Daniel Siad, 69 ans, recruteur de mannequins longtemps soupçonné d’avoir servi de rabatteur au pédocriminel américain Jeffrey Epstein, a été retrouvé mort lundi soir dans son appartement de Colombes (Hauts‑de‑Seine). Selon les premières constatations rapportées par le parquet de Nanterre, l’homme aurait succombé à un arrêt cardiaque. Une enquête en recherche des causes de la mort a été ouverte.
Une carrière dans le monde du mannequinat
Né en Algérie en 1957, immigré en Suède dans les années 1980, Daniel Amar Siad s’est construit une carrière dans l’univers du mannequinat, d’abord comme photographe puis comme « scout » pour plusieurs agences, dont What’s Up Management. Il se présentait comme un Berbère juif, installé entre Stockholm, Paris et Barcelone.
Son parcours ne se limitait pas au milieu de la mode : entre 2017 et 2020, il avait été nommé représentant diplomatique du Mouvement pour l’autodétermination de la Kabylie (MAK) au Moyen‑Orient.
Son nom mentionné plus de 2000 fois dans les “Epstein Files”
La publication des documents déclassifiés du département de la Justice américain, début 2026, a fait apparaître le nom de Daniel Siad plus de 2 000 fois. Ces fichiers le décrivent comme un recruteur clé du réseau Epstein en Europe, chargé d’identifier de jeunes femmes — souvent très jeunes — et de transmettre leurs profils, photos ou vidéos au financier américain.
Les échanges entre Siad et Epstein, révélés notamment par The Guardian, montrent une relation suivie avec des repérages dans l’Est de l’Europe, en Scandinavie, en Afrique du Sud, à Cuba, des descriptions explicites de jeunes filles parfois âgées de 15 à 17 ans, l'organisation de rendez‑vous, des envois de photos, une coordination logistique ou encore des remboursements de frais par Epstein. Jean‑Luc Brunel, autre agent de mannequins au cœur du scandale, avait lui‑même désigné Siad aux enquêteurs comme un « recruteur de filles pour Epstein ».
Des accusations multiples en France
Depuis le début de l’année 2026, cinq femmes avaient porté plainte contre Daniel Siad, dont trois pour viol. Les faits allégués s’étendaient sur trois décennies, de 1990 à 2020, et concernaient des mannequins françaises, suédoises ou allemandes. Parmi elles : Ebba Karlsson, ex‑mannequin suédoise, qui l’accusait d’un viol dans une villa de Cannes en 1990 et une mannequin allemande disparue depuis 2015, identifiée sous le pseudonyme « Michele », qui aurait été présentée à Epstein après un contact avec Siad.
L’Office central pour la répression de la traite des êtres humains (OCRTEH) avait ouvert deux enquêtes‑cadres en février : l’une sur les infractions sexuelles, l’autre sur les aspects financiers du réseau Epstein en France. Siad niait catégoriquement les accusations. En mai, sur RTL, il affirmait n’avoir présenté « qu’une dizaine ou quinzaine » de jeunes femmes à Epstein en quinze ans, dans un cadre « strictement professionnel ». Il disait avoir été « utilisé » par Epstein et ignoré sa dangerosité.
Mort subitement comme Epstein et Brunel
La mort de Daniel Siad intervient alors que plusieurs protagonistes du réseau Epstein ont eux aussi disparu ces dernières années : Jeffrey Epstein, retrouvé mort en prison en 2019 et Jean‑Luc Brunel, mort en détention en 2022.
Pour les plaignantes, la disparition de Siad éteint l’action pénale mais laisse intacte la nécessité de faire la lumière sur le rôle exact de ce recruteur dans l’un des plus vastes réseaux pédocriminels transnationaux mis au jour ces dernières décennies.