"Je dédie cette humeur du jour à Jean-François Kahn, dont nous commémorons aujourd’hui le premier anniversaire de la mort. Cet hommage est personnel. J’ai travaillé plus de trente ans à ses côtés, à L’Événement du jeudi puis à Marianne. Celui qui fut mon maître et dont je fus l’ami n’est pas étranger à ma présence sur cette antenne, Sud Radio, la radio du parlons vrai.
Pour Jean-François Kahn, le parlons vrai n’était pas un concept marketing, encore moins une posture. C’était la seule manière concevable d’exercer le métier de journaliste. Tout ce qui s’écarte de l’exigence de l’information honnête et assumée relevait, à ses yeux, de l’artifice.
Un journaliste parle toujours de quelque part. La prétendue neutralité n’est souvent qu’une idéologie qui ne dit pas son nom. Soit le journaliste assume son point de vue, et le débat est possible, fécond, contradictoire. Soit il s’en défausse, par prudence, par conformisme ou par crainte — parfois sous l’œil vigilant du propriétaire du média".
"Jean-François Kahn fut le premier à populariser l’expression de pensée unique "
"Jean-François Kahn fut le premier à populariser l’expression de pensée unique dans ses éditoriaux. Une pensée qui contourne le réel au nom d’une vérité officielle, et qui disqualifie toute parole dissidente.
L’exemple le plus frappant reste le référendum sur le traité constitutionnel européen de mai 2005. À l’époque, la quasi-totalité des médias, des éditorialistes et des commentateurs plaidèrent pour le oui, expliquant qu’il ne pouvait en être autrement. Le non était présenté comme une régression, une honte nationale, presque un retour à l’âge de pierre".
🕊️Un an après la mort de Jean-François Kahn
— Sud Radio (@SudRadio) January 22, 2026
🎙️L'hommage de @perikolegasse : "Il fut mon maître. Le parlons vrai était sa raison d'être. Il fut le premier à parler de pensée unique"
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"Jean-François Kahn était favorable au oui. Mais il était indigné par l’absence de débat et par les anathèmes jetés sur les partisans du non. Il ouvrit alors largement les pages de Marianne afin que toutes les positions puissent s’exprimer.
On connaît la suite : la victoire du non à près de 55 %. Et la réaction violente d’une pensée unique enfin démasquée, insultant ces Français devenus soudain racistes, xénophobes, frileux, repliés sur eux-mêmes — des « Gaulois réfractaires » avant l’heure.
Avec le recul, peu avant sa mort, Jean-François Kahn me confiait que s’il avait mesuré l’ampleur des dérives européennes qui suivraient, il aurait non seulement appelé à voter non en 2005, mais sans doute aussi lors du référendum de Maastricht en 1992".
"Ses valeurs et ses principes sont aussi ceux de Sud Radio"
"La plus grande fierté de Jean-François Kahn était de reconnaître publiquement ses erreurs lorsqu’il se trompait — ce qui lui arrivait, comme à tout esprit libre. Il savait aussi défendre ceux que l’on avait d’abord flattés, puis abandonnés, avant de les livrer à la vindicte. Une pratique qui, hélas, reste d’actualité.
Il recevait et écoutait tout le monde, à une seule condition : qu’il n’y ait ni dénigrement ni disqualification morale de l’adversaire. Il avait même créé une rubrique emblématique, Il ne pense pas comme nous, offrant un espace d’expression à ceux qui contredisaient la ligne du journal.
Ses valeurs et ses principes sont aussi ceux de Sud Radio. Et c’est sans doute sur cette antenne, avec toutes les nuances nécessaires, que la pensée de Jean-François Kahn continue de vivre le plus intensément."