La France réconciliée avec le nucléaire ? "Cela fait dix ans que les filières françaises sont à l’arrêt"

Matthieu Auzanneau, ancien journaliste, auteur spécialiste d'écologie et d’économie, directeur du think tank de la transition énergétique The Shift Project, était interviewé dans "Sud Radio vous explique" sur Sud Radio le 12 octobre. "Sud Radio vous explique" est diffusé tous les jours à 7h45 dans la matinale animée par Cécile de Ménibus et Patrick Roger.

Thumbnail
Le programme France 2030 devrait donner le feu vert à la création de SMR, de petits réacteurs nucléaires.

France 2030 et nucléaire : "Emmanuel Macron est prêt à assumer qu’il est pro nucléaire pour un second mandat"

Emmanuel Macron s’apprête à dévoiler un vaste plan d’investissements de plusieurs milliards d’euros dans différentes nouvelles technologies sur cinq ans, jusqu’à 2030. La part belle est faite au nucléaire. Pourquoi le nucléaire revient-il ainsi en grâce ? "Parce que la France s’est engagée à sortir des énergies fossiles, décrypte Matthieu Auzanneau, ancien journaliste et auteur, spécialiste d'écologie et d’économie. Il est difficile d’y arriver sans nucléaire. En France, nous avons un parc nucléaire très important, qui nous permet de produire l’une des électricités les plus basses au monde en contenu carbone. Elle émet très peu de C02."

Paradoxalement, on ferme Fessenheim et on en revient au nucléaire ? "Les enjeux sont politiques, l’autorité du nucléaire n’avait pas demandé à ce que Fessenheim soit fermée, rappelle le directeur du think tank de la transition énergétique « The Shift Project ». On l’a fermée pour agréer une partie de l’électorat opposée à l’énergie nucléaire. Maintenant, il est évident qu’il est très difficile de boucler l’équation de sortie de l’énergie fossile sans le nucléaire. Manifestement, Emmanuel Macron est prêt à assumer qu’il est pro nucléaire pour un second mandat."

France 2030 et nucléaire : "LE CEA et EDF ont de nombreux projets dans leurs tiroirs"

Que sont les SMR ? Des minis réacteurs ? "Ce sont des réacteurs moins puissants, plus petits, qui ont des qualités différentes. Ils produisent beaucoup moins d’électricité. Mais ils ont des dispositifs de sécurité passive et peuvent être installés dans des endroits moins compliqués. C’est une filière explorée parmi tant d’autres. LE CEA et EDF ont de nombreux projets dans leurs tiroirs et ne demandent qu’à les ressortir."

Le nucléaire peut-il contribuer à notre indépendance énergétique ? "C’est une question compliquée, mais cela crée moins de problèmes de dépendance que vis-à-vis du pétrole saoudien ou du gaz de Monsieur Poutine." Sommes-nous encore à la pointe dans la recherche nucléaire ? "On va voir, mais aujourd’hui, ce sont les Chinois et les Russes qui investissent énormément, tentent de développer l’énergie nucléaire très rapidement. Cela fait dix ans que les filières françaises sont à l’arrêt. On a perdu des compétences, mais aussi des savoir-faire, de soudeurs… On va voir si l’on en est capable."

Retrouvez l'émission Sud Radio vous explique dans la matinale de Cécile de Ménibus et Patrick Roger