La victime, qui affirme avoir vécu sept années d’emprise et de violences extrêmes, a refusé le huis clos afin que son histoire soit entendue publiquement. Une décision qui rappelle l’affaire des viols de Mazan et relance le débat sur les violences sexuelles conjugales.
"Il l'a absolument asservie et en a fait sa chose, on ne peut pas le dire autrement"
Le procès de Guillaume B. s’est ouvert dans une atmosphère particulièrement lourde devant la cour d’assises des Alpes-de-Haute-Provence, à Digne-les-Bains. L’ancien directeur d'agence bancaire de 51 ans est accusé d’avoir soumis son ex-compagne, Laëtitia R., à des années de violences physiques, sexuelles et psychologiques entre 2015 et 2022. Il encourt la réclusion criminelle à perpétuité. Selon l’accusation, la quadragénaire aurait été progressivement placée sous emprise. Les enquêteurs évoquent un contrôle permanent de sa vie quotidienne, des humiliations répétées et des relations sexuelles imposées avec de nombreux hommes. Guillaume B. est également poursuivi pour proxénétisme aggravé.
"Jour après jour, c'est les mécanismes, les processus qui ont été mis en place par cet homme, dans un premier temps pour l'attirer, puis pour l'enfermer, et puis ensuite l'empêcher absolument d'avoir un libre arbitre et de pouvoir reprendre sa liberté. Cela passe par des techniques de manipulation, mais ça passe aussi par de la contrainte, par de la violence, par des menaces. C'est tout un ensemble de choses, jour après jour, année après année, qui fait qu'il l'a absolument asservie et qu'il en a fait sa chose, on ne peut pas le dire autrement. Elle était incapable d'échapper à cette emprise", raconte au micro de Sud Radio Philippe-Henry Honegger, avocat de Laetitia.
"La peur et la honte doivent changer de camp"
À l’audience, l’accusé continue pourtant de défendre la thèse d’une relation consentie, décrite comme sadomasochiste. Une ligne de défense contestée par les avocats de la victime et par plusieurs témoignages entendus au procès. Les enquêteurs affirment disposer de nombreux éléments matériels : photographies, vidéos, messages et enregistrements téléphoniques.
Le choix de Laëtitia R. de refuser le huis clos marque fortement cette affaire. Comme Gisèle Pelicot avant elle dans l’affaire des viols de Mazan, la victime souhaite exposer publiquement ce qu’elle décrit comme un système de domination et de destruction psychologique. "La peur et la honte doivent changer de camp", a rappelé son avocat avant l’ouverture des débats.
Le procès a également été marqué par le témoignage du fils de l’accusé, qui a évoqué l’emprise exercée par son père sur l’ensemble de la famille. Plusieurs associations féministes se sont rassemblées devant le palais de justice pour soutenir la plaignante et dénoncer les violences conjugales extrêmes.
Cette affaire suscite une vive émotion en France en raison de la gravité des accusations, mais aussi parce qu’elle interroge les mécanismes de l’emprise et les difficultés pour les victimes de dénoncer des violences installées dans la durée. Le verdict est attendu à l’issue d’une semaine d’audience particulièrement éprouvante.
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