Soyez libre avec vous Françoise Degois. Ce qui s'annonce le 12 janvier est certainement aussi grave pour l'Europe que la capture de Maduro. Expliquez-nous.
« Oui, retenez bien la date, le 12 janvier. Et retenez bien ce pays, le Paraguay. Pourquoi ? Car c'est bien lundi prochain, au Paraguay que l'Union Européenne parafera le traité du Mercosur. Une signature repoussée in extremis le 19 décembre dernier par Emmanuel Macron qui avait mis tout le poids de la France, première puissance agricole européenne dans la balance, alliée à Giorgia Meloni pour repousser ce parafe en pleine crise de la dermatose nodulaire contagieuse.
Il y avait le feu dans les campagnes françaises. Il y avait aussi le feu littéralement devant la Commission Européenne à Bruxelles. La signature avait donc été repoussée in extremis, mais repoussée pour mieux sauter ? À l'évidence oui, si on en croit la multiplication des initiatives du gouvernement français depuis 48 heures qui ressemble furieusement à une sorte d'airbag que l'on sortirait avant la collision.
"Une opération de calinothérapie"
C'est d'abord Annie Genevard, la ministre de l'Agriculture, qui a annoncé hier l'interdiction d'entrer sur notre territoire des denrées alimentaires, contenant des résidus de substances interdites en Europe.Melons, pommes, abricots, cerises, fraises, raisins, pommes de terre ne seront plus commercialisés en France s'ils présentent la moindre trace de résidus. Ça, c'est la ministre de l'Agriculture.
Et dans la foulée hier soir, c'est le premier ministre en personne, Sébastien Lecornu, qui s'est fendu d'une lettre aux agriculteurs. Une sorte d'explication de texte plus général qui évoque notre souveraineté alimentaire. Et cette promesse, dit-il, « je ne vous demande pas de croire à des mots, je vous demande de croire à des actes ». Ça ressemble furieusement à une opération de calinothérapie. »
🗣️ @francoisedegois : "Les offensives de Genevard et Lecornu montrent que la France a déjà jeté l'éponge sur le #Mercosur… Si c'est le cas, c'est un avis de tempête que l'on peut annoncer !" #GrandMatin
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"Une concurrence parfaitement déloyale"
Sauf que c'est un peu à côté de la plaque, non ?
« Ça s'appelle l'anticipation et la mauvaise anticipation, parce que c'est très bien d'évoquer les fruits et légumes, mais le Mercosur ne porte essentiellement pas là-dessus. Il porte sur la viande et la menace directe sur l'élevage français déjà éprouvé par la dermatose nodulaire.
La lettre de Sébastien Lecornu, aussi bien tournée soit-elle, ne donne, elle non plus, aucune solution, aucune réponse à ce que va engendrer la signature de ce traité. Ça ressemble plus à une opération « sauf qui peut » qu'à une boîte à outils suffisante pour lutter contre une concurrence aujourd'hui, par certains aspects, parfaitement déloyale et faussée. »
"Macron a encore perdu des plumes sur la scène internationale"
Que peut-il alors se passer ?
« Écoutez, les esprits optimistes peuvent se dire qu'il reste cinq jours utiles pour tenter de dégager à nouveau une minorité de blocage. C'est ce que va tenter de faire Emmanuel Macron, mais la tâche s'annonce encore plus difficile. Pourquoi ? Parce qu'en ce début d'année, le président de la République a encore perdu des plumes sur la scène internationale.
Sa déclaration et sa non-condamnation du coup de force militaire de Trump au Venezuela s'expliquent aussi parce qu'il a voulu préserver le dossier ukrainien. En gros, j’échange Zelensky contre Maduro, mais cette volonté d'apaiser les relations avec Trump pour en faire un allié sur l'Ukraine est sévèrement critiquée. Pas seulement par ses opposants. Et puis deux personnalités dament désormais le pion à Macron en ce début d'année.
"Un avis de tempête politique"
Pedro Sanchez, le socialiste dont le minaracle économique espagnol est salué par la presse internationale. Et qui est d'ailleurs l'un des rares à avoir critiqué frontalement Trump sur l'opération Caracas. Et Giorgia Meloni, regardez cette revanche des pays du Sud. L'Espagne et l'Italie à la tête de l'Italie qui vient de passer devant le Japon et devient le quatrième exportateur mondial derrière la Chine, les Etats-Unis et l'Allemagne.
La France, elle, pointe au septième rang. C'est donc, en fait, une France et un président en berne qui vont tenter de renverser la table dans les sept jours qui viennent. Sans grand espoir. Et les offensives de Annie Genevard et Sébastien Lecornu laissent même penser que la France a déjà jeté l'éponge sur le Mercosur. Si c'est le cas, c'est un avis de tempête politique que l'on peut annoncer d'ores et déjà ce matin. »
Retrouvez Soyez Libre dans le Grand Matin Sud Radio au micro de Patrick Roger.