Pourquoi avoir souhaité prendre la parole ?
Ce qui m'a poussé, c'est qu'on est dans une société assez pluraliste, une démocratie et c'est dommage qu'on ne puisse pas être informé sur la réalité des migrants et qu'après, chacun puisse faire son opinion par rapport à cette réalité-là. Donc je trouvais dommage vraiment que ce soit déprogrammé. Et puis, comme chrétien et en tant qu'évêque, nous avons aussi à dire quelque chose puisque au nom de l'évangile, le Christ a demandé à ce qu'on s'occupe des pauvres, des migrants, des réfugiés. J'ai trouvé que c'était important aussi de dire qu'il y a la loi des hommes, la loi de Dieu et pour nous, la loi de Dieu est supérieure à celles des hommes. La loi des chrétiens, c'est donc de pouvoir justement s'informer sur ces gens qui sont déracinés, qui n'ont pas eu envie de venir ici et qui ont été poussés par la misère.
"Il faut laisser la parole libre pour que l'on puisse s'informer pour ensuite décider ce qu'on doit faire"
Cette polémique a-t-elle créé un trouble auprès de vos paroissiens ?
Oui, ça a créé un trouble. Parmi les paroissiens et les chrétiens, c'est tout l'éventail politique qui est représenté et c'est ça d'ailleurs qui fait la grandeur de l'église, tous nous rassembler. Maintenant, des chrétiens m'ont dit : ''Au nom de l'évangile, on peut pas laisser passer ça !''. Il faut laisser la parole libre pour que l'on puisse s'informer pour ensuite décider ce qu'on doit faire.
"Quand on a un être humain en face de soi qui a faim, qui a soif, c'est notre rôle de chrétiens"
Selon, il aurait fallu ouvrir la discussion plutôt que de l'interdire sur le champ ?
Oui, une pièce de théâtre comme ça permet d'ouvrir la discussion parce que c'est un itinéraire concret. Oui, il faut une immigration contrôlée. Oui, il faut que les gens puissent rester chez eux. Le Pape a d'ailleurs longuement développé ça en Espagne en disant qu'il faut avoir un droit aussi à rester chez soi. Mais les gens qui viennent sont des êtres humains. Même s'il y a l'aspect politique, quand on a un être humain en face de soi qui a faim, qui a soif, c'est notre rôle de chrétiens. De pouvoir donner à manger, donner à boire et puis protéger.

Cette prise de parole s'adresse-t-elle aussi directement au maire de Castres ?
J'aimerais surtout qu'un maire qui représente toute une population ne fasse pas d'idéologie mais qu'il puisse vraiment être soucieux des hommes et des femmes. Ce n'est pas parce qu'il est au Rassemblement National ou qu'un autre serait à LFI et interdirait des choses aux juifs, qu'il faut faire de l'idéologie. On a affaire à des êtres humains, on a des êtres humains en face de soi.
"J'aimerais qu'un maire qui représente toute une population ne fasse pas d'idéologie mais qu'il puisse vraiment être soucieux des hommes et des femmes"
Etes-vous conscient de la portée et de la force de votre paraole ?
Oui bien sûr, mais moi je suis devant Dieu. J'ai aussi une responsabilité. Et puis, je représente les chrétiens qui essayent eux-mêmes de vivre quelque chose. Dans le Tarn actuellement, il y a beaucoup de chrétiens qui sont très engagés dans les paroisses pour l'accueil de migrants mais aussi au secours catholique ou à Saint-Vincent-Paul. Pas uniquement des migrants mais tous les gens qui sont pauvres, qui sont en marge de la société donc moi c'est mon rôle en fait de pouvoir comme successeur des apôtres du Christ, de pouvoir dire : ''eh bien voilà il faut absolument qu'on fasse pas sur le dos, vous comprenez pas ces gens-là, tous ces pauvres comme des bouc émissaires''.
"On est vraiment dans une société qui marche à l'envers"
La polémique actuelle autour de cette pièce de théâtre vous heurte-t-elle ?
Oui, ça me heurte. J'ai eu l'occasion de voir un migrant qui m'a raconté qu'il venait du Soudan. Jeune de 20 ans, il passe deux ans au Libye, il est réduit en esclavage avec son petit frère. A partir de là, il demande son solde. Celui qui l'a mis en esclavage prend un revolver et tue le petit frère devant lui en disant : ''maintenant, tu as assez pour partir''. Il se fait avoir par des passeurs. Il est exploité. Il traverse le Méditerranée. La moitié des gens du bateau se noient parce qu'il y avait un cadavre. Ils voulaient le jeter à l'eau... On est vraiment dans une société qui marche à l'envers. On devrait pouvoir rétablir les choses. Ces gens-là ne sont pas des chiens, ce sont des êtres humains.
"On cherche des boucs émissaires"
Pourquoi ce débat ne fait-il pas consensus ?
On n'y arrive pas parce qu'on cherche des boucs émissaires. Toujours. Le débat devrait être apaisé, il devrait même avoir une unité nationale même si la France ne peut pas accueillir la misère du monde. Mais ça devrait être un consensus. Cette question devrait être au-dessus de la politique. A un moment donné, on est des êtres humains et on est dans un monde globalisé qui fait que des gens sont obligés de partir. C'est une catastrophe et donc les chrétiens sont mis en demeure d'affronter cette question.