Pierre Martinet : "La tombée de Kadhafi a déstabilisé toute la région"

Pierre Martinet, fondateur et directeur de Wincorp Security Defense, ancien cadre du service Action de la DGSE, ancien otage d’un groupe islamiste en Libye et auteur de "Pris en otage. Un agent du service Action raconte" (Éditions Mareuil), était l'invité de "Bercoff dans tous ses états".

Pierre Martinet
Pierre Martinet, invité d’André Bercoff dans "Bercoff dans tous ses états” sur Sud Radio.

Pour Pierre Martinet, "les Américains ont déstabilisé l’Irak, tandis que les Européens ont déstabilisé le Sahel".

 

Pierre Martinet : "On nous appelle encore mercenaires, ce qui n’est absolument pas le cas"

Pierre Martinet est à la tête d’une société de sécurité privée. Pourquoi cette porosité public-privé, et peut-on considérer ses collègues et lui comme mercenaires ? "Il y a cette interaction entre la défense et le privé, mais pas vraiment en France encore. C’est surtout dans les pays anglo-saxons et en Israël. C’est pour ça que beaucoup de Français préfèrent ouvrir une boîte à l’étranger ou travailler pour des structures étrangères, parce qu’en France on a encore beaucoup d’amalgames. On nous appelle encore mercenaires, ce qui n’est absolument pas le cas : on est enregistrés, on signe des contrats, la plupart du temps on fait des formations pour les militaires, la police ou la gendarmerie. C’est tout à fait conventionnel, tout à fait réglementé", a répondu Pierre Martinet.

Pierre Martinet a parlé de ce qu’il faisait en Libye. "Les deux personnes qui étaient avec moi ne savaient pas ce que je faisais officiellement (je faisais du renseignement). On avait loué une maison pour potentiellement recevoir des personnes clandestines pour potentiellement monter des opérations sur place. On montait des dossiers pour éliminer les islamistes, chefs de réseau ou des idéologues. On voulait monter une structure qui pourrait potentiellement faire la même chose pour notre client américain."

"Dans le privé on part seul, on n’est pas armé"

Qu’est-ce qui fait l’attrait de la guerre ? Et en quoi partir sur un théâtre de guerre avec une société de sécurité privée est-il différent ? "Au sein de l’armée c’est vraiment particulier, on est tous attirés par l’action, par l’adrénaline. Personne n’aime la guerre. Mais quand on tire sur des gens et quand on se fait tirer dessus, on retrouve cette montée d’adrénaline qu’on ne retrouve nulle part ailleurs. Cette quête de l’adrénaline nous suit toute notre vie. J’ai fait du parachutisme, des sports de combat… tous ces sports sont en parallèle avec nos vies de militaires. Quand on part en opération, on part en toute conscience : on est structurés, on est encadrés, on est armés surtout. Dans le privé c’est différent : on part après une réflexion, qui est assez courte. On part seul, on n’est pas armé, on part dans des pays en guerre et on ne sait pas comment on peut en sortir après s’il y a un problème", a expliqué Pierre Martinet.

La montée de l’islamisme en Libye et dans le Sahel, aurait-elle pu être évitée ? "Absolument, on aurait pu éviter tout ça. On a envoyé une note au quai d’Orsay et à l’Élysée, on a décrit précisément ce qui pourrait se passer si Kadhafi tombait, si Kadhafi restait, si Kadhafi se mettait en retrait… Les trois scénarios ont été écrits noir sur blanc, et c’est exactement ce qui s’est passé. Il fallait stopper la colonne de chars qui arrivait à Benghazi. Elle a été stoppée net par les avions de l’OTAN. Mais après, ça a été une énorme connerie. Ça a déstabilisé toute la région. On dit que les Américains ont déstabilisé l’Irak, tandis que les Européens ont déstabilisé le Sahel. Tout ce qui se passe au Sahel aujourd’hui, c’est de notre faute. Ce qui me gêne avec nos gouvernements, c’est le court-termisme qu’ils ont. Et ce qui me gêne encore plus, c’est cette politique de l’Autruche face au projet islamiste qui a débuté en 1928 avec les Frères musulmans. Je ne comprends pas qu’on ne veuille pas s’attaquer à l’idéologie, qu’on ne veuille pas criminaliser le salafisme, interdire les Frères musulmans…", a déclaré Pierre Martinet.

 

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