Abnousse Shalmani : "le métèque est un anticommunautariste de fait"

Abnousse Shalmani était l’invitée d’André Bercoff mardi 26 novembre 2019 sur Sud Radio dans son rendez-vous du 12h-13h, "Bercoff dans tous ses états".

Abnousse Shalmani invitée d’André Bercoff dans "Bercoff dans tous ses états” sur Sud Radio.

Abnousse Shalmani, écrivain et journaliste française, est l’invitée d’André Bercoff pour présenter son dernier livre, Éloge du métèque (Grasset). Arrivée en France à 8 ans, elle a voulu expliquer à ces lecteurs ce qu’était la figure du métèque, elle-même en étant un.

 

"Le métèque est une liberté qui flotte"

Abnousse Shalmani explique que lors de ses rencontres avec les lecteurs, on lui posait la question "est-ce que vous vous sentez davantage iranienne ou française ?" car elle est arrivée en France à 8 ans mais elle a "perdu l’écrit et le lire". "Quand on me présente comme une écrivain iranienne, c’est toujours assez amusant". Lorsqu’elle répondait "je suis un métèque", elle sentait "la surprise, l’étonnement". Elle s’est donc rendue compte qu’avec la figure du métèque "on a quand même encore un peu de mal".

Pour l’auteure, le métèque est "une liberté qui flotte parce que, justement, le métèque est un anticommunautariste de fait. Il est en rupture avec son pays d’origine qu’il a quitté, mais il est aussi en rupture avec sa communauté d’origine qui est inévitablement artificiellement reconstruite." Il a un "œil critique envers tout" et ne peut pas "tenir juste dans les limites de son pays d’adoption", du fait de tous les morceaux dont il est composé, "donc il le nourrit aussi".

"Le métèque habite nos musées, nos inconscients, nous habite". Il est tout simplement "celui qui n’habite pas là où il est né", précise Abnousse Shalmani, ce qui signifie aussi bien un changement de pays qu’un changement de région, par exemple, comme Colette qui "est une métèque".

"Je suis tombée amoureuse du français"

Son histoire personnelle a fait qu’elle est arrivée d’Iran à l’âge de 8 ans sans qu’elle ni ses parents ne connaissent un mot de français. Son père estimait déjà que "la littérature russe et la littérature française sont les deux littératures qui comptent" et elle a appris le français avec une version française des Misérables de Victor Hugo et le dictionnaire franco-persan, avant d’intégrer l’école.

Dès petite, elle disait "je veux être un écrivain français" et refuse d’ailleurs le terme d’écrivaine. "J’ai toujours pensé que dans ce monde des écrivains on n’avait pas de sexe".

Dans son livre, elle parle des métèques qui l’ont marquée : Martin Eden de Jack London, Salman Rushdie, le juif imaginaire d’Alain Finkielkraut ou encore Romain Gary. "À chaque fois que j’ouvrais un livre, j’étais affamée de retrouver des gens qui me ressemblent". "Ils ont une force consolatrice".


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