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Vers une mise au pas des fêtes techno clandestines ? Les députés débattent d'un durcissement contre les free parties

Vers une mise au pas des fêtes techno clandestines ? Les députés débattront jeudi d'un texte visant à durcir l'arsenal juridique contre les free parties, accusées de multiples nuisances. Nombre d'acteurs dénoncent eux une approche sécuritaire contre des rassemblements présentés comme des modèles de contre-culture.

fêtes techno clandestines / free party
Ed JONES - AFP/Archives

Vers une mise au pas des fêtes techno clandestines  ? Les députés débattront jeudi d'un texte visant à durcir l'arsenal juridique contre les free parties, accusées de multiples nuisances. Nombre d'acteurs dénoncent eux une approche sécuritaire contre des rassemblements présentés comme des modèles de contre-culture.

La proposition de loi de la députée Horizons Laetitia Saint-Paul doit être étudiée en première lecture à l'Assemblée nationale en milieu de journée, dans le cadre de la journée réservée à son groupe.

Les free parties (fêtes libres), rassemblements techno qui prônent un accès gratuit ou sur donation libre, se tiennent souvent sur plusieurs jours dans des champs ou des lieux abandonnés, et se caractérisent par leur illégalité. Contrairement aux rave parties, qui désignent elles désormais plutôt des fêtes déclarées, avec billetterie.

Si nombre de free parties se déroulent sans incident, des nuisances (sonores, terrains dégradés...) et dérapages (excès de drogues) sont reprochés à ces fêtes, qui mobilisent aussi secours et forces de l'ordre. En 2025, dans l'Aude, l'une d'elle avait provoqué des affrontements entre agriculteurs et teufeurs - le nom donné aux participants.

Au moment de l'adoption du texte en commission, la rapporteure Laetitia Saint-Paul a soutenu qu'il ne s'agissait pas d'"un manifeste antifête".

"Il s'agit simplement de rappeler que la liberté de se réunir ne peut s'exercer au détriment de la sécurité des personnes, du respect des biens et de la tranquillité des territoires", a-t-elle argumenté.

Le texte prévoit une peine de six mois de prison et 5.000 euros d'amende pour sanctionner "le fait de contribuer de manière directe ou indirecte à la préparation, à la mise en place ou au bon déroulement" d'une free party non déclarée ou interdite.

Une free party illégale à Montvalent, dans le Lot, le 9 mai 2025

Une free party illégale à Montvalent, dans le Lot, le 9 mai 2025

Ed JONES - AFP/Archives

Une définition large nécessaire face à la difficulté d'identifier les organisateurs, selon Mme Saint-Paul. Mais qui constitue une "porte ouverte à une criminalisation du moindre bénévole", lui a rétorqué Andy Kerbrat (LFI).

Une concession a été faite par la rapporteure: les personnes "intervenant exclusivement dans le cadre des actions de réduction des risques" ne pourront être considérées comme contribuant à l'organisation.

En plus de la confiscation obligatoire du matériel saisi, le texte prévoit aussi une amende de 1.500 euros pour les participants (jusqu'à 3.000 euros en cas de récidive).

Actuellement, les organisateurs s'exposent à une contravention de 1.500 euros, et il n'existe pas d'infraction spécifique sanctionnant la participation à ces rassemblements.

- "Autoritarisme" -

"Une politique qui criminalise et réprime aussi violemment la fête libre, ce n'est pas de la sécurité, c'est de l'autoritarisme", ont déploré dans Télérama les signataires d'une tribune, dont l'association Technopol (pour la défense des musiques électroniques).

"Pousser la fête encore davantage dans la clandestinité aggrave exactement ce que l'on prétend combattre", font-ils valoir. "Les associations de réduction des risques perdent l'accès au terrain. Les participants n'appellent plus les secours. Les organisateurs ne peuvent plus coopérer avec les autorités."

La police évacue les participants à une free party illégale dans un champ à Redon, en Ille-et-Vilaine, le 19 juin 2021

La police évacue les participants à une free party illégale dans un champ à Redon, en Ille-et-Vilaine, le 19 juin 2021

LOIC VENANCE - AFP/Archives

Or ces rassemblements sont "pacifiques, festifs", avec pour "valeurs fondatrices" l'"autogestion" et la "bienveillance".

La question du nombre de participants à partir duquel une free party est considérée illégale inquiète aussi beaucoup le milieu.

Le texte abaisse à 250 participants le seuil au-dessus duquel une déclaration en préfecture de ces événements doit être faite (contre 500 actuellement).

Or ils rassemblent en moyenne 300 personnes, selon Laetitia Saint-Paul.

Le gouvernement a engagé une procédure accélérée sur le texte, mais a aussi prévu des mesures dans son projet de loi Ripost, qui doit être examiné au Sénat en mai.

Le projet de loi gouvernemental va même plus loin, avec une peine prévue de deux ans de prison et 30.000 euros d'amende pour l'organisation de ces événements. Un délit de participation serait aussi créé avec possibilité d'une amende de 300 euros, cette fois moins élevée que le texte Horizons.

Jeudi, les députés de gauche tenteront de s'opposer à la proposition de loi. Mais ils ne pèseront vraisemblablement pas assez face à la droite, le centre et le Rassemblement national.

Les députés d'extrême droite tenteront d'alourdir encore les sanctions par voie d'amendement.

Il est difficile d'évaluer le nombre annuel de free parties, par essence hors radar: entre quelques centaines selon la gendarmerie et quelques milliers selon les associations.

Par Lucie AUBOURG / Paris (France) (AFP) / © 2026 AFP

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