Pierre Conesa : "On est sur des méthodes de conflit qui sont extrêmement pesantes pour la Russie"

Pierre Conesa, ancien haut-fonctionnaire au ministère de la Défense, était l'invité de "Bercoff dans tous ses états" le 23 février 2023 sur Sud Radio.

Pierre Conesa
Pierre Conesa (en bas à gauche), invité d’André Bercoff dans "Bercoff dans tous ses états” sur Sud Radio.

Pierre Conesa est auteur du livre "Dr Saoud et Mr Djihad" (Éditions Robert Laffont).

 

Pierre Conesa : "Si nous sommes une force de bien, on ne peut pas être fondamentalement méchants"

Pierre Conesa dénonce la réticence des médias à dresser des parallèles entre la guerre en Irak et la guerre en Ukraine. "Par ma trajectoire professionnelle, je me suis penché principalement sur le processus décisionnel et la fabrication de l’opinion. Concernant la fabrication de l’opinion, justement, il y a un méchant et un gentil. J’étais sur un plateau télé et j’énonçais un argument ou simplement une comparaison en disant 'n’oubliez quand même pas qu’on a envahi l’Irak sur la base d’un mensonge', l’intervieweuse m’interrompait la parole ne me disant : 'mais ça, vous l’avez déjà dit, ce n’est pas ça, la question'. On veut bien faire passer Poutine devant la Cour pénale internationale mais pas George Bush. Vous voyez donc cette espèce de décalage, ce deux poids, deux mesures. Si nous sommes une force de bien, on ne peut pas être fondamentalement méchants. Regardez le rôle des psys après le 11 septembre 2001. Beaucoup d’Américains se demandaient : 'pourquoi pas nous ?'. Et sur les plateaux télé, les psys répondaient : 'non, vous êtes normaux, c’est l’autre qui est fou'. Aujourd’hui, sur les plateaux télé, on diagnostique Poutine. Alors que Freud s’est toujours opposé à diagnostiquer un individu qu’on n’a pas vu. Si on vous dit que les Russes ont été envahis quatre fois dans leur histoire, vous répondez : 'non, non, vous voyez, ils sont fondamentalement agressifs'.

 


Ce qui m’intéresse, c’est comment on va trouver la ligne diplomatique pour sortir de ce conflit. La différence, c’est que quand vous êtes dans un pays démocratique, pour déclencher une guerre, il faut que la guerre soit démocratique. Il faut que les gens vous convainquent que c’est véritablement indispensable. En dictature, c’est pas grave : le dictateur se lève le matin et enclenche une guerre."

"Quand on envahit pour défendre son territoire, on a plus de ténacité que l’envahisseur"

"Si l’on regarde le nombre de morts civils des deux côtés, quand vous êtes en Irak, il y a eu 100.000 morts de civils causés principalement par les bombardements et 5.000 morts de soldats américains. En Ukraine, on est à peu près 100.000 et 100.000. On est sur des méthodes de conflit qui sont extrêmement pesantes pour la Russie, beaucoup plus que ne l’était la guerre d’Irak pour les États-Unis.

De manière générale, dans une guerre, il y a l’envahisseur et l’envahi. Quand on envahit pour défendre son territoire, on a plus de ténacité que l’envahisseur. A fortiori quand l’envahisseur vient d’un pays où il y a 11 fuseaux horaires… quand votre fils part pour aller se battre en Ukraine dans quelque chose qu’on ne comprend pas très bien, je ne suis pas sûr que le moral de l’armée russe soit si important. Ensuite, au moment de la guerre d’Afghanistan, on s’est rendus compte que l’Armée rouge n’était pas ce rouleau compresseur qu’on imaginait : il y avait des problèmes de logistique, d’approvisionnement. Et au bout de quelques années, ils ne sortaient plus de leurs campements", a estimé Pierre Conesa.

Pierre Conesa soutient d’ailleurs l’approche retenue par Emmanuel Macron. "Je pense que le discours de Macron est juste : nous soutiendrons l’Ukraine pour qu’elle ne perde pas cette guerre. Il veut faire comprendre à Poutine qu’il ne gagnera pas cette guerre. Je pense qu’il faut armer les Ukrainiens dans une proportion qui ne leur permette pas de perdre la guerre. Et puis, engager la voie diplomatique."


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Retrouvez “Le face à face” d’André Bercoff chaque jour à 12h30 dans "Bercoff dans tous ses états" Sud Radio.


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