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Violences sexuelles : les femmes restent confrontées à "une remise en cause de leur parole", selon une sociologue

Neuf ans après la vague #metoo, les femmes victimes de violences sexuelles restent confrontées à "une remise en cause de leur parole", estime auprès de l'AFP Alice Debauche, maîtresse de conférences à l'université de Strasbourg et chercheuse associée à l'Institut national d'études démographiques (Ined).

BERTRAND GUAY - AFP/Archives

Neuf ans après la vague #metoo, les femmes victimes de violences sexuelles restent confrontées à "une remise en cause de leur parole", estime auprès de l'AFP Alice Debauche, maîtresse de conférences à l'université de Strasbourg et chercheuse associée à l'Institut national d'études démographiques (Ined).

S'il y a eu des avancées dans la prise en compte judiciaire de leur parole, les discours la discréditant n'ont eux pas changé, ajoute la sociologue à l'heure où Patrick Bruel est accusé de viols et d'agressions sexuelles par plusieurs femmes, dont l'animatrice télé Flavie Flament - des faits que le chanteur conteste.

La parole des femmes est-elle entendue en France?

"Il faut distinguer la prise en compte judiciaire de la parole des femmes victimes de violences sexuelles et sa prise en compte dans les autres espaces, notamment sur les réseaux sociaux.

L'acteur et chanteur Patrick Bruel à Paris, le 10 décembre 2024

L'acteur et chanteur Patrick Bruel à Paris, le 10 décembre 2024

STEPHANE DE SAKUTIN - AFP/Archives

Dans l'affaire Patrick Bruel, on a vu à la suite de la prise de parole de Flavie Flament que des instructions ont été rouvertes. Mais si on se focalise sur les réactions produites face aux prises de parole médiatiques sur les réseaux sociaux notamment, on observe de façon récurrente un déni de la réalité de ces violences et une remise en cause de la parole des victimes.

Il y a l'idée derrière que les femmes pourraient mentir quand elles mettent en cause des hommes. On entend un ensemble de discours qui critiquent les attitudes de ces femmes, en disant par exemple qu'elles n'avaient qu'à pas se rendre chez tel ou tel agresseur, ou qu'elles auraient dû faire plus attention.

Ces deux mécanismes qui sont anciens, classiques, quasiment systématiques, visent à deux choses : minimiser la réalité des violences sexuelles et minimiser la responsabilité des hommes agresseurs."

#Metoo avait permis des avancées, assiste-t-on à un backlash?

"Depuis #metoo, se pose la question d'un éventuel retour en arrière. Mais si on ouvre la focale, on observe bien avant 2017 un mouvement assez régulier de moments où les femmes prennent la parole. Dans les années 1970, les mobilisations féministes contre les violences sexuelles ont créé un espace d'ouverture, des débats médiatiques mais aussi des évolutions de politiques publiques, avec en 1980 l'adoption de la loi qui reconnaît le viol comme un crime.

Une pancarte "le viol est un crime" lors d'une manifestation à Versailles, le 24 septembre 2020

Christophe ARCHAMBAULT - AFP/Archives

Plus récemment le mouvement #metoo a aussi créé un espace d'opportunité à la fois pour que des femmes victimes puissent prendre la parole, mais également pour qu'il y ait des débats et des mesures pour améliorer la prise en charge des femmes victimes et la réception de leurs paroles.

Mais l'observation sur le temps long montre que ces mouvements d'ouverture sont systématiquement suivis d'une période pendant laquelle les mêmes discours critiques de remise en cause et de déni vont réémerger et reprendre le dessus.

Au moment de #metoo, sur les réseaux sociaux, on disait exactement les mêmes choses que ce qu'on a pu lire ces derniers jours sur la responsabilité des femmes, sur le fait qu'elles auraient dû porter plainte plus tôt, que si c'était vrai, elles n'avaient qu'à porter plainte, que c'était pour nuire à un certain nombre d'hommes...."

Quels leviers permettraient de changer la donne ?

Derrière ces discours, on peut entrevoir une représentation classique selon laquelle la sexualité masculine est liée à des pulsions, à des instincts, et que finalement des hommes puissants, médiatiques, importants, n'auraient pas besoin de recourir aux violences pour avoir accès à la sexualité. Cette représentation des violences invisibilise la dimension de domination et de violence pour n'en faire qu'une question de sexualité.

Pour faire évoluer ces représentations, c'est exclusivement sur du temps long et par des prises de parole, par une éducation précoce à l'égalité et par l'éducation à la vie affective et sexuelle.

La prise de parole publique des victimes de violences sexuelles reste essentielle, elle permet de montrer aux femmes qu'elles ne sont pas seules et qu'elles ne sont pas responsables de ce qui leur est arrivé."

Par Marine PENNETIER / Paris (France) (AFP) / © 2026 AFP

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