour les personnels en charge de traquer les fraudeurs fiscaux. Nous prônons également de faire sauter ce qu’on appelle le "verrou de Bercy". En France, pour qu’un fraudeur fiscal soit poursuivi par la justice, il faut forcément que le ministère du Budget donne son accord. Cela fait qu’il y a à peu près 2% des fraudeurs fiscaux qui passent en procès. Je pense que les autres délinquants sont un peu jaloux de ce chiffre-là, qui est vraiment très peu élevé. Ce sont des choses qui seraient très simples à faire et qui demandent simplement un peu de volonté politique, qui malheureusement manque cruellement", assure-t-il.

Alors que la révélation des Paradise Papers pourrait conduire l’Union européenne à accélérer sur la mise en place d’une liste noire de paradis fiscaux, Raphaël Pradeau fustige "une vaste blague, une diversion". "En 2008, Nicolas Sarkozy fanfaronnait en disant qu’il n’y avait plus de paradis fiscaux. Pourquoi ? Tout simplement parce qu’il n’y avait effectivement plus de paradis fiscaux sur la liste noire ! C’est l’OCDE qui crée cette liste noire, qui ne contient personne parce qu’il ne faut pas penser que les paradis fiscaux sont uniquement des confettis exotiques… Ils sont intégrés directement à nos économies. Je parle par exemple de la City de Londres, du Luxembourg, de l’Irlande, des Pays-Bas, etc. Quand on dit qu’on va créer une liste noire, c’est pour mieux noyer le poisson. Ça a déjà été fait, puis on en a enlevé, puis on en a remis, et à chaque nouveau scandale on nous dit qu’on refera une liste noire ! C’est de la poudre aux yeux", critique-t-il.

"L’économie mondialisée tourne autour de ça"

Face à l’absence de volonté politique réelle de réformer un système d’évasion qui, dans beaucoup de cas, est légal, le porte-parole d’Attac en appelle à la mobilisation citoyenne. "Ce que ces Paradise Papers révèlent, c’est qu’il ne s’agit pas seulement de personnes qui trichent, mais du cœur du système. L’économie mondialisée tourne autour de ça. Attac mène actuellement une campagne pour dénoncer l’évasion fiscale pratiquée par Apple, qui sera d’ailleurs épinglée demain par ces Paradise Papers. Ce sont des sommes absolument colossales et totalement légales. Faute de volonté politique, il n’y a qu’une forte mobilisation citoyenne qui pourra permettre de lutter réellement contre l’évasion fiscale. On mènera notamment bientôt de nouvelles actions contre Apple", annonce-t-il.

Réécoutez en podcast l’interview de Raphaël Pradeau sur Sud Radio

 

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Michel Ange
- Mardi 7 novembre 2017 à 10:10
Il est beaucoup plus facile d'augmenter la C.S.G. que de se battre pour rapatrier les plus de 80 milliards qui dorment dans les paradis fiscaux. Courage fuyons.
De plus, nos politiques, depuis des lustres n'ont aucune volonté politique de traiter ce problème à bras le corps, en effet ce n'est pas le parquet, ni le juge du siège qui décide d'engager d'éventuelles mais uniquement Bercy. Inutile d'en dire plus, la connivence est patente entre nos dirigeants et ces puissances d'argent.
A décharge pour ces gens là, la France est vraiment un enfer fiscal immonde.

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