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Gisèle Pelicot: "Je m'autorise à être heureuse"

"Se reconstruire sur un champ de ruines" : Gisèle Pelicot témoigne de sa volonté de retrouver une vie calme et heureuse dans un entretien à l'AFP à l'occasion de la publication le 17 février de ses mémoires, "Et la joie de vivre" (Flammarion), dans 22 langues.

Joel Saget - AFP

"Se reconstruire sur un champ de ruines" : Gisèle Pelicot témoigne de sa volonté de retrouver une vie calme et heureuse dans un entretien à l'AFP à l'occasion de la publication le 17 février de ses mémoires, "Et la joie de vivre" (Flammarion), dans 22 langues.

Cette figure du combat contre les violences sexuelles après un procès historique contre ses violeurs, parmi lesquels son ex-mari, veut délivrer un message d'espoir, se disant "tournée vers l'avenir".

Question : Le titre de votre livre est "Et la joie de vivre". L'avez-vous retrouvée?

Réponse : "Je vais mieux. Après le procès, j'ai fait un état des lieux de ma vie et j'essaie aujourd'hui de me reconstruire sur ce champ de ruines. Malgré toutes ces épreuves, même dans les périodes les plus sombres, j'ai toujours cherché des éclairs de joie, je suis tournée vers l'avenir, vers la joie. Je sais que cela peut surprendre certains qui s'attendent à me voir en lambeaux, mais je tiens à rester debout et digne."

Certains vous qualifient d'icône. Assumez-vous ce statut?

"Je n'utilise pas ce mot. Je pense que mon histoire est devenue un symbole. Je sais d'où je viens et qui je suis. Il me semble qu'on ne soupçonne pas les ressources qu'on a en nous avant d'avoir eu à les mobiliser, et c'est cela aussi que j'aimerais dire aux victimes."

Pourquoi avez-vous écrit ce livre?

"J'avais besoin de témoigner de mon parcours de vie, de m'adresser à tous ceux et celles qui m'ont soutenue, c'était une manière de leur répondre. Écrire ce livre avec Judith Perrignon, en qui j'avais toute confiance, a été à la fois douloureux et passionnant.

Outre l'affaire, il retrace mon existence, le parcours de trois générations de femmes: ma grand-mère, ma mère et moi. Leur exemple explique ma force parce que j'ai connu des drames très jeune. Quand on perd sa maman à 9 ans, on grandit plus vite que les autres."

Avez-vous été aidée par des psychologues?

"Bien sûr, je ne pouvais pas m'en sortir toute seule. Comment faire le tri dans 50 ans de souvenirs entachés par cette série de crimes ? J'ai vécu un demi-siècle avec M. Pelicot et je n'ai aucun souvenir des viols, seulement la mémoire des jours heureux.

Je ne peux pas jeter toute ma vie à la poubelle, me dire que ces années n'ont été qu'un mensonge. Si je le fais, je m'écroule."

A la fin du livre, vous annoncez votre intention d'aller voir M. Pelicot en prison. Pourquoi?

"Je voudrais le faire pour moi. Cette visite serait une étape de ma reconstruction, l'occasion, pour la première fois depuis son arrestation en novembre 2020, de le confronter les yeux dans les yeux. Comment a-t-il pu me faire cela ? Comment a-t-il pu faire vivre un enfer à toute notre famille ? Qu'a-t-il fait à Caroline (leur fille, ndlr) ? Il ne répondra peut-être pas à mes questions, mais j'ai besoin de les lui poser.

Pour l'instant, aucune date n'a été fixée pour la visite. Je pense qu'elle ne se fera pas avant la fin de l'année."

Dans le livre, vous parlez de vos relations avec vos trois enfants. Où en sont-elles?

"Il est faux de penser qu'un tel drame rassemble une famille. C'est impossible. Chacun de mes enfants essaye aujourd'hui de se reconstruire comme il peut.

La souffrance de Caroline me bouleverse. Elle est dans une colère que je n'ai pas. Et il y a ce doute (d'avoir été violée par son père) qui la condamne à un enfer perpétuel. Je ne mets pas en doute sa parole, mais je n'ai pas les réponses. Aujourd'hui, nos relations sont apaisées et j'en suis heureuse. Je vais essayer de l'accompagner du mieux que je peux."

Avez-vous l'intention de rester une femme publique?

"Je suis dans ma 74e année. J'aspire au calme. Je ne suis pas une féministe radicale, je suis une féministe à ma façon. Je sais qu'il y a encore beaucoup de chemin à parcourir, malgré les avancées sur le consentement. Je laisse aux nouvelles générations le soin de changer cette société patriarcale.

On pourra voter toutes les lois qu'on veut mais si on ne change pas les mentalités, on n'y arrivera pas. Cela passe donc avant tout par l'éducation de nos enfants. Il faut que les parents s'impliquent."

Vous allez débuter une tournée pour présenter votre livre. Avec quel message?

"Un message d'espoir. Après les épreuves, on peut de nouveau s'autoriser au bonheur et être heureux. C'est ce que je fais. J'ai la chance d'aimer à nouveau, c'est magnifique. Je pense qu'une vie sans amour, c'est une vie sans soleil."

Par Jérôme RIVET / Paris (France) (AFP) / © 2026 AFP

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