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Qui est Alain Soral, l'idéologue d'extrême droite qui aurait fasciné Jordan Bardella ?

PORTRAIT SUD RADIO - Selon Mediapart, Jordan Bardella se serait politisé à 17 ans en regardant les vidéos d'Alain Soral, essayiste d'extrême droite multicondamné pour propos racistes et antisémites. Communiste, puis frontiste, fondateur d'Égalité et Réconciliation, proche de Dieudonné : portrait d'une figure clé de la radicalité en ligne, dont le nom resurgit dans le débat public.

Alain Soral
Alain Soral

Depuis 24 heures, Jordan Bardella est au cœur de la polémique après des révélations de Mediapart qui l'accuse d'avoir tenu des propos antisémites et d'avoir exprimé une fascination pour l'essayiste d'extrême droite multicondamné, Alain Soral, au début des années 2010.

Selon l'enquête du média en ligne qui s'appuie sur des témoignages et la consultation d'anciens messages privés datant de septembre 2013, le président du Rassemblement national (RN) - alors âgé de 17-18 ans - se serait fortement politisé en visionnant les vidéos d'Alain Soral et en lisant ses ouvrages. Un ancien conseiller affirme notamment que « Jordan a regardé des kilomètres de vidéos de Soral ». Dans les échanges révélés, le futur leader du RN aurait notamment écrit que « les analyses (de Soral) sont justes car tout se vérifie dans les faits ».

Mais qui est vraiment Alain Soral, ce personnage sulfureux, figure de la haine décomplexée, proche de Dieudonné et condamné à de multiples reprises pour propos racistes et antisémites ?

Adhérent du Front national et proche de Jean-Marie Le Pen

Écrivain à succès dans les années 1990, il fait d'abord carrière dans la publicité et l'édition. Son goût de la formule et de la polémique font de lui un invité recherché, à l'aisance oratoire notable avec ses punchlines cash et parfois assassines.

Mais c'est son parcours politique qui va lui conférer une image déroutante et faire de lui l'un des principaux idéologues de l'extrême droite radicale française. Après avoir adhéré au Parti communiste au début des années 1990, il rejoint le Front national en 2007 et siège même à son comité central aux côtés de Jean-Marie Le Pen, dont il est un temps proche. Avant de s'en éloigner en 2009.

Cette trajectoire nourrit sa doctrine, qu'il résume par la formule « gauche du travail, droite des valeurs » : un mélange de critique du capitalisme, de nationalisme, de conservatisme moral et de rejet de la « mondialisation ».

A l'origine du geste de la quenelle

En 2007, il fonde l'association Égalité et Réconciliation (E&R) qui devient une véritable machine de propagande : site internet très fréquenté, librairie en ligne, maison d'édition (Kontre Kulture), conférences, vidéos sur les réseaux. Ses vidéos, souvent longues et déclamatoires, ont été vues par des centaines de milliers de personnes, en particulier des jeunes attirés par son ton de « rebelle » qui dénonce « le système ».

Il se rapproche aussi de l'humoriste Dieudonné, avec lequel il participe à la liste dite « antisioniste » aux européennes de 2009. Les deux hommes popularisent notamment le geste de la « quenelle », que la justice et de nombreux observateurs ont interprété comme un salut antisémite.

L'antisémitisme comme grille de lecture

C'est là que réside le cœur du problème. Sous couvert d'antisionisme et de critique de la finance, Alain Soral déploie une vision du monde structurée par la théorie d'un complot juif, désignant une prétendue emprise sur les médias, la banque et la politique. Cette rhétorique, qui renoue avec l'antisémitisme le plus classique, a été maintes fois dénoncée par les associations antiracistes et par les historiens du fait extrémiste.

La justice française l'a condamné à plusieurs reprises, notamment pour injure raciale, provocation à la haine, diffamation et contestation de crimes contre l'humanité. Ces condamnations ne l'ont pas fait taire. Installé depuis plusieurs années en Suisse, il continue de diffuser ses contenus en ligne, régulièrement exclu des grandes plateformes, mais reconstituant son audience sur des canaux alternatifs.

Alain Soral est moins un homme politique qu'un « passeur » : il a servi de porte d'entrée idéologique à une partie d'une génération qui s'est politisée sur Internet, à la fin des années 2000 et au début des années 2010, en dehors des partis traditionnels. Son influence, difficile à mesurer précisément, tient à la force d'une offre à la fois radicale, accessible et gratuite, là où les organisations politiques classiques paraissent lointaines aux yeux de certains jeunes.

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