Jean-Baptiste Moreau : "on importe 50% de la volaille consommée en France"

Jean-Baptiste Moreau, député (LREM) de la Creuse et éleveur, était l'invité de Philippe Rossi dans "Les vraies voix" le 25 août 2021 sur Sud Radio.

Jean-Baptiste Moreau, invité de Philippe Rossi dans "Les vraies voix" sur Sud Radio.

Les protéines animales transformées viennent d’être autorisées pour l’alimentation de porcs et de volailles en Europe. Nourrir les porcs et les volailles à ces farines, est-ce sans risque ?

"L’introduction des protéines animales transformées va encore faire naître des campagnes anti-viande"

"Avant les années 2000, on produisait des farines animales à partir d’animaux morts et même morts de maladies. En plus, on donnait ces farines animales à des ruminants et des herbivores, c’était donc encore plus débile, et ça a engendré la crise de la vache folle, une crise économique et une crise pour l’agriculture parce que c’est à ce moment-là qu’a commencé la décroissance de la consommation de viande. Là, on parle uniquement d’un règlement de la Commission européenne. La France s’est abstenue sur ce vote parce qu’elle voulait d’abord avoir l’avis de l’Anses.

En tout cas, ces protéines animales transformées sont issues d’animaux sains, et elles seront destinées uniquement aux porcs et aux volailles. Mais franchement, je pense que le timing n’est pas bon, ce n’est pas le bon moment de réintroduire ça. Il n’y a pas de risque sanitaire, mais on voit bien que le grand public est sensible aujourd’hui. On a rarement le temps d’expliquer la complexité de ce qu’est l’élevage en France aujourd’hui. Et du coup, c’est vite réduit à des polémiques et des anathèmes. Cela va encore faire naître des campagnes anti-viande", a estimé Jean-Baptiste Moreau.

"Les herbivores mangent de l’herbe, ils ne mangeront pas de protéines animales"

Pour Jean-Baptiste Moreau, le grand public gagnerait à comprendre ce que mangent différents animaux de la ferme. "Pourquoi on donne des protéines animales à des omnivores ? Parce qu’il y a un certain nombre d’acides aminés et de vitamines qui sont assimilables par des omnivores en consommant de la viande et qu’ils ne le sont pas lorsqu’ils consomment des protéines végétales. La différence entre un omnivore et un ruminant est qu’un ruminant a deux estomacs, ce qui lui permet de ruminer et mieux digérer les protéines végétales, ce qui n’est pas le cas de l’homme, du porc et de la volaille, qui sont des monogastriques, ils ont donc besoin de ces protéines animales et ils les absorbent beaucoup mieux que les protéines végétales.

Il faut expliquer que les herbivores mangent de l’herbe, ils ne mangeront pas de protéines animales. C’est évident, cela devait aller de soi, mais cela n’a pas été le cas jusqu’à aujourd’hui. Par contre, il faut rassurer par rapport au fait que les volailles, quand elles piochent dans la terre, ce n’est pas pour manger des cailloux, c’est pour manger des vers de terre. Les volailles sont donc omnivores, même si elles ne mangent pas d’autres animaux."

"Il faudra expliquer au consommateur qu’il ne pourra pas manger tous les jours de la volaille et du porc"

Les animaux, sont-ils mieux traités aujourd’hui ? "Depuis 20 ans il y a eu une réduction d’utilisation d’antibiotiques de 40%. Si l’homme avait fait de même, on ne parlerait pas de résistance aux antibiotiques comme on en parle aujourd’hui. Quant aux maltraitances infligées aux animaux, il existe certes des élevages où ça se passe mal, et cela reflète d’ailleurs le mal-être des éleveurs, car les éleveurs ne prennent pas plaisir à maltraiter leurs animaux.

Les normes pour les porcs et les volailles ont considérablement évolué en Europe et principalement en France. Et vous savez quels sont les résultats ? On importe 50% de la volaille consommée en France. Et elle vient d’Amérique du Sud, où elle est élevée dans des conditions catastrophiques. Je suis d’accord pour mettre des normes partout, parce qu’il faut les mettre partout et pas seulement en France. Mais il faudra expliquer au consommateur qu’il ne pourra pas manger tous les jours de la volaille et du porc, et certaines populations vont même devoir se priver de viande", a déclaré Jean-Baptiste Moreau.

 

Cliquez ici pour écouter "Les vraies voix" avec Jean-Marie Bordry
Toutes les fréquences de Sud Radio sont ici !