Si l’impact du conflit au Moyen-Orient reste pour l’instant modéré pour les consommateurs français, les perspectives à moyen terme laissent entrevoir une hausse progressive des factures dans un contexte de tensions durables sur les marchés énergétiques.
Une remontée des prix sur fond d’incertitudes
Depuis le déclenchement de la guerre au Moyen-Orient, les marchés de l’énergie sont en effet entrés dans une phase d’instabilité. Si le pétrole est en première ligne, le gaz naturel est lui aussi impacté par les tensions géopolitiques, notamment en raison des craintes sur l’approvisionnement mondial. Les tensions dans la région ont entraîné une hausse des prix de l’énergie sur les marchés internationaux. Le gaz, bien que moins directement exposé que le pétrole aux routes maritimes du Moyen-Orient, reste sensible aux anticipations des investisseurs.
"Pour fixer les ordres de grandeur dont on parle, avant le début de la guerre, les fournisseurs d'énergie achetaient le mégawattheure de gaz à peu près à 30 euros. Depuis le début de la guerre, ils l'achètent autour de 50 euros. Et avec les attaques [de la semaine dernière], ce prix est monté à 70 euros, et il a légèrement baissé depuis. Ça veut dire que le prix auquel les fournisseurs d'énergie achètent le gaz a doublé depuis le début de la guerre. Et donc, naturellement, ce prix va se répercuter sur les consommateurs", explique au micro de Sud Radio Maxime Detony, chef du service de comparaison des prix à Hello Watt.
Les craintes d’une perturbation des flux énergétiques mondiaux ou d’un élargissement du conflit contribuent à faire remonter les prix. Cette dynamique s’inscrit dans un contexte déjà marqué par une forte volatilité depuis la crise énergétique liée à la guerre en Ukraine. Il convient néanmoins de relativiser, estime notre expert. "Pour l'instant, c'est sans commune mesure avec les hausses des prix du gaz qu'on a connues en 2022, lors du début de la guerre en Ukraine, où les prix avaient atteint 90 euros, et il y avait même eu des pics à 300 euros. Donc, les prix sont encore inférieurs. Mais naturellement et inéluctablement, le prix du gaz pour le consommateur va augmenter", commente Maxime Detony à l'antenne de Sud Radio, dans la rubrique "C'est quoi le problème ?" avec Félix Mathieu.
Il faut bien avoir en tête que la totalité du gaz consommé en France est importé. "La France ne produit pas de gaz, contrairement à l'électricité, où elle est productrice. Elle importe son gaz. Avant la guerre en Ukraine, elle l'importait majoritairement de Russie, pour plus de 40% de de importé. Aujourd'hui, le gaz vient majoritairement des États-Unis, de Norvège, d'Algérie et du Moyen-Orient, avec du gaz naturel liquéfié du Qatar, qui représentait à peu près 20% des importations de gaz en France et en Europe, en ordre de grandeur", poursuit Maxime Detony.
Une protection partielle pour les consommateurs français
Le marché français du gaz a évolué ces dernières années, avec la fin des tarifs réglementés pour les particuliers et la mise en place de nouveaux mécanismes de référence. Malgré cela, la France reste relativement protégée à court terme grâce à plusieurs facteurs. Les fournisseurs disposent encore de stocks constitués à des prix antérieurs, et une partie des approvisionnements est sécurisée via des contrats de long terme.
De plus, les pouvoirs publics ont mis en place des dispositifs pour amortir les hausses trop brutales, notamment en ajustant certaines taxes ou en intervenant ponctuellement sur les tarifs. Cette situation permet pour l’instant de limiter l’impact immédiat sur les factures des ménages, même si une augmentation progressive est attendue.
Une hausse modérée mais probable
Les perspectives d’évolution des prix du gaz en France restent orientées à la hausse, mais de manière contenue. Les experts du secteur évoquent une augmentation qui ne serait pas spectaculaire, mais suffisamment significative pour peser sur le budget des ménages. "Tout dépend de la durée de la guerre et de la durée de cette hausse des prix. Chez Hello Watt on a fait les calculs : on estime que si les prix de marché se stabilisent au double par rapport au début de la guerre, ça devrait représenter une hausse d'à peu près 25% pour les consommateurs à terme. Soit, pour un ménage moyen, une maison, mettons de 4 personnes, une hausse de 260 euros par an, donc 20 euros par mois, ce qui reste une hausse significative", estime Maxime Detony au micro de Sud Radio.
Des effets indirects sur l’économie
Au-delà des factures de gaz, la hausse des prix de l’énergie peut avoir des répercussions plus larges sur l’économie. Elle contribue notamment à alimenter l’inflation, en augmentant les coûts de production et de transport. Confrontées à des charges énergétiques plus élevées, les entreprises peuvent être amenées à répercuter ces hausses sur les prix de vente, ce qui impacte le pouvoir d’achat des consommateurs. Dans ce contexte, le gaz joue un rôle clé, en particulier pour certains secteurs industriels fortement dépendants de cette énergie.
Il ne faut cependant pas s'attendre à une envolée du prix de l'électricité. En France, le recours au gaz pour la production d'électricité est marginale. "Pour à peu près 6%, pas plus que ça. Et c'est une différence assez forte par rapport à 2022 d'ailleurs. En 2022, les prix du gaz avaient entraîné dans leur sillage les prix de l'électricité, parce que les prix de l'électricité sont fixés d'une telle manière où c'est le moyen de production appelé 'le plus cher' qui fixe le prix. Aujourd'hui, c'est de plus en plus rarement le gaz qui 'fait' le prix de l'électricité. Notamment parce qu'on a des centrales nucléaires qui fonctionnent bien en France en 2026, ce qui était pas tout à fait le cas en 2022. Cela avait beaucoup contribué à la hausse des prix de l'électricité en 2022", explique Maxime Detony.
Retrouvez "C'est quoi le problème ?" avec Félix Mathieu.