Alexandre Jardin : le Click&Collect en librairie n'apporte "même pas de quoi payer un loyer"

Alexandre Jardin, écrivain, était l’invité d’André Bercoff le 17 novembre 2020 sur Sud Radio dans son rendez-vous du 12h-13h, "Bercoff dans tous ses états".

Alexandre Jardin, écrivain, invité d’André Bercoff dans "Bercoff dans tous ses états” sur Sud Radio.

Alexandre Jardin, écrivain français, défend sur Sud Radio les libraires fermées. "Ce n’est pas possible" qu’elles soient fermées, déclare-t-il. Il raconte une anecdote d’une réunion qui a eu lieu jeudi 12 novembre 2020 où l’écrivain et voyageur français, Sylvain Tesson, a dit que dans les divers peuples qu’il a rencontrés, "lorsqu’il est question de définir ce qui est de première nécessité, on consulte les prêtres, on consulte les savants, on consulte les philosophes. En France, on a confié ça aux bureaucrates" et ces derniers ont déclaré que la lecture n’était pas de première nécessité, "comme si nous n’étions que des tubes digestifs".

La fermeture des librairies "ça choque l’ensemble des Français"

"Évidemment que ça choque l’ensemble des Français" la fermeture des libraires, alors que nos voisins belges, souligne Alexandre Jardin, "ont des librairies ouvertes". "Toute la profession est en train de faire des propositions" à la ministre de la Culture, Roselyne Bachelot, pour pouvoir rouvrir. "Que de pression pour quelque chose d’absolument élémentaire."
Pour l’écrivain, "le comble" a été lorsque certaines librairies ont déclaré qu’elles ne pouvaient pas fermer leurs portes au risque de mourir. Ce fut le cas à Cannes où une libraire a décidé de rester ouverte. "Et que s’est-il passé ? Il y a eu des descentes de la Police nationale, tout à coup le maire a piqué une colère, et puis progressivement la population a commencé à affluer là-bas et les descentes de flics se sont répétées."

"Les flics avaient honte"

Lundi 16 novembre 2020, la préfète des Alpes-Maritimes a menacé, selon Alexandre Jardin, cette libraire de fermeture administrative "et il y a une heure, la police est passée pour lui remettre le document pour exiger la fermeture administrative si elle rouvre".
Les écrivains ont donc décidé de se mobiliser pour les libraires : "s’ils reçoivent des PV, chacun à notre tour on paiera". Mardi 17 novembre 2020 à 18 heures, la libraire de Cannes a décidé de tenir une conférence de presse "pour nous dire si elle se couche face à l’ordre".
L’écrivain, très en colère, souligne que "les flics avaient honte ; ce sont des Français, ils ne sont pas rentrés dans la police pour faire ce genre de boulot".

"On est dans la folie"

Les petits commerces, et donc les librairies, sont fermés parce que susceptibles de devenir des clusters de contamination. "C’est n’importe quoi", juge Alexandre Jardin, "d’autant plus que ça s’est encore plus aggravé lorsque le gouvernement a interdit à la grande distribution de vendre des bouquins". "On est dans la folie."
Amazon, de son côté, peut continuer de vendre tout son catalogue, y compris les bouquins. "Tout d’un coup, c’est comme si le gouvernement de la France était devenu actionnaire d’Amazon."

"Le boulot de l’État est de soutenir les librairies et de soutenir la culture"

Son coup de gueule et sa mobilisation en faveur de la libraire de Cannes ont eu énormément de succès auprès des autres écrivains : "je n’ai même pas besoin de téléphoner : ils m’appellent et me disent ‘on paiera, s’il faut payer’". Amélie Nothomb, notamment, aurait appelé la libraire pour lui apporter son soutien.
"Le boulot de l’État est de soutenir les librairies et de soutenir la culture, pas d’envoyer les flics. On a l’impression d’être dans un monde parallèle."

"Le Click&Collect, c’est une catastrophe"

Si la libraire de Cannes a affiché au grand jour sa résistance, Alexandre Jardin confirme que d’autres libraires restent ouvertes malgré l’interdiction, mais ils le font "en lousedé". "Ils font croire qu’ils font du Click&Collect, et en fait, ils font rentrer les clients." Pour lui, "le Click&Collect, c’est une catastrophe, parce que ça ne procure qu’entre 10 % et 15 % du chiffre d’affaires d’une librairie", soit "même pas de quoi payer un loyer".

 

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